Domenech : « En foot, on n’a pas de joueurs qui refusent de faire une Coupe du Monde »

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Croisé au Winamax Poker Tour de la Villette en octobre, Raymond Domenech a évoqué avec nous son passé de sélectionneur le plus exposé du sport français et les similitudes qui existent avec le job de Vincent Collet.

Victoire de l'équipe de France de football oblige, on a voulu partager avec vous l'avis d'un ancien sélectionneur : Raymond Domenech. Cet entretien est extrait du  numéro 65 de REVERSE.

REVERSE : Raymond, quand vous étiez sélectionneur des Bleus, il vous arrivait de vous inspirer de vos homologues dans d'autres disciplines comme le basket ?
Raymond Domenech : Tous les coaches nationaux que j'ai pu côtoyer au basket, au hand ou au rugby avaient cette particularité. Ils s'intéressaient aux autres sports. Ce n'est pas une obligation, mais ça va avec la fonction de manager. La vision que l'on a de la gestion d'une équipe, le regard que l'on porte sur des situations, la façon dont on s'occupe d'un groupe, notamment sur le plan psychologique... On se croise souvent lors de séminaires et on échange beaucoup. J'ai beaucoup appris des autres disciplines en discutant et en observant. Il y a des variations dans l'approche, mais les problématiques sont souvent les mêmes. Quand on est sélectionneur, on est un peu en haut de l'échelle nationale, on est plus exposé et ça créé des liens, même si nos sports ont des caractéristiques techniques différentes.

REVERSE : Sur le plan médiatique, vous devez parfois envier la relative tranquillité d'un Vincent Collet, rapidement prolongé après chaque compétition ou presque ?
Raymond Domenech : Moi j'ai connu le summum, c'était particulier. J'étais presque un cas d'école. Il faut dire que le football, c'est cause nationale à chaque fois... Collet aussi doit gérer le paramètre médiatique et ce n'est pas toujours simple. Surtout qu'il doit aussi composer avec ça en club et que le basket est un sport qui intéresse de plus en plus de monde en France, avec les bons résultats des dernières années. Certaines affaires qui sont sorties au hand, au basket ou au rugby auraient déclenché des choses invraisemblables si elles s'étaient produites au foot. Donc il doit se dire, comme d'autres sélectionneurs qui ne travaillent pas dans le foot, qu'ils s'en sortent plutôt bien de ce côté-là (sourire).

Quand les mecs sont face à vous, ils n'agissent pas de la même manière. Ils ne vont pas t'interpeller en disant « Hé, connard ! ».

REVERSE : On voit effectivement mal comment la presse pourrait être aussi agressive avec lui qu'elle ne l'a été avec Aimé Jacquet ou avec vous...
Raymond Domenech : Ce qu'a vécu Aimé était bien pire. Le problème, c'est que les journalistes avaient réussi à monter toute la population contre lui, pas seulement le monde des médias. Il ne pouvait pas sortir dans la rue ou aller au restaurant sans se faire alpaguer. Moi j'arrivais à sortir à peu près et pas mal de gens me disaient même qu'ils étaient derrière moi. Je pouvais faire mes courses, prendre le métro, emmener les enfants à l'école... Simplement, j'évitais les foules, les attroupements. Quand j'en voyais, j'allais ailleurs. Quand ils n'ont plus l'anonymat que leur confère le groupe, qu'ils sont face à vous, les mecs n'agissent pas de la même manière. Ils ne vont pas t'interpeller en disant « Hé, connard ! ». Ce sont parfois les mêmes qui t'ont insulté juste avant en groupe qui vont te demander de faire une petite photo (rires). Je pense que Collet, comme les autres, se moque des critiques tant que cela ne touche pas sa famille. Je sais que la mienne a assez mal vécu la chose, mais moi j'étais préparé à ça.

REVERSE : Mais les critiques, de la presse et du public, doivent forcément influer sur la vie d'un groupe, quel que soit le sport...
Raymond Domenech : Bien sûr. Il y a une incidence au quotidien. Les joueurs y sont sensibles, les agents aussi. Ils peuvent dire à leur joueur « Sois patient, il va se faire virer » ou « De toute façon, l'autre joue plus que toi parce qu'ils ont dit dans la presse qu'il était copain avec le coach », etc. Ça crée un malaise. Avec moi, c'était un peu différent. Les joueurs savaient que j'étais dans la provocation permanente et que j'allumais volontairement les médias. C'était devenu un jeu, les joueurs se demandaient ce que j'allais sortir en conférence de presse et en rigolaient.

REVERSE : L'un des avantages de coacher dans le foot, en revanche, c'est qu'il n'y a pas de problèmes vis-à-vis des clubs pour libérer les joueurs pour les compétitions internationales comme au basket.
Raymond Domenech : La FIFA et l'UEFA donnent encore du pouvoir aux sélections pour le moment. Ce n'est pas le cas en basket, puisque la NBA n'a aucun intérêt à laisser ses joueurs dispos si un tournoi interfère avec le calendrier ou s'il y a risque de blessure pour un joueur. En foot, on n'a pas non plus de joueurs qui refusent de faire une Coupe du Monde ou un Euro pour des raisons contractuelles. Si ça devait arriver, les gens pendraient le type haut et court. Il y a une forme d'obligation. Il y a toujours ceux qui annoncent leur retraite internationale avant une compétition parce qu'ils ne sont pas ou plus appelés. Mais généralement, ceux qui font ça, ce sont ceux qui ne sont pas bons... (rires)

Retrouvez cette interview de Raymond Domenech dans REVERSE #65