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[Portrait] Du Kerr à l’ouvrage

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Steve Kerr fête ses 54 ans aujourd'hui. L'occasion de découvrir ou redécouvrir le parcours et l'histoire personnelle douloureuse du coach des Golden State Warriors.

Aujourd'hui, plus personne n'ose remettre en cause le statut de Steve Kerr parmi les tout meilleurs techniciens NBA. Mais en avril 2015, au moment où nous faisions paraître ce portrait du coach des Golden State Warriors dans le numéro 51 de REVERSE, ça ressemblait encore à un pari d'annoncer qu'il allait contribuer à révolutionner la ligue.

Steve Kerr n’est pas devenu le coach rookie le plus performant de l’histoire et un triple champion NBA en tant que technicien par hasard. C’est parce qu’il a été façonné par un passé douloureux qu’il marque aujourd'hui la ligue de son empreinte.

Lorsque l’on est novice, refuser le premier rôle d’une pièce sur la plus belle scène qui soit n’est pas chose facile. Surtout quand celui qui vous le propose est l’un de vos mentors et accessoirement l’homme le plus titré et respecté de la profession. Mais Steve Kerr n’est pas homme à signer aveuglément en bas de la feuille sans regarder attentivement ce à quoi il s’engage. C’est peut-être justement parce qu’il connaissait parfaitement Phil Jackson qu’il savait que ce job chez les Knicks, qu'il a décliné à la surprise générale avant d'atterrir dan la Bay Area en 2014, sentait le souffre et serait tout sauf épanouissant.

Plutôt que d’être la marionnette d’un homme et de son système, aussi légendaires soient-ils, il a donc choisi la Californie et la succession de Mark Jackson à Golden State. Trop inexpérimenté, trop soft, pas assez tacticien dans l’âme. Voilà ce que le natif de l’Arizona a entendu à peine après avoir posé les pieds à Oakland. D’autres l’ont taxé d’arrogance, estimant que passer outre l'offre du « Zen Master »  était une folie.

Une meilleure connaissance du personnage et de son parcours aurait pu inciter ses détracteurs à plus de mesure envers celui qui se positionne déjà comme l'un des meilleurs coaches du 21e siècle en NBA.

Steve Kerr
Ce portrait de Steve Kerr est extrait du numéro 51 de REVERSE

L’absence d’un père abattu par des terroristes

25 février 1988. Les Wildcats d’Arizona se rendent sur le parquet de leur voisin d’Arizona State, à 130 km de leur camp de base de Tucson, dans la ville de Tempe. Steve Kerr, senior de l’équipe NCAA alors coachée par Lute Olson, s’échauffe comme de coutume avec ses coéquipiers avant ce derby toujours très attendu dans l’état du Grand Ouest. Depuis les travées de l’Activity Center, une quinzaine de « supporteurs » des Sun Devils scandent alors à son intention des « Where’s your dad ? » et des « PLO » (le sigle de l’Organisation de Libération de la Palestine - ndlr).

Beaucoup de joueurs auraient dégoupillé, dans un sens ou dans l’autre, refusant de jouer le match ou fonçant tête baissée dans le groupe d’étudiants pour en amocher le plus possible. Pas Steve Kerr. Après avoir essuyé quelques larmes, le jeune meneur calme les décérébrés qui l’entourent en inscrivant 22 points à 6/6 à trois-points contre le rival honni.

« C’est tout Steve, ça. Il n’allait pas se ruer dans les tribunes pour dégommer ces idiots. Il a préféré ruiner leur soirée en gagnant le match », raconte Andrew, son plus jeune frère, présent dans la salle ce soir-là.

Quatre ans et un mois plus tôt, Malcolm Kerr, 52 ans, était froidement abattu d’une balle dans la tête à quelques mètres de son bureau de l’Université Américaine de Beyrouth, au Liban, par deux membres du Hezbollah. Président de l’établissement et père de cinq enfants tous nés au Proche-Orient, c’était un homme respecté et apprécié dans la région pour sa connaissance et son amour de la culture locale. C’est accessoirement lui qui a cru en son troisième fils et fait en sorte qu’il puisse passer un essai pour intégrer l’université d’Arizona et son équipe de basket.

John Kerr, l’aîné de la fratrie, se rappelle du jour où son père a pu voir en vidéo le premier match de Steve en NCAA.

« On a pu se procurer une cassette de la rencontre filmée depuis les tribunes. Le problème, c’est que l’équipe avait trois joueurs blonds à ce poste… On a finalement réussi à distinguer lequel était Steve et le voir inscrire quelques points. Je pense pouvoir dire que ça a été l’un des plus beaux moments de la vie de mon père, vu la fierté qu’il y avait dans ses yeux », se souvient-il sur ESPN.

L’autre temps fort de la vie du patriarche aura été cette célèbre poignée de mains entre Jimmy Carter, Anwar El Sadat et Menahem Begin pour sceller les accords de paix de Camp David entre l’Egypte et Israël en 1978. Cette connaissance de « l’étranger » et cette ouverture sur le monde que Malcolm a transmise à ses enfants n’a pourtant pas grand-chose à voir avec le succès qu’a connu Steve par la suite.

Quel que soit son palmarès (cinq bagues de champion), il sera toujours dans l’imaginaire collectif ce petit blanc trop frêle qui fait dire au spectateur lambda « Si lui joue en NBA, pourquoi pas moi ? ». Sauf qu’aucun basketteur de canapé n’aura jamais l’abnégation, le talent et la science du jeu de l’intéressé.

Fréquemment décrit comme un « overachiever », un type qui dépasse les limites que lui accorde initialement son talent, l’actuel coach des Warriors n’a en fait eu que ce qu’il méritait. De ses premières parties contre des adultes au Caire alors qu’il n’avait que 14 ans, à ses bouts de matches sous le maillot des Spurs en 2003, à 38 ans, il a élevé le shoot à trois-points au rang d’art et fait du dévouement à l’utopie collective un leitmotiv. Au point de devenir l’homme de confiance de deux des plus grands gourous du coaching : Phil Jackson et Gregg Popovich.

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