114 DET
120 MIN
116 BOS
106 DAL
116 NOP
122 HOU
109 SAS
113 MEM
108 GSW
122 UTA
98 LAC
88 TOR

Richard Dumas, La Haine

Jean-Sébastien BlondelPar Jean-Sébastien BlondelPublié

Rares sont les rookies à avoir brillé en finales NBA. Richard Dumas était de ceux-là. Sa détente vertigineuse et son shoot soyeux ont illuminé l’affrontement mythique entre les Bulls de Jordan et les Suns de Sir Charles. Il fallait bien qu’on le sorte de l’oubli.

Finales NBA 93, Game 5. Un rookie quasi inconnu du grand public éblouit la rencontre de tout son talent. Richard Dumas n’est encore qu’un gamin et se permet de ridiculiser Scottie Pippen en lui claquant 25 points à 12/14. L’ailier des Phoenix Suns est l’incarnation de l’expression « monté sur ressorts ». Dans le système de Paul Westphal, le numéro 21 est le booster parfait ; il atomise les cercles du Chicago Stadium à l’envie et score près de 16 points de moyenne sur la série. Jusqu’ici tout va bien…

Le problème quand on décolle aussi vite et aussi haut, c’est qu’on risque de se cogner, ou, pire, de s’écraser. Dumas s’est écrasé. Brutalement. La faute à son addiction à la coke, comme tant d’autres talents avant lui. L’histoire commence à la fac d’Oklahoma State. Une saison freshman superbe, puis des difficultés à confirmer l’année suivante. Pour sa campagne junior, Richard déçoit et finit par se faire exclure. Il ne joue que douze matches et tire un trait sur son année senior. Pour attirer les scouts, on a vu meilleure stratégie. Drafté en fin de second tour en 1991, à un moment où il n’y croit plus, il a la chance d’échouer à Phoenix, chez un outsider sérieux à l’Ouest. Jusqu’ici, tout va bien.

Richard Dumas, ‘‘La vie Holon cours’’

Sa saison rookie n’aura pas lieu. Gaulé par un test anti-drogue, Dumas est suspendu un an. Pas d’Arizona : ce sera l’Hapoel Holon, en Israël. Un championnat européen mineur, dans une équipe de seconde zone. Il n’y laissera presque pas de traces, à peine quelques tomars violents et une victoire écrasante au concours de dunks. Dans une interview accordée à Suns.com en 2003, Richard n’évoque même pas cette expérience. Il explique juste que son année de suspension l’a aidé à mûrir. Les Suns n’en doutent pas, et signent leur rookie pour la saison 92-93, la plus belle de leur histoire. Charles Barkley débarque de Philly avec un seul objectif : le titre. Le temps de purger sa suspension, Dumas fait ses grands débuts contre les Lakers mi-décembre. Phoenix est à 15-4. Sa première action : un passe et va avec Kevin Johnson. Au bout, un dunk, son premier en NBA, sur la tête du légendaire James Worthy. Dumas termine le match avec 16 points à 8/10 en 17 minutes. Marque 27 points dès son cinquième game. Est titularisé peu de temps après pour donner du peps aux Suns d’entrée. Phoenix gagne 62 matches et fait figure de favori.

Jusque-là, rien ne pourrait aller mieux. Dumas est une star montante de la ligue, LA révélation d’une finale superbe. Ceux qui ont assisté à son explosion n’attendent qu’une chose, que la saison suivante commence. Elle commencera sans lui. La NBA est une des ligues les plus laxistes au monde en matière de tests anti-dopage, mais elle ne rigole pas avec la drogue. Entre image et transparence, David Stern a choisi depuis longtemps. Le kangourou de l’Arizona sera absent des Top 10 pour toute la saison. Les Suns, eux, manqueront cruellement de punch contre les Rockets en playoffs. Richard revient aux Suns pour la saison 94-95. Jusqu’ici, tout pouvait encore aller.

‘‘De la lumière à l’ombre’’

Mais on ne reverra plus jamais Richard Dumas. Pas celui de 93, en tout cas. Le joueur bondissant au talent offensif exceptionnel a disparu. La drogue a emporté son enthousiasme et sa spontanéité. Elle n’a laissé derrière elle qu’une ombre. Une ombre qui porte le maillot des Suns à peine quinze matches et qui disparaît avant les playoffs. Une ombre qui fait atrocement mal à tous ceux qu’il a fait rêver. Son passage aux Sixers l’année suivante ne sera qu’illusion. Dans une équipe minable qui se cherche une identité (24 joueurs utilisés !), Dumas erre. Pourtant, Philly ne l’a pas signé par hasard. Coach John Lucas est le seul à pouvoir le sortir de son calvaire. Ancien camé, premier choix de la draft 76, Lucas aussi a connu l’enfer. Il coache pour sa rédemption. Lloyd Daniels, qu’il a lancé aux Spurs, lui doit ses meilleures années. S’il est une personne qui peut sauver la carrière de l’ancien prodige des Suns, c’est lui. Mais même lui n’y parviendra pas. Deux pointes à 20 points, un double-double, quelques belles sorties, c’est tout ce que Lucas parviendra à obtenir.

Les ados de l’époque le savent, la prophétie de « La Haine » disait vrai : « Jusqu’ici tout va bien, mais le plus dur, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage. » Richard Dumas a tenté d’atterrir en Europe. Il s’est crashé. Recalé en France, c’est dire l’ampleur des dégâts. Puis un passage en Grèce et en USBL et une retraite sportive prise dans l’anonymat le plus complet en 2003. Il avait le talent pour marquer l’histoire des Suns et de la ligue, comme Len Bias avant lui. Et s’il a échappé au pire, il nous a privés du meilleur. On ne saura jamais ce qu’aurait pu devenir le gamin qui a ridiculisé un Hall-of-Famer un soir de juin 93… Et ça, ça fout la haine.

Mix Richard Dumas

Son game 5 des NBA Finals 1993 face aux Chicago Bulls