Les Spurs sont rentrés dans le rang, ils ne font plus rêver

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Mythiques et respectés, les San Antonio Spurs ressemblent de plus en plus à une équipe moyenne en NBA. La fin d'une époque.

« Hé là, holà ! Tes lèvres ne me font plus penser. Hé là, holà ! Mes rêves ne me font plus bander. » N.O.S. de PNL.

Il fut une époque, vraiment pas si lointaine, où les San Antonio Spurs faisaient vibrer. Ce temps est tellement proche qu’une partie de la planète basket n’a d’ailleurs pas encore réalisé que cette période de l’Histoire est révolue. C’est derrière nous. Nous qui avons vécu les plus belles années d’une franchise devenue culte. Nous qui sommes habitués à voir cette équipe gagner, contre vents et marées, saison après saison. Certains refusent encore de se rendre à l’évidence. Les Spurs ne sont plus les Spurs. L’organisation modèle, la plus brillante du sport US (et du monde ?) sur les vingt ans écoulés, est rentrée dans le rang.

Une affirmation qui sera peut-être contestée. Surtout en France, où les éperons ont eu un impact retentissant, encore plus que les Chicago Bulls ou les Los Angeles Lakers. Parce que le meilleur joueur de notre pays était pendant un moment le meilleur joueur de la meilleure équipe du monde. Mais même Tony Parker a tourné l’immense page San Antonio et il retrouve désormais une seconde jeunesse du côté de Charlotte. Il n’y a plus de Boris Diaw ou de Joffrey Lauvergne. Aucun français à Fort Alamo. Il n’y a plus le légendaire Manu Ginobili non plus. Il y a encore cinq internationaux – Patty Mills, Pau Gasol, Jakob Poeltl, Marco Belinelli et David Bertans – mais aucun d’entre eux n’a un vrai rôle majeur. En fait, cette équipe n’a plus rien de spécial. Elle ne fait plus rêver. Elle ne fait plus bander.

Les San Antonio Spurs ont trop longtemps été assimilé au « beau basket » avec des passes, du mouvement, du porno pour les coaches. Ça fait déjà au moins deux ans qu’ils ne jouent plus comme ça. Même à ce niveau, il n’y a rien à voir. Les regarder jouer, c’est souvent ennuyant. Ce n’est pas rapide. Pas spectaculaire. Et même plus vraiment efficace. Enfin nettement moins que par le passé. C’est comme si les Texans étaient en décalage avec la réalité actuelle. Comme si, pour la première fois depuis que Gregg Popovich est sur le banc de touche, ils étaient en retard sur leur époque. Eux qui ont souvent été des précurseurs. Ils ne sont plus à la page. Ils ne sont pas modernes. Jonathan Tjarks de The Ringer a donné une très bonne comparaison entre les éperons et leurs voisins des Houston Rockets.

Les deux équipes se reposent sur le même système, à savoir de l’isolation sur demi-terrain avec deux stars qui font la différence balle en main. James Harden et Chris Paul pour « H Town », DeMar DeRozan et LaMarcus Aldridge pour San Antonio. Déjà, c’est lourd pour les yeux. Répétitifs. Des duels en un-contre-un. Mais les Rockets ont le mérite de respecter les nouvelles normes : leurs deux cadors prennent des tirs à trois-points. Parce que trois points valent plus que deux. Parce que le tir à mi-distance, autrefois glorifié par Michael Jordan ou Kobe Bryant, est aujourd’hui le pire statistiquement parlant. Il est lointain donc difficile mais rapporte moins de point qu’une tentative derrière l’arc. Un chiffre rapporté par Tjarks résume le problème : CP3 et Harden tirent 17 fois à trois-points en moyenne par match pour 4 tentatives de « longs deux-points ». Aldridge et DeRozan ? 16 « longs deux-points » et 2 tirs extérieurs.

Tout le problème est là. Cela donne une attaque qui stagne et particulièrement au cours des dix derniers matches. Si certaines franchises montent en puissance, les Spurs accusent déjà le coup. Ils se sont inclinés à sept reprises avec seulement 106,5 points marqués sur 100 possessions. La dix-neuvième équipe à l’efficacité offensive sur la période. Avec la vingtième défense. De la médiocrité rarement vue chez les noirs et blancs. Plus lambda, tu meurs.

Popovich avait fait le choix de ne pas reconstruire lorsque Kawhi Leonard a demandé son transfert cet été. Et ça se défend. Le coach mythique approche des 70 ans. Il est normal qu’il ne soit pas enclin à débuter un processus de reconstruction si près de sa retraite. Il a réussi à obtenir un All-Star, DeRozan, en l’échange de l’un des six ou sept meilleurs joueurs de la ligue. C’était une affaire à prendre. En espérant continuer à gagner plutôt que d’accumuler des picks. Et DeRozan est vraiment excellent depuis son arrivée à San Antonio. Il pointe à 24,9 points, 48% aux tirs, 6,2 rebonds et 6,3 passes. Il n’a jamais été aussi complet.

Mais ce n’est pas ça qui va faire jumper les foules. Ni même ramener la franchise dans le quatuor de tête de la Conférence Ouest. Peut-être pas même dans le grand huit vu les progrès affichés par les Los Angeles Lakers, les Los Angeles Clippers ou les Memphis Grizzlies depuis quelques semaines. Le pire, c’est que cette équipe des Spurs n’a pas nécessairement une grande marge de progression. Il y a peu de motifs de réjouissance.

Dejounte Murray, jeune meneur out pour la saison, est un joueur d’avenir mais il a aussi ses limites. Le spacing serait encore plus mauvais s’il était présent sur le terrain. Il doit former avec Lonnie Walker IV – rookie de 19 ans lui aussi indisponible pour tout l’exercice – le backcourt du futur de San Antonio. C’est intrigant, certes, mais loin d’être emballant. Après, ces deux garçons sont encore tout frais et il sera tout de même intéressant de suivre leur progression. De leur laisser leur chance.

Aujourd’hui, les San Antonio Spurs sont probablement bien trop forts pour tanker et ils vont se retrouver avec un pick compris entre la onzième et peut-être la dix-huitième place. Est-ce que ce sera suffisant pour vraiment franchir un cap ? L’avenir le dira. Mais après avoir côtoyé les sommets pendant tant d’années, la franchise se retrouve finalement à la place du con, au milieu de tableau. Une zone que la plupart des équipes veulent éviter. Un endroit sombre auquel personne ne prête réellement attention. Le retour à l’anonymat, quoi.