Team USA, un complexe de taille ?

Adepte du 'small ball' depuis des années, Team USA a décidé d'emmener quatre pivots dans ses bagages en Espagne. Décryptage de ce changement de stratégie.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Anthony Davis n’a que 21 ans mais il est déjà l’un des cadres de Team USA. Même s’il est destiné à jouer ailier-fort en NBA, il joue le rôle d’un pivot long, très athlétique et extrêmement mobile pour la sélection américaine. Son profil correspond aux besoins de Mike Krzyzewski, un coach qui privilégie le jeu « small ball ». Ce système a fait ses preuves lors du Championnat du monde 2010 en Turquie et des Jeux Olympiques de Londres en 2012. Le principe est simple : placer un ailier de formation comme Kevin Durant ou LeBron James à l’intérieur, libérer ainsi des espaces en attaques, mettre la pression en permanence sur l’équipe adverse lorsqu’elle a le ballon, provoquer des pertes de balles et jouer vite en transition avec quatre voire cinq joueurs capables de remonter la balle en dribble ou de débouler de l’autre côté du parquet. Ni LeBron James, ni Kevin Durant, ni même Paul George ne seront présents en Espagne dans une semaine. En revanche, DeMarcus Cousins, Andre Drummond et Mason Plumlee, trois intérieurs culminant à plus de 2,10 m ont tous été retenus dans le groupe de Team USA pour la Coupe du Monde. Les deux premiers nommés ont tour à tour été annoncés sur le départ mais ils sont bien là. Plumlee n’était même pas dans la pré-sélection au début du mois de juillet. Les forfaits en cascade et ses bonnes performances lors du camp d’entraînement lui ont permis de gagner sa place. Mais pourquoi donc une équipe étiquetée « small ball » compte sur quatre pivots différents ?
« Cela nous donne l’opportunité de mettre en place des systèmes que nous n’avons pas utilisé par le passé », assure Jerry Colangelo, le patron de Team USA. « C’est vrai que l’on a préféré jouer ‘small ball’ ces dernières années. Mais on doit se poser la question : était-ce par choix ou par nécessité ? »
Sans doute un peu des deux. Avec un monstre comme LeBron James ou un artiste longiligne comme Kevin Durant, Team USA pouvait se permettre d’aligner un seul intérieur traditionnel tout en compensant son déficit de taille grâce aux qualités athlétiques hors normes de ses meilleurs joueurs. Même si elle est toujours la grande favorite de la compétition, l’équipe américaine est un peu moins impressionnante que par le passé.

Changement de style ?

Mike Krzyzewski dispose encore d’un noyau de stars NBA et de jeunes talents très prometteurs. Mais les absences de Durant et George – ajoutées à celles de Blake Griffin, Kevin Love et LaMarcus Aldridge – pourraient pousser le sélectionneur à revoir ses plans. Les principes de jeu de Team USA resteront les mêmes. Mais avec Drummond, Cousins, Plumlee, Davis et Kenneth Faried, soit cinq intérieurs de métiers – presque la moitié de l’effectif – coach K a la possibilité de s’orienter vers un cinq plus traditionnel avec deux grands ensembles sur le parquet.
« Plus tôt cet été, il aurait été difficile de nous imaginer emmener quatre pivots à la Coupe du Monde. Si le coach veut aligner une raquette de grande taille, il en a désormais la possibilité », ajoute Jerry Colangelo.
Faried et Davis seront titulaires en Espagne. Mais il ne serait pas étonnant que le staff décide d’aligner ‘Unibrow’ et Cousins ensembles sur le parquet sur certaines séquences. Pourquoi pas dès le premier tour, afin de prendre des premières repères avec ce système ? On imagine les dégâts que pourraient causer une telle association entre les deux jeunes stars montantes de la ligue… Mais le jeu FIBA est différent du jeu NBA et ‘DMC’ devra s’adapter aux nouvelles règles, tout comme Drummond. Les deux pivots n’ont pas d’expérience des compétitions internationales. Plumlee non plus mais il a effectué un cursus complet à Duke et le jeu universitaire se rapproche de celui pratiqué en Europe.

L’Espagne en ligne de mire

Ce changement de stratégie – du moins cette nouvelle orientation – n’est pas anodin. L’Espagne, l’autre grand favori du tournoi, affiche une raquette impressionnante avec Pau et Marc Gasol mais aussi Serge Ibaka et le très expérimenté Felipe Reyes. Le secteur intérieur est le point fort des Espagnols et ces derniers ont bien l’intention de faire mordre la poussière à toute équipe qui se présentera sur leur passage. Ils évoluent à domicile et ils ne craignent pas Team USA. D’autant plus que La Roja  n’était pas loin de renverser les américains lors de la finale des J.O de Londres (107-101) malgré la présence de Kobe Bryant, Carmelo Anthony, Chris Paul, James et Durant dans le camp d’en face. Avec Cousins, Davis, Faried, Plumlee et Drummond, Mike Krzyzewski dispose d’un peu plus de « viande » dans la peinture afin de lutter avec les géants espagnols. On constate d’ailleurs que Team USA a misé sur la taille à tous les postes. Rudy Gay est un ailier de grande taille, capable de poster des adversaires plus petits, et il est susceptible de reprendre le poste d’ailier-fort de Kevin Durant afin d’écarter le jeu en attaque. Les dirigeants ont également misé sur DeMar DeRozan, 2,01 m, efficace pendant la préparation.
« C’est un athlète polyvalent qui s’est mis en valeur ces dernières semaines », explique Mike Krzyzewski. « Il peut jouer sur plusieurs positions et il peut même affronter des gars plus grands lors des compétitions internationales. »
Team USA n’a pas voulu jouer petit bras. A défaut de rameuter l’artillerie lourde du pays, les américains ont opté pour une équipe XXL afin d’anticiper des duels face à des équipes alignant deux intérieurs classiques. Il n’y a pas que la taille qui compte mais aussi la manière dont se sert… des pivots, évidemment.
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