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Rick Barry, le bûcher du vaniteux

Jean-Sébastien BlondelPar Jean-Sébastien BlondelPublié

Aussi insolent de talent qu’insupportable d’arrogance, Rick Barry n’aura jamais la place qu’il mérite dans l’histoire et il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.

C'est aujourd'hui l'anniversaire de Rick Barry, (75 ans). L'occasion de publier l'article que nous luis avions consacré dans le numéro 56 de REVERSE et de revenir sur la carrière d'un des joueurs les plus talentueux et les plus détestés qu'ait connu la NBA.

On ne retient guère plus de Rick Barry que ses lancers-francs à la cuiller, sa flopée de fils basketteurs (Scooter, ancien de Cholet, puis Jon, Brent et Drew, tous trois passés avec plus ou moins de succès par la NBA) et cette réputation d’être humain détestable qui lui colle salement à la peau et que Bill Simmons s’est fait un plaisir de remettre au goût du jour dans son bouquin The Book of Basketball.

« On s’en souviendra comme du connard le plus notoire de l’histoire de la NBA », écrit-il ainsi.

Que l’opinion de ses contemporains à son sujet ait été partagée, c’est indéniable. Mais si le portrait que Simmons en dresse paraît réducteur, c’est qu’il l’est...

Rick Barry

La divine comédie

 Même à son meilleur, ceci dit, Rick Barry ne pouvait que diviser. Prétentieux, arrogant, impulsif, sa réputation ne s’est pas faite à l’insu de son plein gré. Dès la NCAA, où il joue pour son futur beau-père Bruce Hale à l’université de Miami, il se forge une réputation de tête brûlée que quelques bastons (dont une dont son adversaire sort la mâchoire fracturée) et une poignée de pétages de plombs cimentent définitivement.

« C’est en partie de ma faute, je le sais », admet-il dans son autobiographie, Confessions of a Basketball Gypsy, parue en 1972.

« Je joue de façon agressive et avec arrogance. Ça se voit sur mon visage que je suis très vaniteux. Je provoque beaucoup, je chambre des mecs et je m’énerve quand ils s’énervent contre moi. Je suis comme un enfant, parfois. J’ai essayé de me contrôler, mais je ne peux pas. »

Le talent est pourtant bel et bien là. Brillant dès sa saison sophomore (les freshmen étaient à l’époque privés de compétition officielle), dominateur pour son année junior et totalement injouable lors de sa dernière campagne (meilleur marqueur NCAA avec plus de 37 points et 18 rebonds de moyenne, 11 matches à plus de 40 pts, 6 au-dessus de 50 !), il s’attire entre autres les compliments de Joe Lapchick, alors coach de St John’s et légende du basket new-yorkais, qui lui glisse après leur affrontement, perdu de 2 points par Miami malgré 39 pions de Rick :

« Jeune homme, vous êtes l’un des meilleurs joueurs de basket que j’aie vus de ma vie, et je suis dans le basket depuis 1912 ».

Deuxième choix de la draft 1965 derrière Bill Bradley, un autre ailier blanc moins taillé pour le basket pro mais à la réputation impeccable que lui ont préféré les Knicks, Rick Barry passe d’une côte à l’autre, direction San Francisco, où les Warriors sortent d’une saison désastreuse et viennent de se débarrasser de Wilt Chamberlain. Grand, rapide, mais frêle, il est immédiatement testé par les vétérans, qu’il s’agisse de son rugueux coéquipier Tom Meschery ou de ses adversaires, soucieux de voir ce que le gamin a dans le ventre.

« Il y a un événement qui m’a énormément aidé à me mettre sur la bonne voie et je ne l’oublierai jamais », confie-t-il dans son bouquin.

« Nous avions joué des matches de présaison contre Los Angeles et nous étions dans un avion avec les Lakers pour aller en disputer un autre à Las Vegas. J’avais joué de façon inégale et je craignais pour mes chances. Jerry West s’est assis à côté de moi et m’a dit ‘‘Hé, si ça ne te dérange pas que je te dise ça, tu es trop tendu, tu forces trop. On passe tous par là quand on commence. Mais je sais que tu peux jouer dans cette ligue. Tout ce que tu as à faire, c’est de te détendre et de jouer ton jeu’’. »

Les conseils du Logo portent leurs fruits : Rick est bon dès le début de la saison (17 pts pour son premier match, 25 au deuxième), claque 57 points au Madison Square Garden dès sa trentième sortie pro et aligne près de 31 points de moyenne après le All-Star Game (dont il est titulaire). Quatrième marqueur de la ligue derrière les monstres sacrés que sont alors (et toujours) Chamberlain, Jerry West et Oscar Robertson, il est logiquement élu Rookie Of the Year.

Coachés par Alex Hannum, les Warriors ratent les playoffs de très peu, mais leurs progrès, dans le sillage du duo Rick Barry-Nate Thurmond, sont énormes. Ils continuent d’ailleurs la saison suivante. En confiance malgré le changement de coach (Hannum, qu’il tient en haute estime, est remplacé par Bill Sharman, dont il déteste les méthodes), il explose et livre la plus belle saison de sa carrière, l’une des plus fantastiques de l’histoire. Lui qui attaquait le panier comme personne a énormément travaillé son shoot extérieur pendant l’été et les résultats sont édifiants.

Trop vif sur jeu rapide, alimenté qui plus est par la domination au rebond de Thurmond, il punit d’un tir à mi-distance les défenseurs qui lui laissent trop d’espace et provoque faute sur faute en drivant comme un acharné. Il dépasse 28 fois les 40 points, ce que seuls Michael Jordan et Wilt Chamberlain ont fait sur une saison, et 6 fois les 50. Sur une série de 7 matches joués en 11 jours en février, il tourne à près de 46 pions de moyenne, avec trois sorties consécutives à 49, 50 et 52.

Premiers à l’ouest derrière ses 35,6 points, les Warriors, pitoyables deux ans avant, accèdent à la finale pour y rencontrer les Sixers de Chamberlain et Hannum, qui viennent de signer la meilleure saison régulière de l’histoire de la ligue. Le titre semble joué après les deux premières rencontres, remportées par Philly grâce à deux triple-doubles monumentaux de Wilt (16 pts - 33 rbds - 10 pds, puis 10 - 38 - 10 avec un magnifique 2/17 aux lancers), mais les 55 points de Rick Barry au match suivant sonnent la révolte des Californiens qui laissent filer le Game 4, avant de remporter le 5ème à Philadelphie contre toute attente.

Trop puissants, les Sixers remportent le titre, le premier de Chamberlain, mais Barry, à seulement 23 ans, écrit une page d’histoire : ses 40,8 points de moyenne sur la finale ne seront battus que d’une toute petite unité par Michael Jordan 26 ans plus tard. Meilleur scoreur de la ligue, déjà détenteur d’un record prestigieux, passé tout près du titre, Rick Barry est clairement promis à un avenir radieux. Il va pourtant réussir à tout foutre en l’air.

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