Preview – Joakim Noah, l’année ou jamais ?

Après avoir soigné sa blessure au pied cet été, Joakim Noah est dans la forme de sa vie à l'heure d'attaquer sa 7e saison avec les Chicago Bulls.

Preview – Joakim Noah, l’année ou jamais ?
Le temps passe, et "Cheval furieux" continue de galoper après ce qu'il souhaite par-dessus tout : une bague NBA. A 28 ans, alors qu'il s'apprête à  entamer sa septième saison sous le jersey des Bulls (il est sous contrat jusqu'en 2016, lui qui a signé en octobre 2010 une extension de 5 ans et 60 millions), Joakim Noah se dit dans la forme de sa vie, après un été passé à soigner son pied droit aux côtés de Fabrice Gautier, l'osthéopathe et physiothérapeute des Bleus, et de la légende vivante du surf Laird Hamilton, avec qui il avait déjà travaillé une fois par le passé.
"C'est comme un grand frère pour moi. C'est un excellent entraînement pour mon corps, parce que ça ne provoque pas un trop grand impact sur mes articulations, surtout quand tu passes ton temps en piscine. Donc je me suis beaucoup entraîné avec lui", expliquait-il fin septembre à K.C. Johnson, du Chicago Tribune.
Pour rappel, Noah a vu deux ses quatre dernières saisons perturbées par des pépins récurrents aux pieds (le gauche en 2009-2010 - ndlr).
"Je suis à 100% physiquement, et je suis tellement excité par la saison qui s'annonce. On a beaucoup de travail, mais je sens que notre heure est venue", a-t-il confié au Chicago Tribune.   "Joakim a été excellent. Je l'ai regardé s'entraîner, et il est au top ("in a great place", en version originale) en ce moment", souligne Tom Thibodeau.
Au sortir de deux saisons frustrantes, marquées par une avalanche de blessures (Derrick Rose, Luol Deng, lui-même...) et deux éliminations prématurées en playoffs, l'émotif Jooks avait besoin de se ressourcer mentalement, que ce soit au Cameroun, l'une de ses terres d'origine, ou en participant à des actions fortes auprès des jeunes de Windy City, proies faciles pour les gangs de la ville - il a notamment pris part au "Chicago Peace Tournament", aux côtés d'Isiah Thomas, D-Rose, Ben Gordon (voir notre dossier spécial Chicago dans le prochain REVERSE)... Le résumé du "Chicago Peace Tournament", qui s'est tenu le 22 septembre dernier. [youtube hd="0"]http://www.youtube.com/watch?v=us7RHmqg_hg[/youtube] Enthousiaste et regonflé comme jamais, l'intérieur All-Star a déjà commencé à déployer son énergie contagieuse lors du training camp des Bulls, même si une légère blessure à l'aine - occasionnée en glissant sur un sol humide à l'entraînement - devrait inciter Thibodeau et son staff à faire preuve de précaution, donc à le ménager d'ici au coup d'envoi de la saison, le 29 octobre... à Miami (à l'inverse de Rose, il n'a pas joué lors du match initial contre Indiana). En son absence momentanée, coach Thibs devrait d'ailleurs tester Taj Gibson au poste 5 (18-12 lundi), dans un schéma "small ball" qu'on pourrait revoir cette saison à Chicago. Si Joakim Noah déborde autant d'ambition à l'orée de cette saison, c'est que tous les voyants sont au vert à cet instant pour les Bulls : entre le retour de D-Rose (le niveau de jeu du MVP 2011 demeure évidemment une inconnue), la "contract year" de Luol Deng, la confirmation attendue de Jimmy Butler, l'arrivée de Mike Dunleavy Jr. et l'excellent état de santé de Noah, donc, le 9e choix de la draft 2007 peut légitimemment espérer voir son rêve de titre devenir réalité, même s'il faudra passer sur le corps, et on ne parle là que de la conférence Est, de New York, Brooklyn, Indiana et bien sûr, du Heat (Cleveland et Detroit seront à surveiller, également). L'essentiel est ailleurs : les Bulls 2014 sont des prétendants aux Finales, et au regard de la traversée du désert que Rose/Chicago vient d'effectuer, cela n'a pas de prix. Bref, le ciel est - enfin - bleu du côté de Chicago. En version locale, ça donne "Blue Sly", de Common. [youtube hd="0"]http://www.youtube.com/watch?v=6ZkkFYfh8V0[/youtube]

Pivot n°1 et défenseur de l'année ?

Joueur d'équipe par excellence, Joakim Noah préfère toujours parler de son équipe avant d'évoquer son cas personnel. Mais prenons deux minutes pour étudier son évolution, justement. La saison passée, marquée par sa première participation au All-Star Game, Jooks a repoussé ses limites, tentant de colmater au mieux les brèches creusées par les blessures de Rose puis Deng. A chaque chose malheur est bon : son jeu s'est équilibré au fil des épreuves rencontrées par son équipe, Noah confirmant qu'il avait largement sa place dans les hautes sphères de la hiérarchie des pivots NBA, aux côtés des Duncan, Roy Hibbert, Marc Gasol, voire Howard... Classé 4e dans la course au titre de Défenseur de l'année 2013, gêné en playoffs par sa blessure au pied, Jooks a comme à l'accoutumée fait preuve d'une abnégation que ses stats ne traduisent pas toujours. Soyons clair : au mérite, ce joueur attachant ferait déjà partie des joueurs comptant un titre NBA (de même qu'on souhaiterait le voir un jour sacré avec l'EDF).
  • Ses stats en saison régulière : 11,9 pts (carreer high) à 48,1%, 11,1 rbds, 4 assists (carreer high), 2,1 blocks, 1,2 steals et 2,7 TO en 36,8 minutes.
  • Ses stats en playoffs : 10,8 pts à 47,2%, 9,6 rbds, 2,3 assists, 2,2 blocks, 0,8 steals et 2 TO en 34,1 minutes.
Leader défensif des Bulls (il a été retenu dans la All-Defensive first team) devant Deng et Butler, Joakim Noah pèse face à son adversaire direct (0,81 pt accordé par possession). Son impact se traduit également par des statistiques collectives éloquentes : quand il est sur le terrain, les Bulls concèdent 101,2 pts sur 100 possessions (reporté sur 48 minutes, seuls Indy et Memphis ont fait mieux), contre 106,3 quand il recharge ses batteries Duracell (co-18e, avec les Knicks). Et si le collectif de coach Thibs a conservé son idendité défensive même en l'absence de  Derrick Rose (92,9 pts concédés par match, 3e bilan NBA), elle le doit en - grande - partie à son pivot hyperactif. Jooks a également trouvé sa place offensivement. Il ne sera jamais un scoreur fou, mais il est devenu un point d'ancrage ultra-précieux dans les systèmes de Thibodeau. Le jeu passe souvent par lui, et sa grande mobilité n'est évidemment pas étrangère à ce phénomène (cf. sa présence en contre-attaque). Enfin, Jooks est l'un des tous meilleurs pivots-passeurs de la ligue, aux côtés notamment des frères Gasol. Cela constitue un atout de taille pour Chicago, même si l'attaque des Bulls a patiné l'an passé, avec seulement 93,2 pts marqués, soit le pire bilan de la ligue, à égalité avec Washington (Les raisons ? Trop de blessés, la rançon de l'impact défensif proposé, etc...). Le chef d'oeuvre de Noah restera évidemment le match 7 contre Brooklyn. Il avait annoncé la victoire (donc l'upset), et, sous les yeux de ses proches, il y a très fortement contribué, compilant 24 pts à 12/17, 14 rbds et 6 blocks en 40 minutes. Une soirée dont "il se souviendra pour le restant de (s)es jours". [youtube hd="0"]http://www.youtube.com/watch?v=LRiGgbBPP4E[/youtube]  
"Les gens ne pensaient pas qu'on pouvait gagner une série de playoffs sans lui (Rose). Dans l'ensemble, ce que les gens dans le pays ont respecté par rapport à notre équipe, c'est notre coeur, et la dureté que l'on met dans notre jeu", a expliqué Joakim Noah à USA Today.
C'est à la fois paradoxal et logique : en l'absence de son ami et franchise player D-Rose, Jooks s'est développé, devenant un leader - ce qu'il est, au fond - de Chicago. Sports Illustrated l'a récemment classé 21e joueur NBA, soit trois rangs derrière LaMarcus Aldridge, que certains fans des Bulls voulaient par le passé voir à sa place. Pas sûr qu'ils le souhaitent encore...

Un retour qui va le booster

La hype qui entoure le retour - en match officiel - de D-Rose cache d'autres aspects intéressants de ce come-back, semblable à la signature d'un free agent (d'ailleurs, certains prédisent qu'il aura plus d'impact que la signature de D12 à Houston...). L'un de ces points clefs est bien sûr la reformation du duo "1-5" Rose-Noah. Après 18 mois d'absence (!), Jooks va retrouver son frère d'armes. Et il est aux anges.
"Récupérer un joueur comme Derrick constitue le meilleur renfort en NBA (durant l'intersaison - ndlr)", confiait-il récemment à Sean Highkin, de USA Today.
Dans la lignée des autres duos d'impact de la ligue (LBJ - Wade/Bosh, Durant - Westbrook, Duncan - Parker...), le tandem Rose - Noah devra en profiter pour passer la seconde. Car l'intérieur des Bulls a progressé sur sa lecture des pick-and-rolls. Il dispose en outre d'un shoot à mi-distance de plus en plus fiable avec le temps. Ajoutez à cela un goût prononcé pour la passe juste, et vous obtenez un intérieur plus à même de faire briller son meneur All-Star, les shooteurs à trois-points de Chicago, ainsi que ses joueurs d'impact (Boozer, Deng, Butler...). Le retour de Derrick Rose va en outre libérer Noah du marquage défensif adverse. Quatrième scoreur des Bulls l'an passé (derrière Deng, Boozer et Nate Robinson), Jooks aura évidemment plus d'espace pour attaquer, partant du principe que les entraîneurs adverses cibleront en priorité Rose, mais également Deng, qui devra plus que jamais se montrer cette saison, ainsi que le turbulent Butler. N°1 à l'Est en 2011 (62-20) et 2012 (50-16), les Bulls semblent armés pour retrouver le podium (5e l'an passé). Après tout, Chicago présente un bilan de 50-9 quand son cinq de départ comprend Rose, Deng, Boozer et Noah. Certains observateurs - dont Joakim Noah lui-même - estiment d'ailleurs que le roster des Bulls est le plus solide depuis les années Jordan.
"La conférence Est est meilleure, mais nous aussi, on est meilleurs. La seule chose qu'on peut contrôler, c'est nous", a-t-il confié à Sean Highkin, de USA Today. "C'est clairement le groupe le plus talentueux avec lequel j'ai effectué un camp. Il n'y a pas d'incertitude en ce moment. Tout le monde est en bonne santé, tout le monde sait ce qui est en jeu... (...) En tant que basketteur, je ne pourrais me sentir plus heureux et excité à l'idée de débuter une saison."
Les Bulls y verront sans doute plus clair sur leur classement final mi-mars, à l'issue d'une période durant laquelle ils joueront six matches de suite à domicile, dont cinq face à des prétendants au titre, à savoir Memphis, Miami, San Antonio, Houston et OKC. Mais peu importe le chemin emprunté, en fait. Pour Joakim Noah et les Bulls, tous les chemins mènent... à Miami.

"Beat the Heat !"

Noah aurait préféré voir San Antonio gagner la Finale NBA, et pas seulement parce que TP, Babac et De Colo, ses partenaires sous le maillot bleu, évoluent dans les rangs des Spurs. Non. Parce qu'il déteste Miami, aussi.
"D'abord, j'ai dit que je m'en moquais, mais je me mentais à moi-même", confiait Noah en juin dernier, à Laken Litman, de USA Today, en marge du Steve Nash Foundation Showdown, à New York (où il avait participé à un match de foot de charité). "Je conduisais ma voiture, et je ne me suis pas bien senti du tout quand ils ont gagné. Mais vous savez quoi ? Ca me servira de motivation supplémentaire pour travailler très dur pendant l'intersaison."
Noah a joint les actes à la parole. Le voilà sur pied, prêt à débuter la saison le 29 octobre... à Miami. Fermez les yeux deux secondes, et imaginez : l'American Airlines Arena blindée pour le tout premier match de la saison, LeBron et ses partenaires qui reçoivent leur bague de champion sous les yeux de Noah and co, toutes les caméras braquées sur D-Rose, qui devrait selon toute vraisemblance effectuer son retour tant attendu sur le parquet du double champion sortant.
"Ca va être énorme. J'ai tellement hâte que ce match arrive", assurait Noah, le sourire aux lèvres, au microphone de Sean Highkin, d'USA Today.
A la simple vue de l'équipe du Heat (et peut-être de la "charmante" supportrice qui lui a fait un doigt d'honneur le jour de son ultime sortie), le sourire de Noah se transformera rapidement en hargne. A l'image des Bleus avec l'Espagne, les Bulls veulent enfin taper leur bête noire (1-4 en Finale de conf' en 2011, puis en demi-finale l'an passé), en même temps qu'ils souhaitent lui barrer la route dans la course aux Finales. "Hollywood as hell" deviendrait alors le paradis pour cette équipe de révoltés, que coach Thibodeau ne devrait pas avoir trop de mal à motiver pour ce choc, Finale de conférence en puissance.
"J'ai le sentiment que nous serons l'équipe qui les battra l'année prochaine. Je pense qu'on en est tout près. On a beaucoup de travail. On ne les aime pas, ils ne nous aiment pas, mais au final, il faut accorder du crédit quand il est dû. Ils ont une très belle équipe, mais on a le sentiment que si nous sommes en bonne santé, nous aurons notre chance", estime Noah dans USA Today.
Après tout, si le collectif de Miami semble chaque année plus complet (encore qu'il subsiste une incertitude autour de la capacité de D-Wade, trentenaire gêné par de multiples douleurs, à rester à ce niveau d'excellence...), si le Heat est l'équipe à (a)battre, ses deux dernières campagnes de playoffs n'ont pas été si sereines, avec trois séries en sept matches à l'approche du graal (4-3 contre Boston en 2012, puis 4-3 contre Indiana et San Antonio en 2013 - merci RayRay). Les deux équipes se rencontreront quatre fois cette saison (le 23 février à Miami, puis les 5 décembre et 9 mars à Chicago), et Jooks trouvera sans doute encore beaucoup d'occasions de se frotter à James ou de narguer Bosh et Chalmers. Mais cela n'aura de la saveur que si Noah et ses Bulls franchissent enfin cet obstacle titanesque. Pour un "Cheval furieux", c'est un minimum...