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Rick Barry, le bûcher du vaniteux

Jean-Sébastien BlondelPar Jean-Sébastien BlondelPublié

Aussi insolent de talent qu’insupportable d’arrogance, Rick Barry n’aura jamais la place qu’il mérite dans l’histoire et il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.

Rick Barry à la recherche du temps perdu

Rick aime jouer à New York, il aime se sentir star. Mais c’est aux Warriors, qui en son absence sont restés compétitifs, qu’il revient. S’il a laissé ses cartilages en ABA, il y a tout de même gagné en expérience et a même ajouté une nouvelle dimension à son jeu : le scoreur fou est devenu un passeur brillant. Mais il faut attendre la troisième saison après son retour pour le revoir dominer la ligue comme il l’avait fait en 1967.

Dans une équipe pourtant en transition qui ne vit que par ses exploits (Jamaal Wilkes, le deuxième marqueur, n’est encore qu’un rookie), il monte en puissance tout au long des playoffs, qui finissent en apothéose avec un sweep retentissant des Washington Bullets, pourtant la meilleure équipe de la ligue. Gagner le titre avec l’équipe de ses débuts après un tel parcours du combattant est pour lui la récompense ultime. D’autant qu’il s’est fait voler un titre de MVP qui aurait dû lui revenir haut la main pour une raison aussi simple que désolante : ce sont alors les joueurs qui élisent le meilleur joueur de la saison, et ses pairs, dans leur grande majorité, le détestent. Les témoignages en sa défaveur ne manquent pas. En cela, Bill Simmons a raison.

« Quand il était en ABA », raconte l’ancien joueur Steve Jones dans Loose Balls, « c’était un peu comme s’il n’était pas l’un des nôtres, presque comme s’il nous faisait une faveur de jouer avec nous. [...] C’ÉTAIT l’un des nôtres, mais il ne se voyait pas comme tel, parce qu’il pensait toujours qu’il avait l’option de retourner en NBA. C’était comme s’il était là sans vraiment être là. »

Rick BarryCette distance qu’il a toujours semblé mettre entre lui et les autres ne l’a manifestement pas aidé à se faire aimer. Pas plus que son autobiographie, dans laquelle il démolit Wilt Chamberlain (« Je vais dire ce que la plupart des joueurs pensent, c’est-à-dire que Wilt est un loser. [...] Il est atroce dans les matches importants. [...] Quiconque a déjà joué avec lui est d’accord avec moi, qu’il l’admette publiquement ou non. ») et se paie les arbitres NBA (« Il y a des bons arbitres, mais pas beaucoup. Je ne vais pas balancer de noms. Qu’ils pensent tous que ce sont eux les bons. »).

Était-il facile à vivre ? De son propre aveu, probablement pas.

« Ça me met hors de moi quand des gars échappent des passes ou foirent des lay-ups », admet-il.

« J’essaie de ne rien dire, mais des fois je marmonne à voix haute. Certains n’ont pas aimé ça ou ont pu me trouver trop exigeant. Mais c’est plus fort que moi, je n’ai aucune patience pour la médiocrité. Je ferais vraiment un coach pourri. La plupart des stars ou des gars à qui le jeu est venu naturellement sont nuls comme coaches. »

Des propos prophétiques quand on sait ce qu’en dira Darryl Dawkins dans sa propre autobiographie, Chocolate Thunder, une vingtaine d’années plus tard :

« Un coach blanc dont je serais surpris qu’il ait un poste en NBA un jour, c’est Rick Barry. Il pense toujours qu’il est le cadeau de Dieu au basket. »

Sa propre femme ne l’a pas aidé non plus en déclarant, en plein milieu de sa carrière ABA, que son comportement sur le terrain lui faisait honte.

« Je déteste quand il fait ça », avait-elle ainsi confié à Associated Press.

« Je l’ai vu se prendre un coup et faire une espèce de double salto en tombant et gémir et se plaindre. On aurait pensé que son dos était fracturé. Et il s’avère que c’est juste une foulure de la cheville. À cet instant, il est plus énervé parce que la faute n’a pas été sifflée que parce qu’il s’est fait mal. Et tous ces enfants dans les tribunes qui peuvent l’entendre. Il me fait honte. J’imagine qu’il est fragile. Même à la maison, à chaque fois que je lui demande de faire quelque chose, il se fait mal. Il change une ampoule et la casse. Il se frappe le pouce avec le marteau. Quand il fait un barbecue, il se brûle. C’est son complexe. »

Rick Barry était-il avant tout un pionnier incompris ou une diva arriviste ? Le jury n’a toujours pas rendu son verdict.

Richard Francis Dennis Barry III

Ailier/2,01 m
Draft : Sélectionné en 2ème position en 1965 par les San Francisco Warriors
Equipes : Miami (NCAA), San Francisco Warriors, Oakland Oaks (ABA), Washington Capitols (ABA), New York Nets (ABA), Golden State Warriors, Houston Rockets
Palmarès : Rookie Of the Year en 1966, 8 fois All-Star (1966-1967 et 1973-78), MVP du All-Star Game 1967, élu 5 fois dans la All-NBA 1st Team (1966-67 et 1974-76), meilleur scoreur NBA en 1967, élu 4 fois dans la All-ABA 1st Team et 4 fois ABA All-Star (1969-72), Champion NBA et MVP des finales en 1975, entré au Hall of Fame en 1987, sélectionné parmi les 50 plus grands joueurs de l’histoire en 1996.
Stats en carrière : 24,8 pts à 46%, 6,7 rbds, 4,9 pds et 2 steals de moyenne

Cet article sur Rick Barry est issu du numéro 56 de REVERSE