Westside Story : Le bilan du mois à l’Ouest

Le fossé entre la Conférence Ouest et sa voisine de l'Est ne cesse de s'approfondir en NBA. L'occasion de faire un bilan du mois et une présentation du paysage le plus effrayant de la ligue.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Westside Story : Le bilan du mois à l’Ouest
Le sujet est récurrent. Le constat est le même depuis plusieurs saisons et il était encore plus marquant la saison dernière : la Conférence Ouest est bien plus relevée que sa voisine de l’Est. Alors que l’on pensait que l’écart de niveau entre les deux Conférences avait atteint son paroxysme l’an passé, il se trouve que le fossé s’est encore accentué cette saison. La différence est telle que Mark Cuban a même proposé un rééquilibrage des deux Conférences. La manœuvre du propriétaire des Dallas Mavericks consistait à délocaliser les franchises texanes – les San Antonio Spurs, les Houston Rockets et donc Dallas – ainsi que les New Orleans Pelicans à l’Est. Quatre équipes de la division centrale – Chicago, Indiana, Milwaukee et Detroit – effectueraient le chemin inverse. La Conférence Est occupe la scène médiatique à chaque intersaison. Cet été encore, les franchises situées à l’Est du pays ont animé la free agency. LeBron James a assouvi les fantasmes les plus fous des supporteurs de Cleveland en revenant en grande pompe dans l’Ohio. Kevin Love a quitté les Minnesota Timberwolves pour former un nouveau « Big Three » avec le « King » et Kyrie Irving aux Cavaliers. Pau Gasol a tourné le dos aux Los Angeles Lakers pour renforcer l’armada des Chicago Bulls. Chris Bosh a préféré prolonger son bail au Miami pour les cinq prochaines saisons (et une centaine de millions de dollars) alors que les Houston Rockets lui offraient la possibilité de chatouiller à nouveau les sommets entouré de James Harden et Dwight Howard. Plusieurs grands marchés sont situés à l’Est et la concurrence plus faible au sein de la Conférence est un attrait supplémentaire pour les principaux free agents. Cette donnée pourrait d’ailleurs permettre d’équilibrer la ligue à courts ou moyens termes. Andrew Wiggins (désormais aux Wolves), Jabari Parker, Joel Embiid et Aaron Gordon, les quatre premiers choix de la dernière draft, ont été choisis par des équipes de l’Est, conséquence directe des plans de reconstruction – pour ne pas dire « tanking » – des franchises de la Conférence.

La Conférence Ouest maîtresse de la NBA

Mais en attendant ce rééquilibrage attendu, le constat est saisissant et les chiffres en disent long sur le gouffre béant entre les deux Conf’ (les statistiques ont été enregistrées avant les matches de la nuit).
  • [superquote pos="d"]Sept équipes de l'Ouest dépassent les 70% de victoires[/superquote]Sept (!) équipes de la Conférence Ouest – Golden State, Houston, Memphis, Portland, San Antonio, Los Angeles (Clippers) et Dallas – dépassent les 70% de victoires après un mois de compétition contre une seule à l’Est, les Toronto Raptors.
  • Les Dallas Mavericks, septièmes à l’Ouest avec 16 victoires et 6 défaites, seraient deuxièmes s’ils jouaient à l’Est.
  • Les trois plus mauvaises équipes de la ligue – New York, Detroit et Philadelphie – jouent à l’Est et affichent un pourcentage de victoire inférieur à 20%. Ces trois équipes ont remporté 9 matches pour 54 défaites en cumulé depuis le début de la saison.
  • Les sept premières équipes à l’Ouest ont déjà cumulé 110 victoires, soit dix-neuf seulement de moins que l’ensemble des franchises de la Conférence Est.
  • Les sept premières équipes à l’Ouest sont dans une spirale positive. A elles sept, elles cumulent 31 victoires consécutives dont 12 pour les seuls Golden State Warriors.
  • [superquote pos="d"]68,4% des oppositions entre les deux Conférences ont été remportées par une équipe de l'Ouest[/superquote]Onzièmes à l’Ouest, les Denver Nuggets seraient septièmes s’ils jouaient au sein de la Conférence Est.
  • Il y a déjà eu 114 confrontations entre les franchises des deux Conférences depuis le début de la saison. 78 d’entre elles ont été remportées par une équipe de l’Ouest, soit 68,4% des oppositions.
  • Les quatre dernières équipes de la Conférence Est – Charlotte, New York, Detroit et Philadelphie – ont un bilan cumulé de 4 victoires et 33 défaites contre les franchises de l’Ouest. A l’inverse, les quatre meilleures formations à l’Ouest ont un bilan de 28 victoires et 2 défaites contre celles de l’Est.
  • 9 des 15 formations – et même les Los Angeles Lakers – de la Conférence Ouest ont un bilan positif contre leurs homologues de la Conférence Est. Seule trois équipes à l’Est (Toronto, Atlanta et Washington) dépassent les 50% de victoires face aux équipes de la Conférence Ouest.

Wild, Wild, West

[caption id="attachment_127510" align="alignleft" width="300"] Marc Gasol et les Grizzlies visent les sommets, même à l'Ouest.[/caption] Vous l’aurez compris, les meilleures équipes de la ligue se trouvent toutes à l’Ouest du pays. Les Memphis Grizzlies ont le meilleur bilan sur l’année civile en cours et sont irrésistibles depuis le retour de blessure de Marc Gasol en janvier dernier. Le pivot espagnol, actuellement dans sa « contract year », a perdu du poids et il s’affirme comme un candidat à l’une des trois premières All-NBA Team – et plus si affinités. A ses côtés, Mike Conley poursuit son ascension et confirme son statut de « meilleur meneur sous-coté » de la NBA. L’arrivée de Courtney Lee semblait anodine mais l’arrière excelle au sein du système de Dave Joerger et son adresse extérieure a résolu en partie les problèmes de spacing des Grizzlies. Les défenses adverses ne peuvent plus se permettre de défendre à quatre autour de la peinture afin d’encercler Gasol et Zach Randolph sous peine de prendre l’eau sous une pluie de trois-points que sont susceptibles de planter Lee mais aussi Conley, Vince Carter et Quincy Pondexter. Les Grizzlies sont plus adroits de loin et ils occupent désormais le classement des dix meilleures défenses (99,4 pts encaissés sur 100 possessions, cinquième) – as usual – et des dix meilleures attaques (106,5 pts marqués sur 100 possessions, huitième) de la ligue ! [superquote pos="d"]Les Warriors ont la meilleure défense et la quatrième meilleure attaque de la NBA[/superquote]Les Golden State Warriors peuvent aussi se targuer de se classer dans le top 10 de la NBA des deux côtés du parquet. Les hommes de Steve Kerr font même encore mieux que les Memphis Grizzlies. Leur défense est la plus imperméable de la ligue – grâce au travail préliminaire effectué par Mark Jackson à la tête de l’équipe lors des trois dernières saisons – et leur attaque est l’une des plus prolifiques (quatrième). Les Warriors ont un net rating de +12,6, ce qui les place largement en tête de cette catégorie statistique devant les Dallas Mavericks et les Los Angeles Clippers. Ces progrès significatifs s’expliquent par la philosophie de jeu de Kerr, plus porté vers l’offensive que Jackson. Le coach exploite mieux la force de frappe de son effectif et son cinq « small ball », avec Draymond Green placé en ailier-fort, fait des ravages. L’ancien joueur de Michigan State est suffisamment costaud pour contenir les intérieurs plus puissants que lui et il étire les défenses adverses de l’autre côté du parquet. Il joue dix minutes de plus que l’an passé (32 contre 22) et ses statistiques sont donc logiquement en hausse : 13,5 pts et 7,6 rbds contre 6,2 pts et 5 rbds. Mais son adresse extérieure (38% à trois-points) est encore plus parlante. Si la défense ne respecte pas son shoot, Green n’hésite pas à dégainer – et à mettre dedans – comme ce fut le cas contre Chicago lorsque le jeune joueur a battu son record en carrière (31 pts, 7 paniers primés inscrits). Avec le renouveau d’Harrison Barnes, l’évolution de Klay Thompson, les fulgurances de Marreese Speights et le génie de Stephen Curry, plus que jamais candidat au titre de MVP de la saison, les Warriors sont armés pour jouer une finale à l’Ouest. Si ce n’est mieux. Mais la Conférence Ouest ne se limite pas à Memphis et Golden State. A vrai dire, on ne sait pas grand-chose à propos de la Conférence tant le niveau est relevé. Comme nous l’avons signalé plus haut, sept équipes affichent un bilan supérieur à 70% de réussite. Sept équipes ! On pensait les Houston Rockets un cran en-dessous des grosses armadas de l’Ouest et voilà les joueurs de Kevin McHale à la deuxième place de la Conférence après 20 matches et ce malgré la blessure de Dwight Howard. James Harden provoque une centaine de lancers-francs par match, Donatas Motiejunas régale, Tarik Black s’est fait un nom, Jason Terry bombarde de loin et Kosta Papanikolaou apporte une touche européenne à l’équipe texane. Porté par une défense de fer, les Rockets ont déjà fait plier plusieurs grosses cylindrées dont les Grizzlies, les Mavericks et les Spurs. [superquote pos="d"]Comment distinguer un favori quand sept équipes sont aussi fortes ? [/superquote]Les éperons, encore euphorique du titre décroché en juin dernier, ont débuté la saison en douceur avant d’enchaîner neuf victoires lors des dix derniers matches. Il faudra à nouveau compter sur les hommes de Gregg Popovich en juin prochain. Mais bon, ça, on le savait déjà. Le constat est similaire pour les Los Angeles Clippers. En-dedans lors des premières semaines, ils ont déjà lancé la machine en route. Blake Griffin ont eux aussi remporté neuf de leurs dix derniers matches et ils sont sur une série de sept victoires de rang. Invaincus en neuf rencontres face aux équipes de la Conférence Est, les Portland Trail Blazers font eux aussi sensation. Le jeu offensif de Terry Stotts est toujours aussi plaisant et la franchise a renforcé son banc et sa raquette (les deux à la fois) en signant le vétéran et ancien All-Star Chris Kaman, très performant depuis le début de la saison (10,3 pts et 6,7 rbds en 19 minutes). Les Dallas Mavericks sont si forts en attaque – 114 pts marqués sur 100 possessions – qu’ils sont susceptibles de faire plier n’importe quelle équipe, et notamment celles de la Conférence Est (déjà dix victoires décrochées contre les adversaires de l’autre Conf’). Le système de Rick Carlisle est appliqué à la perfection et Chandler Parsons commence à y trouver ses repères. Si les Texans se mettent à défendre, ils seront redoutables. Phoenix, Sacramento et New Orleans sont presque déjà à la lutte pour la huitième place de la Conférence Ouest et regardent d’un mauvais œil le retour en force du Thunder, désormais au complet (enfin presque). Même Denver a bien remonté la pente après sa défaite honteuse face aux New York Knicks au Madison Square Garden il y a quelques semaines. Utah et Minnesota sont en reconstruction mais les deux franchises disposent de nombreux jeunes joueurs prometteurs. Quant aux Lakers, ils n’ont pas trouvé la bonne formule Los Angeles demeure un grand marché susceptible d’attirer une star en quête d’exposition médiatique lors des prochaines free agency. La Conférence Ouest est plus relevée et la plupart des équipes qui la composent sont très intéressantes à suivre et agréables à voir jouer. Encore une fois, il y aura des déçus à l’Ouest. Au moins deux équipes (pronostic de Nostradamus : Phoenix et New Orleans) au bilan supérieur à 50% de victoires ne seront pas qualifiées pour les playoffs en fin de saison alors qu’elles l’auraient à l’Est. On en revient à la proposition de Mark Cuban et à l’idée d’une réforme de la ligue. En effet, vu l’écart de niveau entre les deux Conférences, ne serait-il pas judicieux que les 16 meilleures équipes NBA – et ce quelle que soit leur implantation – obtiennent leur ticket pour les playoffs ? A ce sujet, un peu de lecture : Nous vous proposons cet article très détaillé (comme toujours) de Zach Lowe. Le journaliste de Grantland a soulevé les différences de niveau entre les deux Conférences en expliquant les enjeux d’une éventuelle réforme. Il rappelle que même en qualifiant les 16 meilleures équipes pour les playoffs, les franchises de la Conférence Ouest seraient désavantagées étant donné qu’elles s’affrontent plus souvent entre-elles (ce qui accentue encore un peu plus l’écart de niveau entre les deux Conférences). Il expose donc la théorie d’un changement de calendrier et revient sur les solutions possibles tout en n’oubliant pas de préciser que cette tendance actuelle pourrait s’inverser en faveur de la Conférence Est dans les années à venir. Un article à lire pour les amateurs de NBA.
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