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Stephon Marbury : Star buried

Jean-Sébastien BlondelPar Jean-Sébastien BlondelPublié

Stephon Marbury incarnait tout le talent pur de la rue new-yorkaise. Sa carrière en dents de scie et son suicide médiatique ont malheureusement rappelé qu’il en avait également les tourments.

Certes, Stephon Marbury a réussi à devenir une légende du basket en Chine où il continue d'ailleurs de jouer et de développer ses différents business, mais son immense talent aurait dû lui permettre de réaliser de bien plus grandes choses encore. Voici le papier que nous avions réalisé de lui dans le numéro 45 de REVERSE.

« Soudain, un bruit de grincement féroce envahit l’atmosphère. Il devient de plus en plus fort, jusqu’à ce qu’un jeune ado enfourchant un tricycle apparaisse sur le terrain. Il se précipite à travers la foule du playground, laissant dans son sillage des joueurs en rogne, saute de son engin et le regarde s’écraser comme un kamikaze sur la clôture. ‘‘Ah, yes, Stephon Marbury’’, remarque Corey sèchement. ‘The future of the neighborhood’. »

Ce portrait de Stephon Marbury est extrait de REVERSE #45

Celui que l’on surnommera rapidement Starbury et Coney Island’s Finest vient de faire son apparition dans « The Last Shot », la fabuleuse plongée de Darcy Frey dans les rêves brisés des prodiges de ce quartier de Brooklyn (voir REVERSE #39). Le début du paragraphe suivant est prophétique :

« Stephon a à peine 14 ans, n’a pas encore commencé sa première année à Lincoln High, mais est déjà considéré comme l’arrière le plus prometteur de New York depuis Kenny Anderson ».

Kenny Anderson. En 1994, au moment où sort le livre, celui qui est alors en pleine ascension aux Nets signe une saison superbe à près de 19 points et 9 passes de moyenne, sélection au All-Star Game à la clef. Il n’y retournera jamais. Sa carrière sera longue (858 matches contre 846 pour Stephon Marbury), mais décevante.

Le meneur gaucher du Queen’s qui terrorisait les défenses NCAA à Georgia Tech jouera pour huit équipes dans sa carrière pour finir dans l’anonymat le plus complet. Mais que l’on compare cette petite tête à claque de 14 ans au 2ème choix de la draft 91 en dit long sur son potentiel. Ce que ni Frey, ni Corey, ni Marb lui-même ne savent ce jour-là, c’est que sa carrière sera bien plus mémorable – à tous les égards - que celle de son modèle.

Mecca and the solo brother

Comme la plupart des légendes de Coney Island, Stephon Marbury fait les beaux jours du lycée Lincoln High, par où passeront notamment après lui son cousin Sebastian Telfair et Lance Stephenson. Comme la plupart des légendes de Coney Island, il hérite d’un flambeau qui a brûlé les doigts et la carrière de quantité de ses prédécesseurs.

Parmi ces joueurs au potentiel NBA trop vite rattrapés par les réalités de leur quartier, trois noms tiennent particulièrement à cœur au jeune Steph : Eric, Norman et Donnie Marbury, ses grands frères. Sixième de sept enfants, il est le plus talentueux d’une fratrie incontournable de Coney Island et le seul dont la carrière n’a pas encore déraillé.

Dans ce quartier de Brooklyn dont la prospérité passée n’est plus visible que par ce qu’il reste de son parc d’attraction, les parcours sportifs suivent une trajectoire qui ressemble à une fatalité : on se fait d’abord un nom dans les ligues de jeunes et sur les terrains du coin, puis on brille à Lincoln High, juste le temps de faire saliver tous les recruteurs du pays et de rêver à un contrat pro. C’est généralement le début de la fin : l’obstacle le plus insurmontable est le SAT, le test d’entrée à l’université pour lequel leur école publique, où le niveau scolaire est extrêmement bas, ne les prépare absolument pas.

Trop de prodiges ont vu les portes de la Division I NCAA se fermer sur leur score insuffisant au SAT. Trop d’entre eux ont dû prendre le chemin détourné qui passe par les Junior College où, loin des leurs et confrontés à un difficile ajustement culturel et académique, ils ont fini par baisser les bras avant de revenir au bercail. Stephon Marbury a tout juste 14 ans, mais il sait déjà que les probabilités sont contre lui malgré tout son talent.

Ses coéquipiers lors de sa saison freshman de high-school attirent les convoitises de grosses universités de la Big East, alors une conférence universitaire de premier plan, mais aucun d’entre eux n’y jouera vraiment. Poussé férocement par son père, qui ne désespère pas de voir un de ses garçons couvrir enfin la famille de gloire (et qui tente, par exemple, de se faire payer par Frey pour répondre aux questions de l’auteur), il confirme rapidement son statut de future légende du basket new-yorkais et suit de très près les traces de Kenny Anderson… au point d’aller jouer, lui aussi, à Georgia Tech, la fabrique à meneurs qui vient de sortir Travis Best, Anderson et surtout Mark Price, en 1986.

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