Dre Day : Comment Andre Drummond détruit les pivots NBA

Andre Drummond enchaîne les performances hallucinantes depuis le début de la saison NBA. Focus sur le développement de la jeune star des Detroit Pistons.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Dre Day : Comment Andre Drummond détruit les pivots NBA
Petit, Andre Drummond était déjà grand. Très grand. Mais il ne savait pas jouer au basket. "Il n'arrêtait pas de grandir mais il était vraiment nul", se souvient son oncle. Sans sa taille, le gamin de Mount Vernon (New York) n'aurait sans doute pas persévéré au point de devenir joueur professionnel. "Tu ne serais rien si tu ne mesurais pas 2,08 m", lui a même envoyé un ancien coéquipier au lycée. Sauf que voilà, Drummond est grand. Une caractéristique qui ne s'apprend pas, comme aiment le répéter les coaches. Dre a toujours été long et athlétique mais il s'est d'abord fait remarquer pour ses lacunes criantes sur le parquet. "Il ne savait même pas de quel côté du terrain il devait courir", plaisante sa mère, Christine Cameron. Il a appris. Il a développé son jeu, au lycée puis à la prestigieuse faculté de Connecticut avant d'être drafté, à 19 ans, en neuvième position par les Detroit Pistons en 2012. Son potentiel démentiel a séduit les dirigeants du Michigan mais les interrogations entouraient encore le cas de ce pivot aux fondamentaux encore fragiles. Très fragile. Grand, costaud, aérien, Andre Drummond est parfois catalogué, à l'instar de DeAndre Jordan ou d'autres joueurs encore, comme l'un de ces intérieurs qui s'appuient uniquement sur ses caractéristiques physiques pour s'imposer au sein du paysage NBA. Principalement, sans doute, mais pas seulement.

Andre Drummond sur les traces des plus grands

[caption id="attachment_49949" align="alignleft" width="318"] Dwight Howard époque Orlando Magic... un joueur à qui est souvent comparé Andre Drummond.[/caption] Drummond domine la ligue du haut de ses 2,13 mètres depuis le début de la saison. Hier soir, il a encore capter 27 rebonds pour accompagner ses 29 points. Une performance époustouflante... et historique. Une prestation qui lui a permis de rejoindre Wilt Chamberlain et Kareem Abdul-Jabbar dans les annales. C'est déjà la troisième fois de sa carrière - la deuxième cette saison - que le jeune homme cumule au moins 25 points et 25 rebonds au cours du même match. Et il n'a que 22 ans. Al Jefferson et Dwight Howard sont les deux seuls autres joueurs en activité à avoir réussi pareille performance. Par deux fois. ET ils ont tous les deux passé le cap de la trentaine. Après six matches, la star montante des Pistons affiche des statistiques affolantes avec 20,3 points et 20,3 rebonds au compteur.
[superquote pos="d"]"Tu ne serais pas là si tu ne mesurais pas 2,08." Un ancien coéquipier au lycée[/superquote]"Ses statistiques sont phénoménales. Il avale les ballons. C'est phénoménal", s'enthousiasme Stan Van Gundy, coach et président de la franchise du Michigan.
MC SVG a déjà connu un monstre athlétique du même type au cours de sa carrière d'entraîneur. Pendant quatre saisons, il a coaché et mené vers les sommets un certain Dwight Howard lorsque ce dernier martyrisait les défenses sous la tunique du Magic. D12 a pris une nouvelle dimension au côté de Van Gundy. La comparaison entre Drummond et Howard est facile : même profil, même entraîneur... et même équipe formée dans le même moule. Comme avec Orlando, le coach a entouré son pivot athlétique d'une ribambelle de shooteurs. Et les résultats sont plutôt payants après dix jours de compétition. Detroit a gagné cinq de six premiers matches - dont des victoires convaincantes contre Chicago et Atlanta, deux cadors à l'Est. Les Pistons forment pourtant l'une des équipes les plus maladroites de la NBA (42% de réussite aux tirs, 25% à trois-points) et côtoient dans les profondeurs de ce classement des franchises peu ambitieuses comme les Los Angeles Lakers ou les New York Knicks. Detroit shoote mal mais Detroit gagne. Une anomalie au sein d'une ligue moderne de plus en plus tournée vers l'adresse extérieure et les tirs lointains. Et pour cause, les Pistons gobent une quantité incroyable de rebonds : 51 par match ! Un must en NBA.

Nouveau patron de la défense...

[caption id="attachment_218783" align="alignleft" width="318"] Allez, rentre chez toi.[/caption] Andre Drummond est bestial dans ce domaine. Il capte chaque ballon qui se trouve à la portée de ses longs bras après un tir manqué. "Avaler des rebonds". Le terme choisi par Stan Van Gundy est bien choisi. Il chope 13,2 rebonds défensifs par rencontre. A titre d'indication, le deuxième meilleur rebondeur de la NBA, DeAndre Jordan, cumule 13,5 prises (offensives et défensives confondues). Il marche sur toutes les raquettes. Une base solide qui limite les deuxièmes chances des adversaires des Pistons. Une possession adverse est, au mieux, synonyme d'un seul tir. S'il ne trouve pas sa cible, le pivot de Motor City capte le rebond. Il a toujours été grand, mais il n'était pas réputé pour ses aptitudes défensives. Les Pistons ont connu des difficultés à contenir leurs adversaires lors des trois dernières saisons avec Drummond sur le parquet. Illustration avec l'évolution de son Defensive Rating, le nombre de points marqués (sur 100 possessions) par l'équipe adverse lorsqu'un joueur est sur le terrain. 2012-2013 : 105,3 2013-2014 : 108,6 2014-2015 : 105,5 2015-2016 : 91,9 91,9. Une statistique qui le classe parmi les quinze joueurs les plus efficaces de la NBA en défense parmi ceux qui passent plus de 24 minutes par match sur le parquet. On retrouve notamment deux autres joueurs des Pistons, Reggie Jackson et Marcus Morris, dans ce classement. Detroit défend avec acharnement depuis le début de la saison et les hommes de Van Gundy se sont ainsi hissés parmi les six meilleures franchises de la ligue dans ce domaine. Une évolution essentiellement due aux progrès de son pivot.
"Il a été extraordinaire", avoue le coach au sujet des performances défensives de Drummond. "Bien, bien meilleur. Beaucoup plus actif."
Ses 38 minutes passées sur le parquet chaque soir démontrent qu'il est désormais en mesure de bien défendre sans pour autant faire de fautes, l'un de ses gros défauts lors de ses premières saisons NBA.

... et nouvelle menace en attaque !

Plus efficace en défense, il l'est aussi en attaque. Dre gobe 7,2 rebonds offensifs par match, une référence en NBA. C'est un aspirateur à rebond offensif. Il récupère ses propres tirs manqués sous le cercle, se positionne bien et profite de ses atouts athlétiques pour prendre des rebonds sur la tête des intérieurs adverses même lorsque ces derniers posent un écran-retard. De quoi offrir des chances supplémentaires aux artilleurs que sont Morris, Jackson, Kentavious Caldwell-Pope ou encore Ersan Ilyasova. [superquote pos="d"]Les Pistons se construisent autour de l'axe Jackson - Drummond[/superquote]Il a souvent été présenté comme un joueur assez frustre en attaque et Andre Drummond n'est pas l'un de ses pivots techniques à la Hakeem Olajuwon. Encore une fois, il suit la voie de Dwight Howard, qui a d'ailleurs longtemps cherché à s'enrichir d'un arsenal offensif dos au panier. Mais Drummond a ajouté à sa panoplie un petit hook à zéro degré sensiblement efficace. Surtout, contrairement à son aîné, il ne rechigne pas à poser sans cesse des écrans en jouant le pick&roll avec Reggie Jackson. Un système très (c'est un euphémisme) en NBA mais qu'Howard n'a jamais réellement apprécié. Drummond, lui, a développé une vrai complicité avec son meneur en l'absence de Greg Monroe et Brandon Jennings en fin de saison dernière. Brillants depuis le début de la saison, les deux jeunes joueurs se sont mis en valeur hier soir lors du come-back héroïque des Pistons, vainqueurs des Blazers après avoir compté 13 points de retard au début du quatrième QT. Jackson a inscrit 40 points. Ils ont tous les deux le potentiel d'un All-Star (surtout pour Drummond mais Jax a l'avantage d'évoluer au sein de la Conférence Est et peut espérer être sélectionné s'il poursuit sur sa lancée). Leur alchimie alimente le moteur des Pistons. L'avenir leur appartient à Detroit.

La star d'aujourd'hui... et de demain

[caption id="attachment_299452" align="alignleft" width="318"] Le zéro est en passe de devenir le héro de sa franchise... et de la ligue ?[/caption] Le futur, parlons-en. Andre Drummond est en passe de s'imposer comme l'un des meilleurs joueurs de la NBA à son poste mais il est susceptible de prendre une toute nouvelle dimension dans trois ou quatre saisons. Il a quelque part l'opportunité de devenir celui que Dwight Howard aurait dû être (sans ses blessures ?). Une arme de destruction massive. Mais pour cela, il faudra encore bosser dur ses points faibles. Son éthique professionnelle a d'ailleurs parfois été remise en question, autant à Connecticut qu'à son arrivée en NBA. Le géant est (aussi) réputé pour ses séances d'échauffement clownesques au cours desquelles il s'évertue à shooter à trois-points pour s'amuser. Son adresse aux lancers-francs n'a elle toujours pas décollé depuis son arrivée en NBA (42% cette saison...). Rasheed Wallace l'a pris sous son aile l'an passé et Stan Van Gundy s'est lui aussi mis en tête de faire exploser son jeune prodige. Andre Drummond a finalement le potentiel pour être l'un des premiers pivots super athlétiques de la nouvelle génération à s'imposer comme un "vrai" franchise player en NBA. Toujours grand par la taille, il l'est aussi de plus en plus par le talent.
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