Kyle Korver, une star d’un autre genre

Kyle Korver n'est pas qu'un shooteur. C'est aussi le joueur-clé de l'équipe la plus compétitive depuis le début de saison à l'Est. Et un All-Star ?

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Kyle Korver, une star d’un autre genre
"Il ne pourrait même pas défendre pour sauver sa propre vie". Il y a quelques semaines, Evan Turner lançait la seule attaque publique jamais subie par Kyle Korver depuis le début de sa carrière. Il faut dire que l'arrière des Hawks n'est pas du genre à faire des vagues et n'a pas le profil de l'emmerdeur numéro 1 sur un terrain de basket. Depuis son arrivée dans la ligue en 2003, la même année que LeBron James, Carmelo Anthony, Chris Bosh et Dwyane Wade, le Californien de naissance est un joueur propre, apprécié de ses homologues et sous-évalué par le grand public. Pas étonnant donc, que Turner ait décidé de s'excuser par le biais d'un SMS adressé à Elton Brand, son ancien coéquipier à Philadelphie, pour signifier à Korver que ses propos avaient été sortis de leur contexte. Très éloigné des préoccupations du trashtalking game, l'intéressé a mieux à faire : être l'un des éléments-clés de la meilleure franchise de cette première partie de saison à l'Est, tout en sécurisant sa place parmi les meilleurs shooteurs de l'histoire de la NBA. Pas mal, non ? [superquote pos="d"]Seuls 6 joueurs ont réussi une saison à 50-40-90. Lui est parti pour un 50-50-90 ![/superquote]Le danger serait de considérer Kyle Korver comme un membre de la confrérie des campeurs, ces joueurs (ex : Steve Novak) qui attendent sagement le ballon dans un coin pour faire valoir la seule qualité (et c'est déjà pas mal) qu'ils possèdent sur un terrain de basket. Le record de matches consécutifs en ayant inscrit un panier à 3 points que Korver s'est approprié la saison passée et la tendance des gens à se contenter des boxscores et des highlights ont malheureusement contribué à faire de lui un shooteur exclusif pour bon nombre de fans. Mais on n'est pas sélectionné dans la pré-liste de Team USA pour le Mondial 2014, ni considéré par son coach comme l'un des 5 meilleurs arrières de la ligue sans avoir quelques autres cordes à son arc. Cette saison, plus que jamais, le joueur de 33 ans affiche une panoplie assez incroyable qui prouve que son jeu est en évolution constante malgré 10 années déjà passées dans la ligue. Paul Millsap, qui l'a côtoyé dans l'Utah pendant plusieurs années avant de le retrouver à Atlanta, est un témoin privilégié de la métamorphose en question.
“Kyle a tellement évolué... C'était un gars qui aimait rester dans le coin pour shooter. Aujourd'hui, il conduit la balle, rentre des pull-up jumpers et montre tous les soirs qu'il est un passeur sous-coté. Son jeu entier est passé à un tout autre niveau, c'est impressionnant", explique l'intérieur All-Star sur Grantland.
Si sur le papier Korver ne réalise pas sa saison la plus prolifique au scoring (12.9 points/match, contre 14.4 en 2006/2007), ses chiffres à la passe (3/m) et au rebond (4.4/m) sont les plus élevés de sa carrière. Mais ce n'est pas cela qui rend la copie qu'il est en train de livrer tout à fait historique. Avec 49.8% d'adresse globale, 51.3% à 3 points et 94% sur la ligne des lancers francs, l'ancien universitaire de Creighton est lancé sur les bases d'un exercice unique en son genre à "50-50-90", dont Steve Kerr avait été privé faute d'un nombre suffisant de shoots et de tentatives sur la ligne. Seuls 6 joueurs dans l'histoire (Larry Bird, Steve Nash, Mark Price, Reggie Miller, Dirk Nowitzki et Kevin Durant) ont eux réussi le déjà très complexe "50-40-90". Des noms plutôt ronflants s'il en est... [superquote pos="g"]Brad Stevens : "On défend sur lui comme s'il tournait à 30 pts/match. Pourquoi ? Parce que sinon il marquerait 30 pts/match".[/superquote]Aujourd'hui, son footwork et la vitesse de ses déplacements dans la moitié de terrain adverse en font l'un des joueurs les plus "défendus" par les adversaires, qui ont des consignes multiples et pas toujours évidentes à assimiler pour limiter son impact. Car comme dit précédemment, son jeu ne se limite pas ou plus à un déferlement de tirs à 3 points. Constamment en train de couper les lignes et d'accélérer sur les picks, Korver a aussi développé une faculté à faire circuler rapidement le ballon qui lui fait souvent réaliser l'avant-dernière passe dans le système de Mike Budenholzer. L'ancien disciple de Gregg Popovich utilise son numéro 26 près de 33 minutes par match car il sait que sa présence bonifie fréquemment le jeu global de l'équipe. Korver donne le tempo sans même avoir la balle en main, une tâche qu'il laisse bien volontiers au très compétent Jeff Teague. Le simple fait qu'il soit sur le terrain en train de chercher des positions ouvertes ou de créer le décalage pour un coéquipier déstabilise la plupart des défenses cette saison.
"Il ne marque peut-être que 13 points par match, mais les équipes sont obligées de défendre sur lui comme si c'était un gars qui tournait à 30 points de moyenne. Pourquoi ? Parce que sinon il marquerait réellement 30 points par match", expliquait récemment Brad Stevens, le coach des Boston Celtics.
Preuve qu'il est au moins aussi indispensable que Paul Millsap, Jeff Teague ou Al Horford ? Les Hawks tournent à 110.1 points pour 100 pssessions lorsque Kyle Korver est sur le parquet contre 95.1 points en son absence. Son arme favorite, le shoot extérieur, y est évidemment pour beaucoup. Ses 66.7% d'efficacité lorsque les défenseurs sont à moins d'un mètre de lui sont une autre preuve que lui laisser trop de marge de manoeuvre est généralement fatal. [youtube hd="0"]https://www.youtube.com/watch?v=GXt4sCHYJcM[/youtube]   Aujourd'hui, de plus en plus de voix (la majorité venant quand même de Georgie...) s'élèvent pour réclamer sa présence au All-Star Game. Une idée qui peut paraître saugrenue pour un joueur efficace mais dont les chiffres et le style ne font pas sauter le fan lambda au plafond. Mais en tenant bon à la première place de la Conférence, Atlanta s'assure presque la présence d'un ou deux de ses éléments au gala new yorkais de février. Et pourquoi pas celle de sa star de l'ombre ? "On n'apprécie pas le talent de Kyle Korver à sa juste valeur avant de l'avoir vu au quotidien", explique Mike Budenholzer. CQFD. [poll id="389"]  
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