Reggie Miller, légende NBA unique et pire ennemi de Jordan

Reggie Miller, légende NBA unique et pire ennemi de Jordan

L’odyssée particulière de Reggie Miller, un joueur très spécial qui s’est affirmé comme le visage emblématique des Indiana Pacers.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Portrait

Pour un basketteur, les adversaires les plus coriaces, les duels les plus engagés, les rivalités les plus intenses, c’est en NBA qu’il les trouve. La crème de la crème. L’élite de l’élite. Il peut se mesurer à ses pairs. Aux meilleurs joueurs du monde. Mais pour Reggie Miller, l’apprentissage des combats féroces en tête à tête s’est fait dans le jardin familial. Et son pire cauchemar vivait sous le même toit. Sa grande sœur, Cheryl. L’athlète la plus talentueuse de la famille. Aujourd’hui au panthéon du basket pour ses performances universitaires et olympiques.

Le jeune homme ne pouvait pas rivaliser avec elle. D’abord parce qu’il n’arrivait pas à marcher correctement, la faute à une malformation des hanches à la naissance. Des années à porter des attelles. Ses jambes ont fini par grandir et à gagner en puissance. Il s’est alors mis à la balle orange pour suivre les traces de sa frangine. Et leurs matches finissaient toujours de la même manière : par une victoire de Cheryl.

« Je le détruisais et j’adorais ça », racontait l’intéressée.

C’est d’ailleurs à force d’affronter son aînée, plus grande et lus forte, que Reggie a développé une mécanique de tir très particulière – pour ne pas dire bizarre – afin d’éviter les longs bras et donc les blocks. Pendant longtemps, son nom référait de suite à son héroïne dont il suivait les traces. Son numéro, le 31, était celui de sa sœur. Mais c’est en brillant avec UCLA qu’il a commencé à attirer les regards des recruteurs NBA et à se faire sa propre réputation.

Superstar de la prestigieuse université californienne, il a été drafté en onzième position en 1987… sous les sifflets des supporteurs des Pacers. Ces derniers préféraient Steve Alford, originaire de l’Indiana. Un pur produit local. Miller a très vite conquis son public. En s’imposant comme un titulaire dès sa deuxième saison (16 points par match) puis en s’affirmant comme la première option d’une équipe solide continuellement candidate aux playoffs. C’était même un All-Star dès 1990, sa troisième année en NBA, avec 24 pions de moyenne.

Knicks Killer

Reggie Miller

Deux ans plus tard, en 92, il claquait 57 points sur la tronche des Hornets. C’est toujours un record de franchise à l’heure actuelle. Mais c’est surtout en playoffs que le scoreur frêle s’est vraiment fait un nom. En faisant des misères aux Knicks et en démontrant un sang-froid à toute épreuve dans les moments les plus chauds des matches les plus tendus de l’année. Comme ses 39 unités passées au Madison Square Garden lors du Game 5 des finales de Conférence en 1994. Avec 25 points rien que dans le quatrième quart temps. New York, à l’époque, c’était costaud. Défensif. Brutal. Vicieux. Pourtant, le joueur longiligne se frayait un chemin entre les colosses, sans reculer, avant de finir au cercle. Ou il balançait des missiles de loin avant de narguer Spike Lee sur la touche. Les Pacers se sont tout de même inclinés en 7 manches cette année-là.

Le meilleur restait à venir. 1995. La revanche. Cette fois-ci au second tour des playoffs. Les deux formations se retrouvent une fois de plus. Il reste 18,7 secondes à jouer quand les Knicks mènent 105 à 99 en ouverture de la série. Moment choisi par Reggie Miller pour entrer dans l’Histoire. En trois actions, il a choqué le Garden. D’abord avec un panier à trois-points express. Puis en volant la gonfle sur la remise en jeu, tout ça pour se placer derrière l’arc et envoyer une nouvelle banderille ! Quelques instants plus tard, après un raté de Patrick Ewing, il convertissait les deux lancers-francs pour la gagne. 107-105. 8 points en 9 secondes. Indiana l’a emporté en 7 manches… avant de tomber contre Orlando au tour suivant.

L’ennemi de Michael Jordan

« Je ne détestais pas vraiment quelqu’un en particulier en NBA. Mais affronter Reggie Miller me rendait fou. C’était comme une dispute avec une femme. Tout son jeu se repose sur le ‘flopping’. Il pèse à peine 84 kilos donc il faut faire attention à ne pas le toucher sinon il y a faute. En attaque, je le dégageais avec mes 98 kilos. Mais il n’arrêtait pas de mettre ses mains sur moi, comme une femme qui vous tient par la taille. Je voulais juste défoncer ses mains. Ça me rendait dingue. »

Voilà comment Michael Jordan résumait ses duels avec Reggie Miller dans les années 90. Parce qu’après avoir fait des misères aux Knicks, le natif de Riverside s’est frotté à une autre franchise mythique. Les Bulls. Toujours avec le même style particulier. Les coups en douce, les plongeons, les missions suicides dans la raquette et les bombes de loin. Joueur à 20 points et plus pendant la saison régulière, il haussait encore son niveau de jeu pendant les playoffs. Surtout quand il fallait affronter un monument comme MJ.

« Je me souviens qu’au début de ma carrière, on jouait contre Chicago et Mike était en manque de réussite ce soir-là. Je l’ai regardé et je lui ai dit ‘c’est toi Michael Jordan ?’ Je n’ai marqué que deux points en deuxième mi-temps. Et lui beaucoup plus. Alors qu’il sortait du terrain à la fin du match, il me balance ‘ne parle plus jamais comme ça au Black Jésus.’

Et à partir de ce moment là, j’ai arrêté de l’appeler Michael Jordan. Je l’appelais Jordan ou Black Jésus ou le Black Cat. Mais je ne l’ai plus jamais appelé Michael Jordan. »

Si MJ intimidait la plupart des joueurs NBA, Miller en avait vu d’autres. Depuis Cheryl, plus aucun adversaire ne pouvait lui faire peur. Alors il affrontait Jojo les yeux dans les yeux. Avec moins de talent, certes, mais énormément de détermination. C’est en 1998 que les deux stars se sont livrées à un duel fantastique sur le devant de la scène. Finales de Conférence Est. 2 manches à 1 pour Chicago et 3 secondes à jouer dans le Game 4. 94-93 pour les Bulls. Remise en jeu pour les Pacers. Parti de la ligne de fond, Reggie Miller remonte à toute allure derrière l’arc, bousculant Jordan au passage, avant de réceptionner la gonfle, de se retourner vers le cercle en une fraction de seconde et de dégainer. Bingo. Victoire d’Indiana ! Incroyable !

Le game winner de Reggie Miller contre les Bulls

« Je savais que Michael allait changer sur moi. Donc je lui ai rentré dedans et je l’ai légèrement – légèrement – poussé un petit peu pour me créer de l’espace. Le reste appartient à l’Histoire », raconte le héros du soir des Pacers.

La série a tout de même tourné à l’avantage des Bulls, vainqueurs lors d’un Game 7 très serré. Il n’a pas battu Michael Jordan en playoffs. Mais il n’est pas passé loin.

Premières finales et « Uncle Reg »

Les Pacers étaient considérés comme les grands favoris à l’Est à la retraite de MJ. Mais ils sont tombés… contre les Knicks, huitièmes de la Conférence, en 1999. Aux portes des finales. Avec une prestation décevante de Miller dans le Game 6 (8 points à 3 sur 18). Mais décidément pas vaincu, il est revenu l’année suivante. Cette fois-ci épaulé par Jalen Rose. Les deux coéquipiers stars ont porté l’équipe d’Indianapolis jusqu’au bout. Ou presque. Ils ont éliminé New York avant d’affronter Los Angeles. Les Lakers de Shaquille O’Neal et Kobe Bryant. Auteur de 24 points par match sur l’ensemble des six rencontres de la finale, Reg a été dominé par le jeune Kobe dans certains moments clés.

Sa chance est passée. Mais il a continué à alimenter sa légende avec quelques performances d’exceptions en playoffs jusqu’en 2005. Sans pour autant goûter à nouveau au parfum des finales NBA. Il était alors le mentor de Jermaine O’Neal, Ron Artest, Stephen Jackson et consorts aux Pacers. Et il avait leur respect. Il était « Uncle Reg ». Preuve d’une certaine admiration pour lui, O’Neal a préféré sortir à deux minutes de la fin d’un match où il comptait déjà 55 points. Histoire de ne pas battre le record de son coéquipier. Classe.

Pour sa dernière sortie chez les pros, Miller a claqué 27 points lors du Game 6 des demi-finales de Conférence perdue contre les Pistons en 2005. Mais il reste aujourd’hui le joueur le plus emblématique des Pacers et l’un des meilleurs shooteurs de tous les temps. Longtemps premier au nombre de trois-points marqués en carrière, avant d’être dépassé par Ray Allen. Une source d’inspiration pour les joueurs gringalets qui se cherchent un modèle de réussite. Une légende NBA qui n’a baissé les yeux devant personne, pas même Michael Jordan.

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