Walt Frazier : New York Giant

BasketSessionPar BasketSession Publié

Sobre et impitoyable sur le terrain, classe et flashy en dehors, la première vraie icône des Knicks, c’est lui : Walt Frazier, qui fête ses 74 ans.

Publié dans le magazine REVERSE #30

LeBron aurait pu être celui-là. S’il avait choisi d’emmener ses talents à New York en 2010 et de relever le plus gros défi du basket pro – faire gagner les Knicks -, LBJ aurait pu devenir l’emblème du club et l’âme d’une ville qui attend un titre NBA depuis près de 40 ans. Il aurait pu, tout simplement, devenir le nouveau Walt Frazier. Vous avez bien lu. Pas le nouveau Jordan, le nouveau Magic ou le nouveau Bird. Les fans des Knicks se foutent de ces trois-là. Pas même le nouveau Ewing (qui s’est lourdement troué en finale ’94), le nouveau Bernard King (dont le brillant passage à NYC a été gâché par les blessures) ou le nouveau Willis Reed (héros de la finale ’70 et MVP des deux finales gagnées par les Knicks). En gagnant le cœur des fans les plus exigeants du pays, LeBron serait devenu le nouveau Clyde.

Empire State Of Mind

Il faut plus que du talent pour réussir à New York. Il faut du caractère, de la personnalité, du style. Il faut être capable de représenter la ville sur le terrain et de l’incarner en dehors. Il faut jouer dur, attaquer intelligemment, défendre fort. Le public du Madison est probablement, avec celui de Boston, le plus fin connaisseur de toute la ligue. Pour lui, le beau basket ne se limite pas à des isolations et des alley-oops en contre-attaque. Le MSG veut de la cohésion et du sacrifice. Et c’est justement parce qu’il a été aux premières loges de la génération Frazier. Les fans new-yorkais étaient-ils aussi soucieux de la qualité du basket proposé avant la grande équipe qui leur a offert ses deux seuls titres ? Est-ce que c’est l’œuf qui vient en premier ou la poule ? Difficile à dire. Le fait est que Walt et ses coéquipiers ont marqué l’histoire de la franchise et de la ville, et servent à présent de référence historique, culturelle et sportive à la Grosse Pomme. Coachés magistralement par Red Holzman, apôtre d’un basket simple et collectif, les Knicks ont dominé le début des années 70, remportant le titre en 70 et 73 et perdant la finale 72 contre d’invincibles Lakers. L’équipe est remarquablement équilibrée autour de son axe fort, le duo Frazier-Reed. Entre Dave DeBusschere, Bill Bradley, Earl Monroe, Jerry Lucas ou encore Cazzie Russell, le talent autour de ces deux-là ne manque pas, mais la marque de fabrique est toujours la même : pas de stars et pas de superflu.

« Clyde est le seul joueur que j’ai vu que je décrirais comme un artiste. » Bill Bradley

De ce collectif inoubliable, les bouquins d’histoire ne retiennent presque rien, et les highlights que la ligue a toujours mis en avant se contentent de faire allusion au fameux comeback de Reed lors du Game 7 de la finale 70. Frazier a essentiellement été rayé du patrimoine transmis par David Stern à l’imaginaire collectif des fans du monde entier. Il n’y a qu’à New York que sa légende survit. Sous un surnom bien précis. « Qu’est-ce que je pense de Clyde ? Je l’adore », confie Ken Drews, fan des Knicks depuis toujours et qui anime l’excellent podcast de Freedarko.com, intitulé « The Disciples of Clyde » en honneur à l’ancien arrière des Knicks.

« Comment pourrait-il en être autrement ? Il a le sérieux qui vient de son succès sur le parquet à l’époque, il a gracieusement vieilli, il a l’air heureux et il est depuis plus de vingt ans un commentateur unique et agréable à la radio et à la télé. C’est une maille très forte du tissu du club, ancré d’une façon telle que très peu de joueurs dans n’importe quel sport, même de meilleurs joueurs que lui, l’ont jamais été. »

Ce dont Drews parle, c’est une communion pure et simple entre l’athlète et son public, un lien extrêmement fort qui dépasse largement le strict cadre sportif. De telle sorte que près de 35 ans après ses derniers tirs sous un maillot des Knicks, les fans du club ressentent toujours quelque chose d’unique pour celui qui pourrait n’être qu’un ex-joueur-devenu-commentateur comme un autre.

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