Shelvin Mack, l’homme qui a changé la saison du Jazz

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Si le Utah Jazz a récupéré la 8e place qualificative pour les playoffs, c'est en partie grâce à Shelvin Mack, dont l'influence depuis son arrivée est indéniable. La franchise de Salt Lake City a visé juste en lâchant un tour de Draft pour le chiper à Atlanta.

Shelvin Mack

En juin 2013, le Utah Jazz sélectionnait Trey Burke avec le 9e choix lors de la Draft 2013. A l'époque, Burke était le pilier des Michigan Wolverines et ce qui ressemblait franchement à la meilleure option à la mène de cette cuvée. Dans l'idée, on le voyait même capable de surprendre son monde et de décrocher le titre de Rookie de l'année, devant Anthony Bennett - que sa carrière repose en paix - ou Victor Oladipo. Grillé par un autre meneur, Michael Carter-Williams, Burke avait tout de même réussi à intégrer la All-Rookie First Team et à réaliser une première saison dans la ligue intéressante. Deux ans après cette distinction, Burke a stagné, pour ne pas dire régressé, et se contente d'un rôle de 6e homme. Ce n'est même pas de la faute de Dante Exum, 5e choix de la Draft 2014, gravement blessé au genou à la fin de sa saison rookie assez décevante. Burke ne semble pas fait pour être starter en NBA, du moins pour le moment, ce qui aurait posé un problème de taille à Quin Snyder s'il n'avait pas sorti de son chapeau un improbable lapin : Shelvin Mack.

Si vous avez suivi de près la superbe saison des Atlanta Hawks l'an dernier, vous avez probablement pu apercevoir la carrure tankée et un peu trapue du meneur de 25 ans. En sortie de banc, Mack venait soulager Jeff Teague dans un relatif anonymat, sans éclair de génie ni séquences marquantes. Durant la campagne de playoffs achevée en finale de Conférence, Mike Budenholzer n'avait fait appel à lui qu'à 10 reprises avec 9 maigres minutes de temps de jeu moyen à se mettre sous la dent. Cette saison, après 24 matches avec un temps de jeu famélique (en raison de la montée en puissance de Dennis Schröder), on apprenait que Mack était tradé à Salt Lake City contre un second tour de Draft. Une transaction que l'on pensait alors complètement anecdotique et dont personne ne pouvait prévoir qu'elle préserverait presque à elle seule les chances du Jazz de participer aux playoffs.

Les statistiques sont pourtant formelles. Individuellement, déjà, Mack a fait dans le redressement productif : près de 13 points, 6 passes et 4 rebonds de moyenne à 45.3% d'efficacité et un superbe 45.5% à 3 points. Surtout, le 5 de départ avec Mack à la mène domine ses adversaires de 14 points pour 100 possessions. Lorsqu'il est sur le banc, le Jazz a en revanche un handicap de 6.4 points... La série en cours de 6 victoires en 7 matches du Jazz doit beaucoup à l'impact de celui que l'on pensait destiné à une carrière en D-League ou en Europe il n'y a pas si longtemps.

Il a côtoyé Hayward à Butler et Snyder à Atlanta

Gordon Hayward, l'ex-camarade de promo de Shelvin Mack à Butler.
Gordon Hayward, l'ex-camarade de promo de Shelvin Mack à Butler.

Une dépendance qui, en soi, est inquiétante pour Utah, qui avait tenté de recruter Jeff Teague et Jrue Holiday avant la deadline afin de pouvoir s'appuyer sur un meneur All-Star durant une hypothétique post-saison. Jusqu'à présent, le titulaire du poste était le Brésilien Raul Neto, intelligent mais limité à ce niveau. A la place, le GM Lindsey Hunter avait accédé à la requête de Quin Snyder, qui avait fréquenté l'intéressé à Atlanta lorsqu'il était assistant chez les Hawks. Shelvin Mack connait par ailleurs bien le joueur-clé de la franchise, Gordon Hayward, puisque les deux hommes ont participé ensemble aux superbes campagnes des Butler Bulldogs de Brad Stevens en 2010 et 2011, jusqu'à la finale du Tournoi NCAA. La connivence entre les deux hommes est palpable en attaque et, même si Mack a parfois du mal à se mettre au diapason en phase défensive, Snyder lui accorde une confiance totale dans le money time. Être apprécié des coaches est une habitude pour le natif du Kentucky.

"C'est dur pour moi quand je dois affronter Shelvin et Gordon. Je savais que Shelvin arriverait à s'imposer dans une équipe et que ça se passerait bien au Jazz. Tout n'est qu'une question d'opportunités et d'adaptation. Je suis ravi de ce qui lui arrive depuis qu'il est là-bas. C'est un type qui sait parfaitement se rendre utile et avec qui c'est un plaisir de travailler", a salué Brad Stevens dans le Salt Lake Tribune.

Actuellement 8e au classement de la Conférence Ouest, Utah a doublé Houston ces derniers jours après une chasse de plusieurs semaines et un succès précieux dans le Texas. Au cas où la situation resterait inchangée, ce que l'on souhaite pour permettre à Rudy Gobert de vivre ses premiers playoffs en NBA, Shelvin Mack sera titulaire à la mène pour un duel avec Stephen Curry lors du 1er tour. Une situation à laquelle il ne pouvait décemment pas rêver lorsqu'il cravachait chez les Maine Red Claws en D-League (trois passages en un an). On peut supposer que le Jazz se mettra ensuite en quête d'une pointure pour renforcer son backcourt et il faudra alors choisir qui de Mack, Neto, Burke ou Exum est le plus "dispensable". Pour l'heure, on ne voit pas comment le malheureux élu pourrait être Shelvin Mack...