Shaun Livingston, l’atout oublié des Warriors

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Si l’absence d’Andre Iguodala handicape évidemment les Golden State Warriors, Steve Kerr peut éventuellement trouver la parade en donnant plus de temps de jeu à Shaun Livingston.

LeBron James a parlé de l’une « des pires défaites » de sa carrière pour qualifier le Game 1 perdu par les Cleveland Cavaliers contre les Golden State Warriors jeudi soir. Le déroulé des événements et la fin de match rocambolesque peuvent effectivement donner des regrets aux joueurs de l’Ohio. Mais il y a aussi des motifs d’espoir. Ils ont prouvé sur ce premier match des finales que la série – annoncée complètement déséquilibrées – est susceptible d’être un peu plus serrée que prévue. Parce que les Dubs ont vraiment eu toutes les peines à s’imposer et ils ont finalement fait la différence en prolongation sous l’impulsion de leurs quatre All-Stars, accompagnés de Shaun Livingston.

Le cinquième membre d’un groupe comprenant Kevin Durant, Stephen Curry, Klay Thompson et Draymond Green peut sembler anodin. Ce quatuor peut faire des dégâts même en étant complété par n’importe qui. Un basketteur lambda. Un peintre. Même un pianiste ou un livreur Darty. Mais la présence de Livingston n’était probablement pas anecdotique. Il a eu son impact sur le run décisif des champions en titre en début de prolong’. Une petite statistique pour illustrer cette position : les quatre All-Stars de Golden State ont cumulé un -9 en 18 minutes avec Kevon Looney. Alors qu’à l’inverse, ils étaient à +10 lors des 5 minutes qu’ils ont passé avec le meneur back-up.

Il y a peut-être un truc à creuser pour Steve Kerr et son staff. Les Cavaliers ont un plan de jeu simple mais plutôt efficace pour ces finales NBA 2018 : tirer meilleur profit des « switches » permanents des Warriors en défense en brutalisant les adversaires plus petits, en débordant les moins mobiles ou en shootant quand le bloc californien recule sur les écrans. Stratégie symbolisée par un James constamment à la manette. Il a varié à la perfection les différentes attaques selon la réaction de ses vis-à-vis. Le King ne va pas planter 51 points à chaque match. Kevin Love ne sera peut-être pas aussi efficace qu’il ne l’a été au Game 1 (21 points, 13 rebonds).

Mais les joueurs d’Oakland ne sont pas à l’abri d’un match sans en termes d’adresse. Ils n’ont pas perdu beaucoup de ballons non plus lors du premier duel. Un peu moins de concentration, un peu de malchance et Cleveland serait à portée. Surtout que les hommes de Tyronn Lue ont manqué 14 de leurs 20 tentatives complètement ouvertes derrière l’arc. Ils ne seront pas toujours aussi manchots.

Il est important pour Kerr de faire quelques petits ajustements pour éviter de rendre l’avantage du terrain aux Cavs en s’inclinant à l’Oracle Arena ce soir. C’est là que Shaun Livingston intervient. Le vétéran a joué seulement 18 minutes lors du Game 1. En adéquation avec le temps de jeu que lui réserve habituellement son coach (18 minutes de moyenne en 303 matches de saison régulière avec Golden State depuis 2014, idem en playoffs). Il mérite pourtant d’être un peu plus utilisé. Notamment en l’absence d’Andre Iguodala, dont le forfait pour le Game 2 est presque acquis.

Autant physiquement que dans le style de jeu, Shaun Livingston est le joueur des Warriors qui se rapproche le plus d’Iggy. Il culmine à 2,01 mètres. Un long basketteur polyvalent capable de défendre sur plusieurs positions. Ainsi que de créer du jeu pour les autres. Il est donc plus à même de compléter un « cinq de la mort » que Looney. Le jeune intérieur ne s’est pas trop mal débrouillé sur le premier match. Il a fini avec 8 points et 4 rebonds en 24 minutes. Mais sans vraiment peser pour autant. Il est trop lent pour vraiment contenir les pénétrations des Cavaliers (de LeBron James). Looney s’est souvent fait avoir. Et il n’est pas assez grand ni assez dominateur pour compenser les points qu’il « laisse filer » en défense en dominant en attaque.

Shaun Livingston autour des 25 minutes lors du Game 2 ?

Livingston n’a pas le corps pour freiner James – à vrai dire, ces gars-là se comptent sur les doigts d’une main – mais il est mieux armé pour essayer. Et ainsi relayer un KD décidément peu motivé à défendre en ce moment. Il ne shoote jamais à trois-points mais Looney non plus. Sauf qu’il a la capacité à poster un adversaire plus petit. Il fait aussi tourner la balle et il contribue à la création. Un complément idéal. Il est d’ailleurs le seul dénominateur commun entre les trois cinq majeurs les plus efficaces des Warriors depuis le début des playoffs.

Stephen Curry, Shaun Livingston, Klay Thompson, Nick Young, Draymond Green : 19 minutes, 109,4 points marqués sur 100 possessions, 63,8 encaissés, +45,5.
Quinn Cook, Shaun Livingston, Kevin Durant, Kevon Looney, David West : 30 minutes, 131 points marqués, 104,2 encaissés, +26,8.
Stephen Curry, Shaun Livingston, Klay Thompson, Kevin Durant, Draymond Green : 23 minutes, 136,4 points marqués, 110,6 encaissés, +25,8.

C’est à se demander pourquoi le dernier groupe cité, avec Livingston et les quatre All-Stars, est si peu aligné sur le parquet. Il a le potentiel pour vraiment mettre les Cavaliers en difficulté. C’est avec ce cinq que les Warriors ont passé un 7-0 dès le coup d’envoi de la prolongation jeudi soir. Livingston est susceptible de faire la différence. Et donc de jouer plus dès ce soir. Pourquoi 24 ou 25 minutes ? Avec un passage express pour faire la différence en fin de premier quart temps ou en milieu de troisième. Un ajustement à suivre sur le Game 2.