Stephen Curry, c’est du jamais vu… alors profitons !

Les plus grands génies sont souvent incompris. De la même façon, les performances de Stephen Curry sont parfois minimisés alors que nous devrions tous réaliser la chance que nous avons de voir en action un joueur unique dans l'histoire NBA.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse
Stephen Curry, c’est du jamais vu… alors profitons !
On sait à quel point un joueur est grand quand des anciennes légendes de la ligue se mettent à trouver tous un paquet de prétextes, d'excuses ou de théories pour minimiser son niveau de jeu, ses performances ou même la portée de ses exploits individuels. Oscar Robertson, Phil Jackson... des grands hommes qui ont marqué l'histoire du basket-ball. Mais il y a peut-être un peu trop longtemps. Comprenez par-là que les deux grands-pères font preuve d'une mauvaise foi amusante et fatigante à la fois lorsqu'il s'agit d'évoquer le cas de Stephen Curry, de son ascension et de sa place parmi les plus grands. 'Big O', no disrespect, mais comment peut-on penser que les coaches NBA actuels, tous mieux informés sur la technologie, les statistiques avancées et les tendances de chaque joueur, ne cherchent pas à arrêter le meneur des Golden State Warriors par tous les moyens possibles ? Bien sûr que le jeu est plus fluide, plus offensif et qu'il offre plus de libertés aux arrières mais comment croire, ne serait-ce qu'en regardant simplement Curry jouer, que la (mauvaise) défense est la principale source d'explication de ses exploits irréels ? Bref, le chef s'est contenté de répondre sur le parquet contre Oklahoma City. [superquote pos="d"]Devant Curry, les autres stars NBA sont comme nous : des fans[/superquote]Allez essayer de défendre à onze mètres du cercle. La superstar a converti, accrochez-vous bien, 63,6% de ses tirs entre 9 et 11 mètres depuis le début de la saison. 63,6 putain de pour-cent de réussite entre 9 et 11 mètres.
"Un trois-points est comme un layup et un tir du milieu du terrain est comme un tir à trois-points pour lui", osait Steve Kerr après les 51 points de son protégé contre Orlando.
[caption id="attachment_300716" align="alignleft" width="318"] Les performances de Stephen Curry sont plus incroyables les unes que les autres.[/caption] Il marque 1/3 de ses tirs pris à plus de 12 mètres. Comment défendre sur un mec comme ça ? Faut-il le serrer de près dès la ligne médiane comme le proposait avec ironie certains joueurs NBA en admiration devant les exploits de leur confrère ? C'est exactement ce que veulent les Warriors. Mettre la pression sur le meneur dès le milieu de terrain ouvrirait considérablement le jeu pour les autres stars de Golden State - Klay Thompson, Harrison Barnes et consorts. Même si une équipe parvenait à limiter le nombre de tirs pris par Stephen Curry en défendant aussi haut, elle en paierait le prix. La star faciliterait la vie de ses coéquipiers sans même marquer des points. N'est-ce pas justement ce que l'on demande aux meilleurs joueurs ? De savoir faire gagner leur équipe par tous les moyens possibles ? Il fait tomber des records les uns après les autres et ses prestations actuelles suscitent la fascination mais aussi un peu de jalousie. L'être humain a parfois peur de la nouveauté, de l'inconnu. Et Curry est un joueur comme jamais vu auparavant, n'en déplaise à Phil Jackson, qui a osé le comparer à Mahmoud Abdul-Rauf. Ok, on a saisi le côté gâchette capable de marquer des points. Abdul-Rauf, c'est solide. Mais c'est aucune saison à plus de 20 points. Aucune saison à plus de 40% à trois-points. Curry, lui, n'est encore jamais descendu sous la barre des 40% derrière l'arc. Il est déjà le meilleur shooteur de l'histoire. Encore une fois, on peut argumenter en tartinant les articles de statistiques - le record de trois-points inscrits sur une saison, le record de trois-points inscrits dans un match, le seul joueur de l'histoire à avoir cumuler tant de points et tant de tirs extérieurs sur le même match, etc. - mais l'oeil nu est le meilleur arbitre. Personne n'a été et n'est en mesure de rentrer les tirs que rentre quotidiennement le génie des Warriors. Personne. [superquote pos="d"]L'euphorie, c'est chiant, agaçant et exaspérant...[/superquote]On comprend les Jackson (Phil, Stephen, Mark... les Jackson auraient-ils un problème avec le curry ?), les Robertson et tous ceux qui cherchent à ne pas céder à la vague d'euphorie qui entoure la superstar. L'euphorie, c'est souvent exaspérant. C'est tous les médias - même généralistes - qui s'emparent soudainement d'un phénomène. Ce sont des milliers de fans qui s'enflamment. C'est chiant. C'est agaçant. C'est naturel pour certains de vouloir rester en dehors du mouvement, de se démarquer de la masse, de vouloir mettre des parenthèses sur certaines performances. C'est de l'auto-défense pour les anciennes légendes de se sentir piquer dans leur orgueil, dans leur ego, lorsqu'un alpha dog plus jeune, plus dominant, vient titiller leurs exploits d'antan. Tout ceci sont des comportements humains. Curry, lui, est autre. Il est tellement fort que même les développeurs de NBA 2K peinent à retranscrire VIRTUELLEMENT son niveau de jeu. Lorsque LeBron James dominait, il était bien plus fort dans 2K. Pour Curry, c'est l'inverse. Parlons un peu de LeBron, tiens. Le King a subi le même contre-coup. Ses exploits individuels ont eux aussi été rabaissés à un moment ou un autre. Encore une fois, c'est presque dans la nature de l'homme que d'essayer de tirer vers le bas ceux qui montent tout en haut. James sera l'un des meilleurs joueurs de l'histoire. Mais, pour l'instant, au cours de sa carrière, il n'y a jamais eu un moment, pas un seul, où l'on s'est dit à un instant précis "Peut-être qu'il va devenir le plus grand de tous les temps". Idem pour Kobe Bryant. Idem pour Tim Duncan. Stephen Curry, aujourd'hui, est dans cette position. Expliquons-nous avant que ne se déverse le flot des indignés. A l'instant T, et on parle bien de l'instant T, la star des Warriors a l'opportunité - il s'agit bien d'une hypothèse - de s'affirmer un jour comme le plus grand de tous les temps. Alors oui, c'est une hypothèse sur l'instant T, c'est une possibilité infime détruite en pièces par les nostalgiques qui rappelleront que Michael Jordan a dominé la ligue pendant plus de dix ans, etc, etc. Et c'est vrai. Simplement, à l'heure actuelle, Curry fait ce que personne n'a fait avant lui et il joue avec une liberté dont peu de basketteurs ont pu bénéficier sur un parquet professionnel. [caption id="attachment_311976" align="alignleft" width="318"] Un trois-points est comme un layup pour Stephen Curry. Mais pour de vrai. Les statistiques le prouvent.[/caption] Et c'est d'ailleurs cette liberté, cette absence de pression qui impressionne les autres stars NBA et légendes actuelles. Car si l'on sait à quel point un joueur est grand quand il est critiqué, on le devine aussi lorsqu'il est considéré par ses pairs comme un être à part. Les réactions sur Twitter après la victoire des Warriors contre le Thunder et les 46 points marqués par Curry illustrent bien cette idée. LeBron James, Dirk Nowitzki, Magic Johnson, Jalen Rose, Reggie Miller, Lou Williams, Festus Ezeli, Brandon Jennings, Kenyon Martin, Kyle Lowry, Quincy Pondexter, Bobby Jackson, Jordan Hamilton... la liste est encore très longue. Tous ces gars-là sont en admiration devant les performances de celui qu'ils devraient pourtant considérer comme leur égal. On sait bien que toutes les superstars s'imaginent comme le meilleur joueur du monde et la plupart d'entre-elles expliquent qu'elles se sentent obligées d'adopter cette mentalité pour tirer le meilleur d'elles-mêmes. Pas avec Curry. Curry, c'est encore au-dessus. Devant lui, les joueurs NBA sont comme nous : des spectateurs. Des fans. On ne sait pas quelle trace laissera réellement Stephen Curry dans l'histoire, ni à quelle place du classement honorifique et futile des meilleurs basketteurs All-Time il sera rangé. On ne sait pas ce que donnera la suite de sa carrière. On ne sait pas encore quelle sera la portée de ses exploits. Mais on s'en fiche. Parce que l'histoire, il l'écrit sous nos yeux. Nous en sommes témoins et nous sommes privilégiés. Sur-ce, je vous laisse, je vais travailler mon tir à 9 mètres.
Afficher les commentaires (0)
Atlantic
Central
Southeast
Pacific
Southwest
Northwest