[ITW] Ryan Saunders nous parle coaching, révolution du jeu et diversité

[ITW] Ryan Saunders nous parle coaching, révolution du jeu et diversité

On a pu discuter avec Ryan Saunders, l'ex-coach de MInnesota, en marge de sa participation au programme Jr NBA Coaches.

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Interview

Dans quelques jours débutera la troisième édition du programme Jr. NBA Coaches en partenariat avec Gatorade. Ce programme gratuit, hébergé sur OWQLO, l'application officielle de la Jr. NBA League en Europe et au Moyen-Orient, proposera 12 sessions d'entraînement virtuelles en direct, de février à septembre, pour les entraîneurs et les joueurs intéressés en France. Parmi les coaches qui s'occuperont de ces masterclasses, on retrouve Ryan Saunders, head coach des Minnesota Timberwolves en NBA entre 2019 et 2021, qui ouvrira le bal le dimanche 13 février.

On a eu la chance de pouvoir discuter avec le technicien de 35 ans du programme auquel il participe, de son point de vue sur les tendances de son métier en NBA, mais aussi d'autres questions sur le métier de coach de haut niveau.

BasketSession : Peux-tu nous parler un peu de ce que le programme Jr NBA Coaches apporte selon toi ?
Ryan Saunders :
Je suis heureux d'être là. C'est quelque chose que j'ai toujours aimé faire, aider le basket à grandir, mais aussi faire ce qui a du sens. Se retrouver en face de gens qui vont avoir un impact sur d'autres personnes, que ce soient des enfants ou des joueurs plus âgés, pour moi c'est aussi une leçon d'humilité et quelque chose de très bénéfique. Il est bon d'entendre différents points de vue et différentes questions venues d'endroits divers dans le monde, où le jeu est abordé autrement.

J'ai toujours eu beaucoup de respect pour le basket européen et les coaches en Europe, particulièrement leur habileté et leur ingéniosité, leur capacité à s'adapter et à changer en fonction des situations. En NBA, on s'inspire beaucoup d'eux. C'est pour ça que ça a toujours été un plaisir d'échanger et de participer aux opérations Jr NBA avec des gens venus de là.

A quel moment as-tu su que tu voulais être head coach ?
Ryan Saunders : Comme pour beaucoup, je crois que c'est quand on réalise que l'on ne pourra pas devenir un joueur NBA (rires). Je ne dirais pas que j'étais très jeune, mais une fois arrivé à la fac, quand tu te retrouves avec des joueurs et des staffs de haut niveau, tu comprends que c'est ce dont tu as envie et ce que tu aimerais faire dans ce jeu que tu aimes.

J'ai toujours été impressionné par le travail de JB Bickerstaff. Les Cavs jouent un basket différent, avec beaucoup de longueur dans le cinq. Il a réussi à mettre ça en place alors que ce n'était pas vraiment la tendance.

Même si tu as fait partie de nombreux staffs NBA avant, tu étais le plus jeune head coach en NBA quand tu as été nommé par les Wolves en 2019, à 32 ans. Quels sont les avantages et les inconvénients d'accéder à cette fonction à un tel âge ?
Ryan Saunders : Comme dans toute chose, il y a des aspects positifs et des aspects... - je n'aime pas utiliser le mot négatif - qui peuvent parfois jouer en ta défaveur. Dans l'ensemble, j'ai surtout ressenti du positif. J'étais jeune, mais comme tu l'as mentionné, j'avais déjà fait partie de plusieurs staffs et été au contact de plusieurs personnes importantes comme Tom Thibodeau, mon coach à la fac Tubby Smith, mon père Flip Saunders ou Sam Mitchell. J'ai pu voir une grande variété de philosophies et c'est quelque chose d'important dans le CV d'un coach, il me semble.

J'ai toujours aimé le coaching, mais aussi les relations que l'on créé grâce au coaching. Pour ça, je pense que mon âge m'a aidé, notamment dans les relations avec les joueurs. Cela dit, les joueurs ont tous envie d'avoir quelqu'un d'honnête en face d'eux, quel que soit son âge, et il y a toujours un moment où il faut définir une limite dans la proximité avec eux. Il y a de bonnes expériences et de moins bonnes expériences. Pour certaines choses tu te dis que tu feras différemment la prochaine fois. C'est ce qui est bien depuis un an et la fin de mon aventure à Minnesota. J'ai pu observer le jeu de manière différente, avec du recul.

Si je dois te faire une réponse brève, ce serait que je n'ai pas pensé tant que ça à mon âge quand je coachais et j'aime croire que les gens ne m'ont pas vu différemment à cause de ça.

Il y a plusieurs jeunes coaches performants en NBA en ce moment. Lesquels t'ont le plus impressionné ?
Ryan Saunders : C'est une excellente question. Beaucoup de coaches font une très bonne saison, c'est vrai. C'est un boulot collectif, donc je suis sûr que si les coaches dont je vais parler étaient là, ils te diraient qu'ils ont un super staff à disposition. J'ai toujours été impressionné par le travail de JB Bickerstaff, qui est à Cleveland, on se connaît depuis longtemps. Les Cavs jouent un basket différent, avec beaucoup de longueur dans le cinq. Il a réussi à mettre ça en place alors que ce n'était pas vraiment la tendance dans le coaching. C'est impressionnant.

Taylor Jenkins a établi une culture et un style de jeu à Memphis, avec l'aide de Zach Kleiman et Tayshaun Prince. Ils ont trouvé les joueurs qui convenaient et ce que fait Taylor avec eux est remarquable. Ce sont ces deux-là qui me viennent à l'esprit.

Pour les autres, plus expérimentés, ce que Monty Williams à Phoenix et Steve Kerr à Golden State font est évidemment très fort aussi. Kerr a réussi à ramener Golden State à un niveau que tout le monde a envie d'atteindre. Ils sont divertissants et Steve est une superbe personne, comme la plupart des coaches en NBA.

Tu as mentionné les Warriors. Tu étais là avant la révolution à 3 points qu'ils ont initiée, comment a-t-elle changé le jeu et la manière de coacher ?
Ryan Saunders : Oui, ça a beaucoup changé le jeu et ça a obligé à s'adapter. On sait que si on affronte une équipe qui va prendre 50 tirs à 3 points dans le match, on ne peut pas se contenter d'en prendre 15. Ce sont des mathématiques de base en prenant en compte le pourcentage de réussite qu'ont maintenant les joueurs à 3 points, en opposition au tir à mi-distance.

On a beaucoup étudié ça et on continue de le faire, en regardant ce que faisait Mike D'Antoni à Phoenix et ce que font les Warriors depuis des années. Mais le jeu est en constante évolution. On peut voir que de plus en plus de joueurs d'élite se remettent à accepter les shoots à mi-distance. Ils savent qu'ils doivent améliorer leur adresse dans cette zone pour que cela fonctionne et que ça redevienne un tir acceptable. Ils travaillent pour ça.

Le tir à 3 points a modifié le spacing et les lignes de drive. C'est quelque chose dont je vais justement parler via le programme Jr NBA en ce qui concerne l'attaque. Cela change aussi les zones dans lesquelles on positionne les big men, que l'on voit davantage aller au contre, et plein d'autres choses.

La compétence n'est pas une question de sexe. [...] J'ai hâte de voir une femme head coach. Je veux que ma fille voit des femmes en position de leadership.

Il y a plusieurs parcours possibles pour accéder au coaching en NBA. On le voit avec les ex-joueurs, les techniciens issus d'une filiation avec des coaches comme Popovich ou Riley, ceux qui sont passés par la NCAA... Quel est le meilleur chemin selon toi pour être prêt à réussir en NBA ?
Ryan Saunders : C'est difficile de répondre à ça parce que chaque voie est différente. Si on regarde en ce moment, on pourrait se dire qu'il vaut mieux être un ancien joueur ou venir du sérail de San Antonio, mais dans 5 ans on verra d'autres chemins se dessiner. J'ai toujours pensé qu'il n'y avait pas de bonne ou de mauvaise manière d'accéder aux choses. Une méthode marchera pour un individu en particulier, mais pas pour un autre. J'espère voir de nouveaux chemins, des backgrounds différents, des gens différents et des manières de penser différentes. C'est bon pour le jeu, mais aussi pour tous ceux qui le regardent.

Tu parlais de diversité dans les individus. Il y a de plus en plus de femmes dans les staffs NBA, mais toujours pas parmi les head coaches. Combien de temps faudra-t-il encore attendre avant de voir une franchise franchir le pas ?
Ryan Saunders :
Là non plus je n'ai pas la réponse à cette question. Il y a tellement de femmes compétentes en NBA... En ayant une simple discussion avec elles on sent leur érudition en termes de basket. La compétence n'est pas une question de sexe. Je sais juste que notre ligue va dans le bons sens et j'ai hâte de voir une femme head coach. Je veux que ma fille voit des femmes en position de leadership. Elle n'a que 11 mois là, donc il y a un peu de temps, mais espérons que cela arrive bientôt (rires).

Des joueurs de grande taille comme Joel Embiid, Nikola Jokic ou Giannis Antetokounmpo semblent inarrêtables à l'heure actuelle. On voit des coaches tenter des choses pour les limiter, mais ça n'a pas vraiment d'effet. Comment est-ce que tu mettrais quelque chose en place si tu devais affronter l'un d'eux aujourd'hui ?
Ryan Saunders : Quand tu les affrontes, je dirais qu'en règle générale tu dois surtout prier (rires). Plus sérieusement, ce sont des situations où tu vas surtout essayer des les limiter et de faire en sorte qu'ils doivent choisir entre être un scoreur ou un playmaker. Ils ne peuvent pas être les deux. Parce que s'ils parviennent à faire les deux, ta défense est dans de sales draps. Je crois beaucoup dans les chiffres et les stats avancées auxquelles ont a accès en NBA, avec les habitudes des joueurs, s'ils sont plus efficaces lorsqu'ils sont défendus par un seul adversaire ou lorsqu'on leur envoie des prises à deux...

Mais je crois aussi que la vérité du coaching se situe entre l'utilisation des analytics et le ressenti personnel. Je n'ai pas de réponse absolue pour stopper Embiid, Jokic, ou Giannis, mais j'essaierais de faire en sorte qu'ils doivent affronter différentes situations et qu'ils doivent choisir entre être un scoreur ou un facilitateur, pas les deux.

Quand tu regardes la NBA aujourd'hui, est-ce qu'il y a une équipe que tu aimerais coacher en particulier au regard de son style de jeu par exemple ?
Ryan Saunders : Quand tu es un coach comme moi, tu regardes le classement et tu as envie de t'occuper des équipes qui sont tout en haut (rires). Mais ça ne marche pas comme ça, évidemment. Quand tu es en attente d'un poste, tu dois d'abord te demander qu'est ce qui te conviendrait le mieux et qu'est-ce qui conviendrait le mieux à l'équipe qui te contacte. Au final, quel que soit mon futur, je m'en réfère à une citation de mon père : épanouis-toi peu importe où tu plantes ta graine. Ce qu'il voulait dire, c'est que tu dois donner le meilleur de toi-même quelle que soit l'équipe dans laquelle tu te trouves et le rôle que l'on te donne. C'est mon approche et ce sera le cas jusqu'à ce ça ne convienne plus. J'ai hâte de retrouver une opportunité et la camaraderie dans une équipe.

Tu as l'étiquette de spécialiste du player development. C'est une qualité que l'on imagine très adaptée au format NCAA, est-ce que c'est une expérience envisageable pour toi à l'avenir ?
Ryan Saunders : Je ne suis pas quelqu'un qui se mette des limites. Je connais déjà un peu la NCAA pour y avoir été un assistant à la fac de Minnesota. J'adore le basket universitaire, mais j'aime encore plus être dans un vestiaire et développer le talent des joueurs. Mon coeur se trouve là. Du coup, je ne m'interdis rien. Le jeu NCAA tend à ressembler de plus en plus à celui de la NBA. Le système de transferts qui permet aux joueurs de changer d'équipe et la possibilité pour les athlètes de gagner de l'argent via des partenariats est aussi quelque chose qui réduit l'écart entre le monde amateur et le monde pro. Encore une fois, je ne m'interdis rien.

Toujours sur le côté player development, est-ce qu'une qualité te semble plus ou moins difficile à développer chez un joueur en NBA aujourd'hui ?
Ryan Saunders : Je ne sais pas si quelque chose est plus simple qu'autre chose à développer. Tout dépend de l'individu avec lequel on travaille. L'expertise des coaches et l'accès à la technologie dont que tout est travaillable de nos joueurs. Cela dit, je peux dire qu'il y a une qualité ou un aspect crucial que doivent posséder les joueurs en NBA et que certains joueurs universitaires n'ont parfois pas : la capacité à jouer dur. C'est très dur à développer chez quelqu'un. Tu l'as ou tu ne l'as pas. Voilà ce qui me semble le plus difficile à acquérir.

Le programme Jr. NBA Coaches - Online présenté par Gatorade® est hébergé sur OWQLO et propose 12 sessions virtuelles en direct de février à septembre pour les utilisateurs de l'application âgés de 16 ans et plus en France. La première session avec Ryan Saunders, ancien head coach en NBA, aura lieu le dimanche 13 février. Pour plus d'informations, visitez owqlo.comgatorade.com et @NBAFRANCE sur Facebook et Twitter et @NBAEurope sur Instagram.

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