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Wilt Chamberlain : L’éternelle énigme

Jean-Sébastien BlondelPar Jean-Sébastien BlondelPublié

Records intouchables et vaines victoires : la vie bien remplie mais terriblement frustrante de Wilt Chamberlain.

C'est aujourd'hui l'anniversaire de Wilt Chamberlain. Pour lui rendre hommage, voici le portrait que nous avions dressé de lui dans le numéro 31 de REVERSE.

100, 72,7, 55, 50, 48,5. Des chiffres qui renvoient à autant de records absurdes que jamais personne n’approchera. Son nombre de bagues, par contre, est à la portée de tout le monde. Qui était vraiment Wilt Chamberlain ? Un joueur beaucoup trop fort pour son époque, mais mal entouré, ou un individualiste obsédé par les accomplissements personnels qui n’a jamais su tirer un collectif vers le haut ?

Tout le monde semble avoir sa réponse, pourtant personne ne saura jamais. L’homme aux records insensés a laissé derrière lui un palmarès aussi rempli que troublant, laissant à certains de ses rivaux l’essentiel de la gloire. Retour sur sa carrière à travers trois de ses plus grands ennemis…

Part I : Bill Russell – Des chiffres et des lettres… de noblesse

Impossible de parler de l’un sans évoquer l’autre. Wilt Chamberlain et Bill Russell sont probablement plus indissociables encore que Magic Johnson et Larry Bird. Certes, Magic et Larry se sont entretués dès la NCAA et ont fait exploser la popularité de la NBA grâce à leur rivalité presque trop parfaite sportivement, socialement et géographiquement pour être vraie. Et alors ? Rien ne vaut le face-à-face Chamberlain-Russell, deux joueurs tellement au-dessus du reste de la ligue dans les années 60 que les records individuels du premier et le palmarès collectif du second ne seront jamais battus. Jamais !

Le débat sur la supériorité de l’un sur l’autre est un débat philosophique. Qui donne à deux éternelles questions fondamentales des sports collectifs leur plus beau cas d’étude. Un grand joueur est-il un joueur qui domine ou un joueur qui gagne ? À quoi sert le talent individuel sans la capacité de se fondre dans un projet d’équipe ?

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On ne reviendra pas sur l’argumentation en faveur de Bill Russell. Bill Simmons aurait probablement voulu en faire une thèse, mais s’est contenté de revenir dessus en détails et d’en tartiner plus de 25 pages dans son fameux livre « The Book Of Basketball ». Les chiffres individuels sont incontestablement en faveur de Wilt. Les affrontements directs clairement en faveur des Celtics de Bill.

Ce que l’Histoire retient d’eux, c’est que Bill Russell, avec ses 11 titres en 13 ans, était l’essence même du basketteur capable de fédérer ses coéquipiers autour d’un objectif commun et prêt à tout sacrifier pour gagner, à commencer par son implication offensive, tandis que Wilt Chamberlain ne voyait d’intérêt que dans la satisfaction d’établir des records personnels, au risque de perdre les intérêts collectifs de vue.

La réalité est bien plus complexe. Wilt avait un tel avantage physique et athlétique sur ses pairs qu’il n’avait pas le droit à l’erreur. Il avait semble-t-il le sentiment que, quoi qu’il puisse faire, ce ne serait jamais assez, et il a tout fait pour être aimé, tout simplement. Mais plutôt que de profiter de ces attentes démesurées pour se concentrer sur l’aspect collectif de son sport, le géant surpuissant s’est mis en tête de tout faire pour montrer sa supériorité individuelle. Jamais personne ne pourra la contester, tant les chiffres sont effarants.

La plupart de ses records ne seront jamais battus. Lui qui avait déjà claqué 90 points dans un match de high-school a réussi à en mettre 100 en NBA, ce fameux soir de mars 1962 contre les Knicks. Cette saison-là, dans une NBA qui se cherche et qui semble avoir aboli la défense, pendant qu’Oscar Robertson aligne triple-double sur triple-double, Wilt tourne à plus de 50 points et 25 rebonds par match. En plus de 48 minutes de moyenne par match. Ça n’est pas une faute de frappe. En 80 matches, dont 10 prolongations, il ne passe que 8 minutes sur le banc des Warriors !

Sa plus forte moyenne de rebonds sur une saison (plus de 27), son record sur un match (55) ou son pourcentage de réussite aux tirs lors de sa dernière saison (72,7%) sont intouchables dans la NBA ultra-compétitive d’aujourd’hui.

Mais toutes ces stats ne suffisent pas à faire oublier l’essentiel. De son côté, le pivot emblématique des Celtics n’a jamais perdu un Game 7 et s’est forgé un palmarès tellement enviable qu’on aurait pu l’accuser de « Russell d’abus de biens sociaux ». Wilt, lui, a souvent été accusé de ne plus défendre ni attaquer dans certaines fins de matches pour être sûr de garder intacte sa plus grande fierté : ne jamais s’être fait sortir pour 6 fautes… Difficile de garder toute sa crédibilité sportive avec ce genre d’anecdote.

« Russell avait beaucoup d’atouts pour lui », avait tenté d’expliquer Wilt Chamberlain lors d’un passage de l’émission Greatest Sports Legends qui lui était consacré au début des années 80.

« Il avait un seul job à faire. Moi j’en avais plusieurs : je devais scorer, prendre des rebonds, défendre et j’ai fait de mon mieux. Mes équipes ont fait de leur mieux. Je pense que les équipes de Boston étaient tout simplement meilleures. Le coaching était tout simplement meilleur. Et c’est pour cela qu’ils ont gagné les gros matches. »

Et son interlocuteur d’enchaîner :

« L’équipe était meilleure, mais ça ne veut pas nécessairement dire qu’un individu était meilleur que l’autre ? ».

La réponse de Wilt est extrêmement claire :

« Oh non, je ne pense pas qu’en termes de talent individuel Russell puisse ne serait-ce que se rapprocher de moi... ».

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