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Timothé Luwawu-Cabarrot : « Sur le terrain, je veux être le soldat du coach »

Théophile HaumesserPar Théophile Haumesser Publié

Au Thunder, Timothé Luwawu-Cabarrot va aller chercher un nouveau challenge pour montrer qu'il a bien les qualités d'un joueur NBA d'impact. Retour sur l'entretien qu'il nous avait accordé pour REVERSE.

Comme DeMar DeRozan l'apprenait il y a quelques jours, la NBA est un univers impitoyable dans lequel tout le monde peut se faire transférer du jour au lendemain, sans la moindre sommation. C'est ce qui vient d'arriver à Timothé Luwawu-Cabarrot, que les Philadelphia Sixers ont envoyé au Oklahoma City Thunder dans le cadre du trade de Carmelo Anthony. Peut-être a-t-il payé sa baisse d'adresse de la mi-saison, peut-être n'a-t-il fait office que de monnaie d'échange dans cette transaction, peut-être le Thunder a-t-il vu en lui un vrai potentiel à exploiter. Il est encore trop tôt pour le dire.

Néanmoins, au-delà de lui souhaiter bonne chance et beaucoup de réussite dans ce nouveau challenge, il nous semblait opportun de partager avec vous l'entretien qu'il nous avait accordé dans les pages du numéro 65 de REVERSE, paru en fin d'année dernière. L'occasion de mieux cerner sa personnalité et d'en apprendre un peu plus sur les coulisses des Sixers.

Timothé Luwawu-Cabarrot

Posé et réfléchi, Timothé Luwawu-Cabarrot s’est fait une place dans l’équipe la plus excitante du moment en misant tout sur une qualité essentielle : jouer juste. Pour nous, il fait le point sur son évolution et nous raconte les Sixers côté coulisses. Entretien.

REVERSE : Comment se passe la saison pour toi ?
Timothé Luwawu-Cabarrot : Plutôt pas mal. Collectivement, on est dans les objectifs qu'on s'était fixés en début d'année, puisqu'on veut aller en playoffs. Donc c'est bien ce qu'on est en train de faire en ce moment. Une victoire comme celle d'hier en prolongation, à Minnesota (118-112 le 12 décembre – ndlr), c'est bien puisqu'on sortait d'une série de quatre défaites de suite. Individuellement, ça fait une semaine que c'est chaud, que je manque de réussite, mais ce n’est pas un souci parce que je suis toujours dans la rotation. J'ai toujours mes minutes et je joue toujours aussi dur. Je fais ce que j'ai à faire en défense et en attaque, je prends les bonnes décisions. Le principal, c'est qu'on gagne les matches et que l'équipe tourne. L'objectif, c'est de continuer à grandir chaque jour, à chaque match et, à la fin de la saison, d'être une équipe de playoffs que personne n'a envie de jouer et qui peut aller vraiment loin. Donc perso, je ne me prends pas la tête, je sais que mes shoots vont rentrer et que je vais avoir de la réussite. Ça va se débloquer.

REVERSE : Par rapport à l'an dernier, tu sens que le regard que les autres équipes portent sur vous a changé ?
Timothé Luwawu-Cabarrot : Ouais, c'est sûr. Après, ce n'est pas forcément leur regard ou la manière dont elles nous jouent qui a changé. On est tous des professionnels et on joue pour gagner contre chaque équipe qu'on affronte. L'an dernier déjà, les adversaires savaient que, quand ils venaient chez nous, ça allait être un match dur et qu'il faudrait se donner, parce que c'est ça notre identité : on se bat, on est dur et on se donne à 100%. Même si on devait perdre de vingt points ou de quarante, on continuait de se donner à fond et on ne lâchait jamais rien jusqu'à la fin. Ce qui a changé, c'est surtout le regard des fans et des médias. Maintenant, on fait plus attention à nous et il y a beaucoup plus d'attentes, de pression, de critiques, de gens qui nous aiment ou qui ne nous aiment pas.

REVERSE : L'an dernier, tu étais un rookie en NBA, mais tu avais déjà une solide expérience pro. Tu penses que ça a facilité ton adaptation ?
Timothé Luwawu-Cabarrot : Oui, parce que, être rookie, je l'avais déjà vécu à Antibes. J'avais déjà connu ça : être le jeune de l'équipe qui se bat pour sa place, pour ses minutes et pour le respect et la confiance du coach. Ça m'a beaucoup aidé, parce qu'il fallait vraiment être patient : travailler sur le côté, quitte à ce que personne ne te voit bosser, mais toi tu sais ce que tu fais et ce que tu vaux. Et quand le coach t'appelle et qu'il te met sur le terrain, tu es là, tu es présent et tu fais ce qu'il te demande, tout en apportant ta petite touche personnelle. Avoir vécu ça avant d'arriver en NBA, ça m'a clairement permis d’appréhender les choses de façon plus tranquille et plus relax.

« En Serbie, le public c'est vraiment autre chose : les gens t'insultent, limite ils te crachent dessus, ils t'envoient des trucs sur le terrain. »

REVERSE : Et le fait d'avoir déjà joué à l'étranger, ça t’a aussi facilité la tâche ?
Timothé Luwawu-Cabarrot : Avoir joué en Serbie (avec Mega Leks – ndlr), avoir joué contre des équipes croates, du Monténégro, etc., ça m'a beaucoup aidé par rapport au public et à la pression. Là-bas, le public c'est vraiment autre chose : les gens t'insultent, limite ils te crachent dessus, ils t'envoient des trucs sur le terrain... Ici, c'est différent, j'ai déjà joué dans des grandes salles, devant beaucoup de monde, mais en Serbie les gens sont vraiment là pour regarder le match. C'était à la vie, à la mort pour eux. Si ton équipe perd, tu vas insulter l'équipe adverse et tout ça. Avoir vécu ça m'a préparé. Même chose pour l'éthique de travail que j'ai pu acquérir là-bas et qui m'a permis de grandir en tant que joueur. Ici, ils aiment les mecs qui bossent beaucoup, qui travaillent en plus, qui ne se plaignent jamais et qui sont durs. C'est exactement ce que j'ai appris en Serbie : tu bosses dur, tu ne te plains pas, même si tu as mal ou que tu as quelque chose et tu joues malgré la douleur.

REVERSE : Justement, dans le portrait qu'on avait fait de toi il y a un peu plus d'un an (REVERSE #55), tu nous disais que tu n'avais « jamais vraiment travaillé avant d'arriver en pro ». Ton expérience à Mega Leks t'a permis de passer un nouveau cap là-dessus ?
Timothé Luwawu-Cabarrot : Carrément ! Avant d'arriver en Serbie, j'avais plus ou moins réussi simplement par le talent et à un peu d'instinct, mais là-bas, ce n'était pas suffisant et il a fallu que je travaille encore plus. Et même si ça aurait pu être suffisant, je me suis dit que je ne pouvais pas être venu là pour me reposer sur mon talent, arriver cinq minutes avant l'entraînement et repartir cinq minutes après et faire juste les matches. Des fois, j'arrivais deux heures avant et je partais deux heures après. C'était vraiment par rapport à moi et à... (Il cherche ses mots et se met à rire) Tu sais, depuis deux ans que je suis arrivé aux Etats-Unis et que je parle en anglais tout le temps, j'ai les mots qui m'arrivent en anglais et je n'arrive plus à les traduire en français, ça me saoule ! (rires) Mais oui, c'est clairement en Serbie que j'ai développé une éthique de travail et ça m'a beaucoup aidé. Et maintenant, j'aime ça : travailler, aller à la salle, transpirer et passer beaucoup de temps à bosser sur mon jeu.

REVERSE : Malgré tout ça, qu'est-ce qui a été le plus compliqué à ton arrivée ?
Timothé Luwawu-Cabarrot : Le fait qu'au début, même si tu es dans l'équipe, le coach ne te parle pas. Pendant les deux ou trois premiers mois, il ne te calcule pas. Il te donne quelques petits conseils, mais c'est tout. C'était ça le plus dur parce que tu sens que tu ne fais pas partie des plans du club pour l'instant, mais tous les assistants et tous les joueurs te disent « Sois prêt, ton moment va venir, ne te fie pas à ce que le coach te fait ressentir, ça va arriver, ne perds pas confiance ». C'était vraiment bizarre. Tu vas aux matches, mais tu sais que tu ne vas pas jouer et après tu dois quand même te motiver et te donner à 100% à l'entraînement.

REVERSE : Quand tu es parti à la draft, tu pensais que tu avais des chances d’atterrir là ?
Timothé Luwawu-Cabarrot : Non, pas du tout. A la base, en discutant avec mon agent, Pedja Materic, on pensait vraiment que le plus bas que je pouvais tomber, c'était 18 et on n'avait jamais vraiment parlé des Sixers. J'avais fait des workouts pour Boston, Phoenix, Orlando et Denver. Les quatre équipes avaient des picks entre 10 et 18 et elles ne m'ont pas choisi. Donc à partir de ce moment-là, tu commences à réfléchir pour essayer de voir qui pourrait te prendre et tu ne sais pas où tu vas atterrir. Il faut que tu aies de la chance et je pense que j'en ai eu beaucoup d'être drafté par Philly, parce que c'était le moment parfait pour la franchise et pour ma carrière. C'est une équipe qui était en pleine reconstruction et qui avait quand même de grosses ambitions pour l'avenir. Je pense que ma manière de grandir a aussi été celle de l'équipe. Au début, c'était un peu compliqué et les progrès étaient lents à se faire sentir et, au fur et à mesure du temps, des mois, des jours, ça s'est accéléré et on est monté en même temps.

EVERSE : Ils voulaient tout de suite que tu viennes en NBA ou est-ce qu'il a été question que tu restes encore un peu en Europe ?
Timothé Luwawu-Cabarrot : Je pense que c'est un facteur qui fait que j'ai été drafté à ce pick-là, parce que quand j'ai fait mes workouts ou que mon agent parlait avec les franchises ou les scouts, on leur disait que l'objectif c'était clairement que je vienne en NBA directement. Quitte à aller un peu en D-League, mon but c'était de venir tout de suite et de jouer. Je pense que ça m'a fait perdre quelques places.

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