Young, Doncic, draftez des playmakers !

Les deux meilleurs rookies de la cuvée, Trae Young et Luka Doncic, confirment et illustrent parfaitement l’évolution de la NBA.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié

Que l’on aime ou non, à un moment donné, il faut juste accepter l’évolution. La NBA d’aujourd’hui n’est plus la même qu’il y a cinq ans, avant que les Golden State Warriors de Stephen Curry décrochent leur premier titre, et elle est encore plus différente de celle d’il y a vingt piges. Les gros lourdauds – dans le bon sens du terme – dominant qui marchent sur la raquette adverse, c’est fini. Et c’est peut-être même parce que c’est fini que le public – scouts, coaches, fans, joueurs, dirigeants, etc. – fantasment chaque année sur le fameux « grand retour des pivots ». Un truc abstrait et inexistant au final. La ligue appartient aux arrières et aux meneurs ou à tous ceux qui ont le ballon entre les mains pour créer du jeu. Aux James Harden. Aux Trae Young et aux Luka Doncic demain.

Le « small ball », c’est comme le capitalisme. Une fois dedans, difficile de faire marche arrière. Il y a juste de plus en plus de capitalisme et pareillement de plus en plus de « small ball ». Les ailiers-forts sont devenus des pivots. Les ailiers des ailiers-forts. Et maintenant, les ailiers-forts ex-ailiers vont devenir des pivots à leur tour. Préparez-vous pour un monde où Giannis Antetokounmpo jouera poste cinq sur de longues séquences en playoffs avec quatre petits autour de lui. C’est très sérieux, ça va arriver prochainement sur vos League Pass.

On ne cherche pas à savoir si c’est bien ou mal, on fait juste le constat. C’est comme ça. Et ça, c’est une évolution qu’on a quand même ciblé depuis un moment. Le plus fou, c’est que certaines franchises n’arrivent toujours pas à le capter – indice pour les retrouver : elles finissent toujours par décevoir.

La draft 2018 est un excellent exemple de ce déséquilibre entre deux mondes : ceux qui ont compris et ceux qui ont encore dix ans de retard. Le débat entre Luka Doncic et Deandre Ayton, les deux grands favoris pour être draftés en premier à l’époque tournaient d’ailleurs autour de ça. Les principaux arguments de ceux en faveur de Doncic reposaient sur le fait qu’aujourd’hui, on ne construit plus une équipe autour d’un intérieur. Et les autres répondaient qu’un mec de 2,16 mètres capable de tout faire sur un terrain, c’est impossible de passer à côté.

Mais déjà ça, c’est une belle disquette. Le coup du géant qui fait tout sur un parquet ça se vend tellement bien aux fans et aux dirigeants (et aux journalistes). En vérité, il n’y en a qu’un comme ça : Kevin Durant. Le seul vrai joueur de sept pieds (2,13 mètres, ne vous fiez pas à ce qui est écrit sur NBA.COM, bien sûr qu’il est à plus de 2,11 mètres) qui joue vraiment comme un arrière. Les autres, il y a quelques caractéristiques peu communes pour des intérieurs classiques mais on est loin de l’ailier de formation. Imaginez Ayton poste trois et rigolez un bon coup.

Il y aussi cette idée doublement fausse selon laquelle un grand qui sait shooter peut être utile dans un système « small ball ». Premièrement fausse parce que des grands qui savent réellement shooter de loin à plus de 38% de réussite, il n’y en a pas tant que ça. Ce n’est pas parce qu’Ayton a une mécanique de tir fluide qu’il va être à même de mettre de loin en NBA. Il a tenté sa chance quatre fois seulement cette saison. Quatre échecs. C’est important de le souligner parce que ses partisans nous vendaient ça comme la justification ultime. Raté. Ensuite, encore faux parce que l’essence du « small ball », c’est d’abord la défense. La capacité à switcher sur les écrans pour ralentir n’importe quel gabarit. On ne va pas reparler de la défense du Dominicain mais si vous avez un peu suivi la saison, vous savez que ce n’est clairement pas son point fort.

Bref, ça y ressemble jusqu’à présent mais ce n’est pas du tout un article à charge envers Ayton en vérité. Déjà parce qu’il n’a rien demandé à personne. Il a été pris en premier, tant mieux pour lui. C’est même un joueur solide avec plus de 16 points et 10 rebonds par match pour sa saison rookie. Il est jeune, il est prometteur. En fait, ceux que l’on vise, ce sont ces dirigeants NBA qui espèrent encore construire leur équipe autour d’un pivot.

Qui sont les deux meilleurs rookies aujourd’hui ? Luka Doncic et Trae Young. Le premier est déjà considéré comme un All-Star par ses pairs. Le deuxième monte en puissance et ne fait plus rire personne. C’était drôle de se moquer des pourcentages du meneur des Atlanta Hawks. Mais ça ne marche plus. Il commence à prendre le rythme de la ligue. Il est fort et ça se voit qu’il va continuer à être de plus en plus fort. Et son équipe est loin d’être ridicule, pour un candidat au tanking.

Ces gars-là sont les symboles de l’évolution de la ligue. Vous voulez que vos meilleurs joueurs aient la balle entre les mains. Et pour ça, c’est plus facile de centrer le jeu autour d’un arrière ou d’un meneur. D’un extérieur en tout cas. Passer la balle dessous, ça casse le rythme. Il faut ralentir. Attendre qu’il se positionne. Lui envoyer la gonfle. Le jeu est stéréotypé. Haché. Et les arrières ne peuvent pas se mettre dans le rythme. Même si l’intérieur marque une fois sur deux – et c’est peut-être le cas d’un seul joueur en NBA - c’est contre-productif. Sans parler des fois où il se fait prendre de vitesse deux fois sur trois de l’autre côté du terrain.

Bref, ce n’est plus l’ordre naturel des choses. Il n’y a que deux équipes sur trente qui tournent autour d’un pivot. Les Denver Nuggets et les Philadelphia Sixers. Mais toutes les deux possèdent un joueur vraiment unique – pas juste un peu unique si jamais il fallait quantifier les dix « licornes » qu’on nous présente à chaque draft. Nikola Jokic par sa passe et Joel Embiid par sa domination dessous. Vous verrez qu’aucune des deux ne joueront le titre. Ni cette année, ni les suivantes.

Oui, on prend le pari même pour les Sixers d’Embiid, quitte à froisser ses fans. On nous a longtemps accusé de trop défendre le Camerounais donc sachez que même si c’est l’un de nos chouchous, on ne voit pas Philly aller au bout. Son style de jeu rend difficile à la cohabitation avec d’autres stars par exemple. Et ces éventuels problèmes de « fit » vont finir par prendre le dessus sur des Sixers pourtant bourrés de talents.

Les Suns ont donc fait une erreur en misant sur Ayton plutôt que Doncic ou même Young (un temps pressenti dans le top trois de la draft pendant sa saison fantasque en NCAA !). Pourvu que les franchises comprennent : si vous piochez dans le top 3 de la draft, ne prenez pas un pivot pour construire toute votre attaque autour de lui. Ce serait sans doute une erreur.

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