Vecsey raconte la légende de Rucker

Julien DeschuyteneerPar Julien Deschuyteneer Publié

Avant d'être un journaliste réputé, Peter Vecsey a coaché Julius Erving à Rucker, où il a remporté 4 titres. Entretien.

Il vous arrive parfois de vous demander si les journalistes connaissent un peu le basket. La plume du New York Post, Peter Vecsey, a 4 titres de champion de Rucker sur son CV. On a estimé que c'était suffisant pour nous parler du plus célèbre playground du monde.

Propos recueillis par Julien Debove & Julien Deschuyteneer
Article publié à l'origine dans le magazine REVERSE #10

Combien de personnes peuvent se targuer d'avoir adressé une passe décisive à Julius Erving et fini une contre-attaque main gauche après une passe dans le dos de Pete Maravich ? Combien ont quatre trophées de champion de Rucker à la maison ? A voir le portrait de Peter Vecsey en médaillon de ses colonnes assassines du New York Post, on a du mal à imaginer que peut-être personne ne connaît aussi bien et d'aussi près la légende de Rucker Park. Nous avons passé deux mois à couper cet entretien pour qu'il soit ramené à une taille raisonnable. Tout ce qui reste est passionnant.

REVERSE : Peter, comment Rucker est-il devenu un tel phénomène, qui a suscité autant d'histoires et autant de bouquins ?

Peter Vecsey : Pete Axthelm a été le premier à parler du City Game [dans le livre du même nom, publié en 1970]. C'était un journaliste fantastique qui écrivait pour Newsweek et a élevé le journalisme sportif à un tout autre niveau.

Mais au fond, Julius Erving est le mec qui a donné l'envie à tout le monde d'écrire à propos de Rucker. C'est lui qui a fait de Rucker la référence Regarde ce qui s'est passé avec l'ABA. Je pense que tout le monde serait d'accord avec moi pour dire que c'est à cause de Julius que la NBA a entamé la fusion avec l'ABA, juste histoire de l'avoir dans leur Ligue. Tout le monde parle aujourd'hui de Bird et de Magic et de tout ce qu'ils ont fait pour la NBA. Mais tout a commencé avec Julius. Ces temps-là étaient incroyables. Tout ce que les mecs font aujourd'hui, Julius le faisait 30 ans plus tôt à Rucker. Je n'avais jamais rien vu de tel. Il avait ces mains énormes et il pouvait rester en suspension pendant des heures à improviser. Je n'avais jamais vu ça et pourtant j'avais vu jouer Connie Hawkins et Elgin Baylor. Bien sûr des mecs comme Jordan ou Kobe ont un meilleur jumpshoot que lui. Et ils défendent mieux que lui. Mais c'est là que tout a commencé.

REVERSE : De là à dire qu'il a été le meilleur joueur de basket de rue de tous les temps ?

PV : Aucun doute là-dessus ! Il y avait des gars comme Earl Monroe ou Tiny Archibald. Laisse-moi réfléchir... Certains joueurs de street savaient jouer comme Joe Hammond, Earl Manigault ou Pee Wee Kirkland. Mais jamais ils n'arrivent à la cheville de Julius.

REVERSE : Peux-tu nous parler un peu des équipes que tu as coachées à Rucker ?

PV : Je ne recrutais que des pros et quelques joueurs universitaires. Enfin seulement des mecs qui avaient déjà leur diplôme, ceux qui n'avaient pas fini leurs études ne pouvaient pas jouer à l'époque. Il n'y avait qu'une équipe de pros comme la mienne à l'époque. C'étaient les Bronx All-Stars. C'était l'équipe de Tiny Archibald. Ils étaient chargés. Ils avaient Austin Carr et plein d'autres joueurs NBA. Moi j'étais le petit blanc qui ramenait sa team de pros contre des équipes de joueurs de rue. Il n'y avait pas d'argent. J'avais des gars comme Bob Love des Bulls. Il faisait toute la route le week-end de Chicago juste histoire de jouer pour moi. Enfin surtout pour jouer avec Julius. Et ce mec était un All-Star en NBA. C'est l'un des 4 seuls joueurs de l'histoire des Bulls à avoir son maillot retiré. Et il venait dormir à l'appartement le vendredi et jouait tout le week-end avant de repartir à Chicago.

REVERSE : Quels résultats as-tu obtenu avec tes différentes équipes ?

PV : J'ai fait 6 années, dont 4 avec Julius. La première année, on a fini 3ème. Tiny Archibald nous a battus. On a gagné 2 fois en 3 ans après ça. J'ai décidé d'arrêter quelques années. J'avais un gosse et une femme que j'ignorais. On était sur le point de divorcer. C'est pour ça que j'ai arrêté. Et puis je suis revenu au début des années 80. J'avais un sponsor à cette époque-là, la marque de sneakers Pony. Ils ne versaient pas de salaires mais ils organisaient des petites fêtes quand on gagnait et il fournissaient des pompes, ce genre de trucs. On a gagné les 2 années où on a participé. J'avais des joueurs des Knicks mais mon meilleur joueur était Sam Worthen, qui jouait à Marquette et ensuite a un peu joué pour les Bulls et les Jazz. Il n'a pas fait une grande carrière mais pour moi, c'est l'un des meilleurs joueurs de l'histoire à ne pas avoir réussi en NBA.

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