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Quand Pippen a essayé de faire oublier MJ

Guillaume RantetPar Guillaume RantetPublié

Scottie Pippen fête ses 54 ans aujourd'hui. L'occasion de se souvenir de cette parenthèse où le meilleur lieutenant de l'histoire a tenté de faire oublier Michael Jordan, parti à la retraite, avec plus ou moins de succès.

Nous sommes au centre d'entraînement des Chicago White Sox, à Comiskey Park. C'est ici que Michael Jordan se rend à raison de cinq jours par semaine à l'automne 1993. Là, « His Airness » réalise un nouveau rêve, celui de son père, tué sur une aire de repos en juillet par deux adolescents. En s'entraînant en compagnie de Frank Thomas, Mike Huff, Dan Pasqua et Julio Franco, il veut penser que son paternel est fier comme jamais depuis là-haut. « C'était vraiment le rêve de son père qu'il joue au baseball. Son père voulait devenir pro. Il a joué en semi-pro. Quand son père est mort, je pense que Michael s'est en quelque sorte projeté dans le rêve de son père », théorise Phil Jackson, fin observateur, dans l'un de ses livres.

Pendant ce temps, au Chicago Stadium, un homme tente de se glisser dans les habits de sa majesté. Un numéro 33 déjà trois fois All-Star et membre, comme Mike, de la Dream Team de Barcelone en 1992. Scottie Pippen reprend le lourd flambeau et veut devenir à son tour le principal protagoniste de la success story. L'idée : prouver que la domination des Bulls n'a pas été exercée uniquement grâce à MJ, et guider la meute vers une nouvelle bataille. En être le meneur, en somme.

Quand Mike n'est pas là Scottie danse

13 février 1994, Minneapolis. Scottie Pippen brille au Target Center lors du match des étoiles. Il compile 29 points, 11 rebonds, 2 passes et 4 interceptions. Conséquence : il est logiquement désigné MVP de la rencontre. Lors du célèbre gala, comme avec les Bulls toute la saison, il n'est plus le lieutenant chargé d'appuyer les efforts du général Jordan. Contraint d'assumer ses responsabilités après le retrait de son célèbre acolyte, la situation lui réussit plutôt bien. Ce All-Star Game, c'est le symbole d'une saison régulière au cours de laquelle Scottie Pippen a réussi à se glisser dans les habits de Michael Jordan sans paraître trop maigre pour les porter. Ses moyennes ? 22 points (49% au shoot, et un record en carrière à 32% à trois-points), 9 rebonds, 6 assists, 3 interceptions et 1 contre par match.

L'ailier excelle dans de nombreux secteurs de jeu. Résultat, il mène son équipe au scoring, à la passe, au contre et à l'interception. Il finit même deuxième meilleur intercepteur de la ligue, un secteur chéri par Michael Jordan, qui a glané à trois reprises la première place de ce classement (1988, 1990, 1993). Si bien que certains évoquent son nom  pour être le prochain MVP. Il termine finalement troisième (Hakeem Olajuwon est sacré cette année-là). Sur le plan collectif, c'est également un succès : Chicago finit avec 55 victoires au compteur. Seulement deux de moins que lors du dernier exercice. Lors de cette parenthèse, l'éternel second éblouit.

Quand Scottie n'obéit plus, le Zen Master perd ses nerfs

Un meneur d'hommes serait-il né pendant que Michael Jordan tenait une batte de baseball dans ses mains ? Puisqu'on reconnaît les grands leaders aux rencontres d'importance, Scottie Pippen est plus que jamais attendu pour ces playoffs 1994. Les Cleveland Cavaliers sont balayés. 3-0. Prochain adversaire : les New York Knicks. Une franchise que les Bulls ont éliminé lors de leurs trois premiers titres. Mais avec Michael Jordan... Les joueurs de l'Illinois comprennent vite que la série sera bien plus difficile, cette fois.

Ils sont menés 2-0. Puis arrive ce fameux Game 3 qui a tant fait de mal à leur célèbre ailier. Nous sommes le 13 mai 1994. Patrick Ewing vient de scorer, et le tableau affiche 102 partout à 1,8 seconde du buzzer final. Temps mort. Phil Jackson se creuse la tête. Il prend sa décision : Scottie Pippen fera la remise en jeu pour Toni Kukoc, chargé d’assassiner les New-Yorkais. Que nenni, répond sa star. Son coach ne pose pas de système pour lui dans le moment le plus crucial du match ? Et bien il restera assis sur le banc. Le Zen Master fulmine. Pete Myers se charge de la remise en jeu. Tony Kukoc du finish. Bingo : swish au buzzer.

« Je ne sais pas ce qui lui est arrivé », s'interroge Steve Kerr après la rencontre au sujet de son ailier. « C'est un très bon coéquipier et peut-être que la pression s'est emparée de lui et qu'il ne pouvait plus la supporter. Personne ne le sait aussi bien que nous, mais il a un très grand esprit d'équipe. »

Chez Phil Jackson, la pilule a du mal à passer. Beaucoup de mal.

« En ce qui concerne la dernière possession, Scottie Pippen n'en faisait pas partie. Il a demandé à sortir. C'est tout ce que j'ai à vous dire », lâche le technicien devant la presse.

Certains expliqueront après coup qu'il éprouvait de la jalousie envers Kukoc, lequel gagnait autant que lui dès son année rookie. Loin de ses anciens partenaires, Michael Jordan, passé chez les Birmingham Barons, ressent un mélange de tristesse et de pitié face au geste de son ancien bras droit. Il lâche alors à des journalistes :

« Pauvre Scottie. Je lui disais toujours que ce n'était pas facile d'être moi. Maintenant, il le sait. »

La suite est tout autant catastrophique pour Scottie Pippen. Lors du Game 5, il est de nouveau dans la tourmente. Le leader des Bulls commet une faute à 2 secondes du buzzer sur Hubert Davis. C'est en tout cas que qu'estime l'arbitre de la rencontre, Hue Hollins. Le coup de sifflet est aussitôt très controversé. Le joueur est hors de lui.

« J'ai vu Scottie faire contact avec son geste. Je suis sûr qu'il y a contact sur le shoot », déclare l'arbitre, encerclé par les critiques.

Le vent n'a toujours pas tourné en faveur du natif de l'Arkansas, qui voit ses adversaires s'imposer grâce aux deux lancers francs qu'il a concédés (87-86). Encore. De son côté, le Zen Master perd de nouveau son calme, et compare le coup de sifflet à l'arbitrage de la finale des JO de 1972. Il recevra une amende de 10 000 dollars.

Pour remonter la pente, Scottie Pippen sort deux grosses performances. D'abord dans la victoire du Game 6 (93-79) : il signe un double-double (13 points, 11 rebonds), postérise violemment Patrick Ewing et l'envoie au sol. Une action devenue légendaire qui l'a vu échanger quelques mots avec sa victime et avec Spike Lee, au bord du terrain, pour un exercice de trashtalking tout aussi mythique. Ensuite dans le Game 7, grâce à un autre joli double-double (20 points, 16 rebonds), qui n'empêche toutefois pas l'élimination de Chicago (défaite 87-77).

Aux yeux des fans des Bulls, l'évidence surgit : Scottie n'est pas MJ.

Quand Michael Jordan s'est (presque) déguisé en Scottie Pippen

Tout aurait pu changer à l'été 1994 pour Scottie Pippen. Jerry Krause, le GM des Bulls, est alors énervé par les critiques de l'ailier concernant son contrat et ne digère pas qu'il ait fait faux bond aux siens dans un moment des plus cruciaux. Il met donc le joueur sur le marché. Les Seattle Supersonics, qui l'avaient drafté en 5ème position en 1987, tapent à la porte. Bingo : les dirigeants de Chicago aimeraient récupérer Shawn Kemp, pour faire de Toni Kukoc le titulaire au poste d'ailier, et remplacer Horace Grant - parti vers le Orlando Magic - par Kemp sur le poste 4.

La tentative de trade échoue finalement à la dernière minute, mais ne passe pas inaperçue pour la presse, qui en fait ses gros titres. Le torchon brûle entre Pippen et ses dirigeants. Sur le parquet, les victoires ne sont plus au rendez-vous. La crainte est de plus en plus grande : cette saison, Chicago pourrait manquer les playoffs. Les Bulls compilent 31 victoires pour autant de défaites à la mi-saison, et l'absence de Michael Jordan se fait beaucoup plus sentir. Dans la biographie « The Life » écrite par Roland Lazenby, Steve Kerr raconte :

« J'avais l'impression que ce qui est arrivé, la première année après son départ, c'est que sa présence se ressentait encore et que l'équipe avait encore une fierté. Nous avions Bill Cartwright, John Paxson et Horace Grant, tous ces gars qui se sentaient clairement des champions. Et cela a même duré après le départ de Michael. Mais l'année suivante, cela a commencé à s'estomper. Nous n'avions plus Cartwright, ni Paxson ou Grant. Leur leadership nous manquait. Nous étions tout d'un coup diminués physiquement, ainsi qu'en termes de leadership. Et la réalité nous a rattrapés. Nous nous sommes évaporés. Nous avons perdu notre domination et notre énergie. C'était la galère. »

« His Airness » fait finalement son retour le 18 mars 1995. Pour la plus grande joie des fans de la franchise de l'Illinois, mais aussi de tous les amoureux de basket. Ses 55 points face aux Knicks au Madison Square Garden dix jours plus tard marquent l’apothéose de son comeback. L'équipe n'affiche plus du tout le même visage et les Bulls décrochent leur ticket pour les playoffs grâce à treize victoires et quatre défaites.

Si tout le monde ne parle que du retour de Michael Jordan, comment oublier les efforts de son lieutenant en son absence ? Lors cette saison régulière, il tourne à 21 points, 8 rebonds, 5 passes, 3 interceptions et 1 contre par match. Et termine donc en tête de ces cinq catégories (Michael Jordan avait de meilleurs stats au scoring et à la passe mais n'avait joué que 17 matches). Ce qui en fait le deuxième joueur de l'histoire à réaliser une telle prouesse. Il avait en effet été précédé par Dave Cowens (1978) et sera suivi plus tard par Kevin Garnett (2003) et LeBron James (2009).

Si Dieu s'est déguisé en Michael Jordan (dixit Larry Bird) un soir d'avril 1986, plantant 63 points à une équipe légendaire pour s'adjuger le record de points inscrits lors d'un match de playoffs, Michael Jordan s'est un jour déguisé en Scottie Pippen. Ou presque. Une fois les playoffs arrivés, celui-ci reprend son rôle de bras droit. Les Charlotte Hornets passent à la trappe (3-1). Pas le Orlando Magic de Shaq (4-2), qui file vers la Finale de Conférence. La parenthèse se referme. Scottie Pippen peut souffler : le maître des lieux est de retour. Il a repris les rênes du carrosse et mènera les Bulls vers un second Three Peat avec, comme fidèle compagnon, son « pauvre Scottie ».