Ils ont plié la NBA, mais respect aux Warriors !

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

La NBA peut presque sembler inintéressante tant les Golden State Warriors dominent leur sujet. Oui, c'est chiant. Mais ça n'empêche pas que les Californiens font ce que leurs adversaires osent trop rarement : jouer ensemble.

« T’es dégoûté. C’est OK, je comprends. » Put*** qu’ils sont durs, les mots de Kevin Durant. Mais tellement réalistes. Ce message, si simpliste et paradoxalement si lourd de sens, adressé par la star à un supporteur un peu trop bruyant des Cleveland Cavaliers, pouvait en réalité concerner tous les passionnés NBA. Ou du moins tous ceux qui rêvent d’un championnat qui ne serait pas bouclé avant d’avoir débuté. De finales avec au moins un semblant de suspense. Mais la vérité du terrain, elle, est différente. Il y a un an, quasiment jour pour jour, KD propulsait les Golden State Warriors vers le titre avec un panier assassin lors du Game 3. Et un, et deux, et trois-zéro. La franchise d’Oakland était sacrée quelques jours après. Même scénario cette saison. Même tir crucial de Durant et même écart. Et un, et deux, et un troisième sacre à venir en quatre ans.

La ligue de basket la plus relevée du monde est-elle vraiment devenue chiante ? C’est ce qui se dit et s’écrit un peu aux quatre coins de la planète. Parce que la domination des Dubs saute aux yeux. Elle est évidente. Frustrante, même – évidemment sauf pour les fans de Golden State. Alors rien que ça parle d’injustice. Voire même de boycott des finales NBA (en réalité, les audiences télévisions de cet acte IV entre Cavaliers et Warriors sont excellentes). Mouais… c’est un peu vite oublier qu’il y a moins de quinze jours, les discussions étaient centrées sur l’élimination in-extremis des Houston Rockets en sept manches. Avec cette rengaine : si Chris Paul avait été là, les Texans seraient passés. Peut-être même que ceux qui crient haut et fort au scandale devant la suprématie des Californiens assuraient que GS n’était même pas la meilleure équipe de sa Conférence.

Illogique. Si vraiment les Rockets étaient au-dessus, alors ces Warriors sont prenables. Mais bon. En fait, il se peut fortement que Durant et ses joyeux copains soient bien supérieurs à toutes les autres équipes NBA. Houston y compris. Même avec CP3 en bonne santé. Sans rien enlever aux Rox, les matches qu’ils ont gagnés ont surtout été perdus par un adversaire trop facile qui s’est lui-même tiré une balle dans le pied. Par ennui. Car une fois concentrés et appliqués, les joueurs de Steve Kerr marchent sur la NBA. Et oui, ça peut lasser.

Ce déséquilibre a été parfaitement illustré cette nuit. Stephen Curry était mauvais. Terriblement maladroit (11 points à 3/16). Klay Thompson n’était pas dedans non plus. Les Cavaliers étaient à bloc. Kevin Love a encore atteint le plateau des 20 pions. Cleveland a dominé aux rebonds. LeBron James a collé un triple-double (33, 10 et 11). Malgré ça, c’est encore la même équipe qui est repartie avec la victoire. Parce que KD est venu flanquer ses 43 points pour compenser tout le reste. Et que dire du Game 1 ? Même 51 points du King n’ont pas suffi à faire gagner sa team !

Alors, injouables ? Peut-être. Sûrement. Mais ils ont du mérite quand même. L’ego de chacun est mis de côté dans cette équipe. Et ça, c’est vraiment très fort. Presque aussi impressionnant que le rendu basketballistique de cet esprit collectif. Durant l’a déjà souligné : il est venu aux Golden State Warriors parce qu’il a été séduit par cette vision, ce dépassement de soi, cette capacité qu’ont certains des plus grands joueurs de la ligue à s’effacer pour le bien du groupe. « La force du nombre », pour reprendre le slogan de l’organisation. Il y a une vraie volonté de se passer le ballon. De le partager. De le faire vivre, avec du mouvement, de la circulation. Des passes. Pas des passes décisives. Juste des passes, bordel ! Toucher le cuir, le sentir. Il n’y pas de meilleur moyen pour se mettre en rythme !

En se passant la balle, les Warriors se tirent tous vers le haut. Ils se mettent en condition, prennent la cadence et quiconque a déjà joué au basket comprend que c’est idéal pour rentrer psychologiquement dans un match. Personne ne veut juste courir d’un point A à un point B pour ensuite prend un tir, à froid, sans avoir eu de vrai contact avec la gonfle. Certains sont des spécialistes pour ça. Ceux-là sont taillés pour jouer avec James. Il les rendra instantanément meilleurs. Mais même le King le souligne à chaque fois qu’il en a l’occasion : le basket pratiqué par Golden State, ou San Antonio il y a quelques années, reste la forme la plus pure du jeu.

Il pointe du doigt les forces de ces équipes. Encore et encore. Il reconnaît le talent, le respecte et insiste sur l’importance de se passer la balle. Et pourtant, il ne l’applique pas. De la même façon qu’il salue constamment les grands coaches qui font fonctionner un collectif, mais aurait cherché à faire virer Erik Spoelstra (l’un des plus fins tacticiens NBA) et a sans doute obtenu le renvoi de David Blatt, un stratège justement réputé dans le domaine !

Seuls les Houston Rockets (223 par match) et l'Oklahoma City Thunder (224) réalisaient moins de passes que les Cavaliers (247) pendant ces playoffs. Les Warriors pointent à 296. 50 de plus. Et ce n’est pas une tendance nouvelle. Il y a le même écart entre les deux équipes – 50 – en cours de saison régulière. Peut-être que James n’a plus le choix depuis que Kyrie Irving est parti ? Pas vraiment. Cleveland se classait à une médiocre 25e place dans ce domaine l’an dernier. Les Boston Celtics avec 'Uncle Drew' pointaient d'ailleurs à 30 passes de plus que les Cavaliers cette saison. Le problème ne venait donc pas de lui.

C’était différent quand le natif d’Akron jouait à Miami ? Toujours pas. Le Heat se classait dans les dix dernières positions de ce classement en 2014. Les San Antonio Spurs, rivaux des Floridiens à l’époque, faisaient 35 à 40 passes de plus à chaque rencontre. Et ils ont torpillé South Beach en finales, provoquant au passage le démantèlement des « Three Amigos ».

James est un excellent passeur. Peut-être même le plus créatif et le plus doué de notre génération. Ses caviars sont millimétrés. Splendides et efficaces. La totale. Son QI basket est largement supérieur à la norme NBA et il évolue constamment avec deux ou trois coups d’avance sur la défense. Mais il domine tellement, il contrôle tellement, qu’il a aussi tendance à monopoliser la balle. Car rendre les autres meilleurs, ce n’est pas juste les alimenter en passes décisives – même si la nuance peut paraître floue. Il faut aussi savoir lâcher la balle à d’autres moments que pour faire tirer un partenaire.

Alors, c’est vrai, cette saison, c’est délicat. S’il n’assure pas la création, qui va le faire ? Son « supporting cast » n’est clairement pas à la hauteur du défi immense que représente un duel contre Golden State – le fameux déséquilibre. Mais n’empêche que, sur le papier, argument volontairement provocateur, Cleveland a autant de joueurs All-Stars que Houston par exemple. Les Rockets ont pris 4-3, les Cavaliers se dirigent vers le 4-0. Bon, c’est très réducteur. Le basket ne se limite pas au nombre de stars – même si c’est justement paradoxalement le premier élément avancé par tous les détracteurs des Warriors ! Puis Chris Paul est plus fort que Kevin Love. Dans ce cas, LeBron James reste largement au-dessus de James Harden. Sachant que CP3 était considéré comme un loser fini avant qu’internet ne retourne sa veste au sujet du maestro.

Houston, justement, pouvait finalement battre Golden State. Parce que les Warriors ont copié les Rockets en s’enfermant dans un concours puéril d’isolations. Mais si les Texans avaient imité les Californiens, ils auraient peut-être profité du manque de sérieux de leurs vis-à-vis pour créer l’exploit. OK, ça devient difficile à suivre. Récapitulons : GS est une équipe qui joue en passes. Si les ouailles de Mike D’Antoni avaient fait plus circuler eux aussi, ils seraient éventuellement en finales. Parce que Durant, Curry et leurs potes ont vraiment pris ces chocs à la légère. Les Rockets ont perdu les matches au cours desquels Harden a forcé sur le 1-vs-1. Ils ont gagné ceux où Paul a pris la gestion à son compte en faisant tourner le ballon. CQFD.

Circuler, jouer les uns pour les autres, que ce soit pour tirer ou juste pour participer, les Dubs le font quasiment chaque soir. C’est vrai, c’est plus facile avec le talent. C’est vrai. Indéniable. Quatre All-Stars, ça aide. Mais ça ne fait pas tout. Vous savez ce qui rend vraiment la vie plus facile ? Avoir la bonne attitude. Des franchises chargées en superstars, il y en a déjà eu. Elles ne sont pas toutes allées au bout. Certaines se sont mêmes crashées lamentablement. Y’a-t-il déjà eu un groupe aussi costaud que celui de la Bay ? Pas sûr, c’est vrai.

Les Golden State Warriors, le bon exemple à suivre

Mais rappelons-nous que bon nombre de suiveurs NBA refusaient de considérer Klay Thompson ou Draymond Green comme de vraies stars du championnat il y a encore trois ou quatre ans. Pourtant, nombreux sont ceux à hurler « ils ont quatre All-Stars ! » dès que l’opportunité se présente. Avec internet, le temps passe vite. Peut-être que si Green et Thompson nous paraissent aussi forts aujourd’hui, c’est parce que le jeu de passes de Golden State les sublime. Les Warriors sont bien plus doués que leurs adversaires mais ils ont aussi – surtout ? – la bonne mentalité. Ça ne veut pas dire que les autres ont un mauvais esprit. Tout ne fonctionne pas par parallélisme. Mais c’est tout à l’honneur des Dubs de jouer de la sorte. Ça force le respect.

Oui, ils dominent et c’est chiant. Les finales n’ont plus d’autre intérêt que d’apprécier l’excellence d’une équipe bien au-dessus des autres (pour l’instant). Mais ça doit aussi servir d’exemple. Ces écrasements de tête en finales doivent servir le bien commun et tirer la ligue – peut-être même le basket dans sa globalité – vers le haut. Encore faut-il comprendre le bon message. Car en plus du talent, retenons bien que c’est cette capacité à se faire plaisir qui place Golden State sur les sommets. C’est bien d’être bon ou très bon. C’est mieux de l’être ensemble.