Tom Thibodeau, la fin d’une ère

Tom Thibodeau devrait prochainement être licencié par les Bulls. Une issue injuste mais loin d'être surprenante.

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Tom Thibodeau, la fin d’une ère
Pour l’heure, Tom Thibodeau est toujours le coach des Chicago Bulls. Malheureusement, il ne fait pratiquement aucun doute que la voix cassée de « Thibs » ne résonnera bientôt plus dans les couloirs du United Center.  Généralement bien informé, Marc Stein d’ESPN annonce ce vendredi que le temps de l’intéressé dans l’Illinois est révolu. Quiconque a suivi ne serait-ce qu’un peu l’actualité des Bulls cette saison, ne sera pas franchement surpris par cette nouvelle et saura qu'elle n'a rien à voir avec la défaite lors de la série face à Cleveland. Pour les autres, on rappellera que depuis le mois de novembre, des rumeurs vont bon train à ce sujet. La raison ? Un lien complètement rompu entre la direction et l’ancien adjoint de Doc Rivers à Boston. Personne n’a vu le duo  Gar Forman (le General Manager)-John Paxson (le vice-président des opérations basket) et le coach de 57 ans interagir depuis 6 mois. Une situation assez incongrue, surtout lorsqu’elle concerne une équipe qui a atteint les demi-finales de la Conférence Est. Thibodeau sait pertinemment que le binôme ne croit plus en sa méthode et estime que l’on manque de respect à ce qu’il a accompli depuis son arrivée dans l’Illinois en 2010. [superquote pos="g"]Noah : "Je ne crois pas qu'il comprenne ce truc que l'on appelle repos".[/superquote]On l’a vu plusieurs fois, en conférence de presse, aller à l’encontre de propos tenus quelques heures plus tôt par ses supérieurs, notamment en matière de gestion du temps de jeu. Car c’est là l’un des points sensibles de la stratégie de Thibodeau. Ses joueurs ont beau l’adorer et raconter à qui veut bien l’entendre que personne n’est mieux qualifié que lui pour s’occuper de ce groupe, ils ont tous eu du mal à rayonner en continu durant ces 5 années.  Même sur le ton de la plaisanterie, Joakim Noah ne lançait-il pas l’été dernier sur Grantland : « On a un super coach, mais je ne crois pas qu’il comprenne encore ce truc que l’on appelle repos (rires). Mais ça roule, nous tout ce qu’on veut c’est gagner ». Là où certains évoquent la poisse pour expliquer  les blessures successives de Derrick Rose, d’autres n’hésitent pas à pointer du doigt le technicien du Connecticut, coupable selon eux de ne pas avoir suffisamment préservé son franchise player. Idem pour Luol Deng, Noah et plus récemment Jimmy Butler. Forman et Paxson, de leur côté, en ont assez de voir Thibodeau n’utiliser qu’un groupe très restreint, même en saison régulière, avec des cadres épuisés et incapables de donner suffisamment pour décrocher, au moins, une place en finale de Conférence.  La tentation d’enrôler un coach plus malléable, à qui l’on pourrait suggérer efficacement de changer de protocole de temps à autre, fait ainsi son chemin depuis de longs mois. Il y a pourtant fort à parier que les Bulls regretteront celui qui avait été élu coach de l’année en 2011.

Il a redonné une identité aux Bulls

Lorsque ce travailleur de l’ombre a débarqué à Chicago en juin 2010, personne ou presque ne pensait le voir rendre à l’organisation ses lettres de noblesse. Un coach de transition en attendant mieux, se disait-on chez les fans. Sauf que grâce à Thibodeau, les Bulls n’ont pas seulement retrouvé un bilan comptable positif. Depuis la fin de l’ère Michael  Jordan, l’équipe n’avait ni ambition réelle, ni identité propre.  La défense, la rigueur tactique et la sueur. Voilà la nature churchillienne du programme instauré par « Thibs » dès sa première saison en NBA. Pas fou, celui-ci a rapidement compris qu’avec les joueurs qu’il avait à sa disposition, mieux valait miser sur la combativité et la science défensive que sur le run and gun. [superquote pos="d"]Tel un professeur, il noircit son tableau veleda avec chacune des stratégies employées par l'adversaire.[/superquote]Tactiquement, toute la ligue est consciente du niveau de Thibodeau. La presse, autorisée à entrer dans le vestiaire des Bulls à partir d’1h30 avant le coup d’envoi est fréquemment témoin de la minutie du bonhomme qui, tel un professeur, noircit son tableau veleda avec chacune des stratégies possibles employées par l’adversaire. A moins d’être initié, on n’y comprend pas grand-chose.  Mais les joueurs, eux, ont la plupart du temps appliqué à merveille les consignes de leur coach et déjoué des situations pourtant compromises à cause d’un effectif décimé. Sans Thibodeau, un élément comme Jimmy Butler aurait-il pu devenir All-Star ? Sans Thibodeau, Joakim Noah aurait-il un jour été désigné meilleur défenseur de l’année ? Risée de la ligue pendant plusieurs saisons, Chicago est devenu une formation redoutée et que beaucoup estimaient capable de remporter un titre avec un coach de cette trempe à sa tête, à court ou moyen terme. Mais le rêve d’avoir un technicien aussi pérenne que Gregg Popovich à San Antonio est aujourd’hui mort. Dans l’idée, Gar Forman espère probablement réussir le même coup que les Warriors avec Steve Kerr, venu remplacer un Mark Jackson plus en odeur de sainteté auprès de sa direction mais toujours apprécié par ses joueurs. En attendant, pendant que Chicago se cherchera un nouvel homme fort (ou faible pour être plus docile envers sa hiérarchie) l’un des trois meilleurs techniciens de la ligue va se retrouver sur le marché et ne manquera pas de prétendants. On sait d’ores et déjà qu’Orlando le veut et que New Orleans devrait tenter une approche. "Thibs" devra alors décider s’il se sent à nouveau l’âme d’un bâtisseur auprès d'un groupe très jeune et prometteur, ou s'il préfère coacher une superstar en pleine santé (Anthony Davis) mais pour le moment pas parfaitement entourée. Quoi qu'il en soit, Tom Thibodeau aura laissé une trace dans l'histoire des Bulls. Pas de celles qui  sont indélébiles car ornées de bagues, mais qu'importe. Il n'a jamais aimé le clinquant.

Le bilan de Tom Thibodeau à Chicago

Saison régulière : 394 matches, 255 victoires, 139 défaites (64.7%) Playoffs : 51 matches, 23 victoires, 28 défaites (45.1%). Une finale de Conférence, deux demi-finales. Un joueur élu MVP : Derrick Rose Un joueur élu MIP : Jimmy Butler Un joueur élu DPoY : Joakim Noah Première sélection au All-Star Game sous sa direction : Derrick Rose, Luol Deng, Joakim Noah, Jimmy Butler Récompense individuelle : Coach de l'année (2011)  
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