Rajon Rondo, vraiment une bonne affaire pour les Bulls ?

Distancés sur plusieurs dossiers, les Chicago Bulls ont réussi leur premier coup de la free agency en signant Rajon Rondo pour 28 millions de dollars sur deux ans. Un recrutement qui soulève certaines questions.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse
Rajon Rondo, vraiment une bonne affaire pour les Bulls ?
Les Chicago Bulls ont remplacé un ancien meneur All-Star au déclin accéléré par une grave blessure au genou par un autre ancien meneur All-Star au déclin accéléré par une grave blessure au genou. Quelques jours seulement après avoir expédié Derrick Rose et son statut de vedette locale aux New York Knicks, les dirigeants ont signé Rajon Rondo pour 28 millions de dollars sur deux saisons. Une signature qui claque, qui résonne sur le papier, notamment pour les nostalgiques du début de la décennie. Ceux qui ont encore la tête en 2009. En 2010. En 2011. Cette époque où Rose et Rondo, alors aux Boston Celtics, étaient encore considérés comme les meilleurs joueurs de la Conférence - et de la NBA - à leur poste. Une période bien révolue. A 30 ans, l’ancien champion NBA n’est plus le général des parquets d’un candidat au titre mais il sort d’une très belle saison avec les Sacramento Kings sur le plan strictement statistique. Meilleur passeur de la ligue, il a terminé avec un double-double de moyenne - 11,9 points et 11,7 passes. Des chiffres similaires à ceux de sa dernière saison All-Star avec Boston en... 2013. Rondo n’est pas parvenu à sécuriser un long contrat au montant maximum, une somme qu’il espérait encore commander il y a deux ans, malgré ce regain de forme. En signant pour deux saisons - la deuxième n’est pas complètement garantie - il doit une nouvelle fois faire ses preuves. C’est encore une année test avant la seconde hausse du Cap. Cet examen de passage qu’il doit valider est aussi étonnant qu’inquiétant pour un joueur de sa trempe.

Rajon Rondo et Jimmy Butler peuvent-ils jouer ensemble ?

[caption id="attachment_270177" align="alignleft" width="318"] Derrick Rose et Jimmy Butler se marchaient dessus à Chicago.[/caption] Les Bulls ont voulu prendre le pari. Ce deal soulève tout de même certaines interrogations. D’abord, il est difficile de comprendre pourquoi la doublette nouvellement formée par Rajon Rondo et Jimmy Butler serait plus complémentaire que celle alignée l’an passé dans le backcourt de Chicago. Rose et l’arrière All-Star se marchaient dessus. Ils voulaient tous les deux avoir la balle entre les mains. Ils voulaient tous les deux créer le jeu en agressant la défense adverse. Ils voulaient tous les deux profiter des pick-and-roll. Ils n’étaient pas à l’aise sans la gonfle. Ils savaient que leur séparation était inévitable, comme l’a confirmé Butler après le transfert de son ancien coéquipier dont il a soudainement fait les plus grandes éloges.
« Je savais que l’un de nous deux serait échangé », confessait la nouvelle star.
Un témoignage de l’incapacité des deux joueurs à évoluer ensemble sur le parquet. Jimmy « Buckets » va désormais devoir apprendre à cohabiter avec un meneur à la vision du jeu hors normes mais qui a cruellement besoin d’avoir la balle entre les mains pour exister. Rondo plafonnait à 36% de réussite derrière l’arc l’an passé - son record personnel - mais il profitait aussi de la présence à l’intérieur de DeMarcus Cousins, pivot capable d’attirer l’attention de deux ou trois défenseurs. Les Bulls n’ont pas un joueur de cet envergure. Le meneur n’est pas réputé pour son adresse extérieure et les adversaires n’hésiteront pas à le laisser démarqué pour venir aider fermer la raquette quand il n’a pas la balle. De quoi poser des problèmes de spacing aux attaquants de Chicago, d’autant plus que Butler n’est pas non plus une vraie menace extérieure. [superquote pos="d"]A Chicago, le meneur de jeu, c'est Jimmy Butler... [/superquote]A l’été 2015, la star montante des taureaux se qualifiait elle-même de « meneur de jeu » dans la presse locale. Une façon de mettre la pression sur Derrick Rose mais aussi sur Fred Hoiberg alors fraîchement nommé à la tête de l’équipe. La NBA a bien évolué. Meneur n’est plus un poste défini. Le meneur, finalement, c’est celui qui remonte la balle et crée le jeu. C’est LeBron James. Ou Giannis Antetokounmpo. Ou même Joakim Noah à une époque pas si lointaine. Et à Chicago, maintenant, c’est Jimmy Butler. Il était en charge de la création et de la finition balle en main lors de la saison écoulée. Principalement dans les moments les plus importants des matches. Il a joué le pick-and-roll à 436 reprises la saison dernière, soit une centaine de possession de moins que Rose, et s’est montré plus efficace avec un rendement de 0,89 ppp contre 0,84 pour l’ex-MVP. Plus de la moitié de ses paniers ont été inscrits sans passe décisive au préalable - preuve qu’il peut se créer ses propres opportunités de marquer - et, avec 4,8 caviars distribués par match, il était le meilleur passeur de son équipe - preuve qu’il peut créer des opportunités de marquer pour les autres. Les Bulls ont bouclé avec +91 les 937 minutes disputées avec le seul Jimmy Butler sur le parquet alors que leur différentiel était négatif (-104) lorsque les deux stars de Chicago étaient alignés ensemble (1537 minutes). Leur association ne fonctionnait pas. Tout comme celle entre Rajon Rondo et Monta Ellis fut un désastre à Dallas. Ellis a beau être listé comme un arrière, il jouait aux Mavericks un rôle similaire à celui de Butler aux Bulls. Il avait besoin d’avoir la gonfle pour agresser la défense en dribble ce qui laissait à Rondo le soin d’aller se coincer dans un coin du parquet, sans bouger, sans être défendu, à simplement attendre la gonfle.

Une direction toujours dans le flou

[caption id="attachment_310024" align="alignleft" width="318"] Colérique, Rondo reste l'un des meilleurs passeurs de la NBA.[/caption] « RR9 » n’est pas du genre à cacher sa frustration et son nouveau coéquipier dans le backcourt non plus. Les têtes brûlées font parfois bon ménage (souvent ?) mais reste à savoir comment ils géreront chacun leurs états d’âmes si l’un se met à marcher sur les plates-bandes de l’autre. Rondo a de l’expérience et il peut apporter du leadership mais son caractère bien trempé est une autre source d’inquiétude pour les Bulls. Fred Hoiberg n’est pas à proprement parler un homme de poigne et même Butler l’a incité à se montrer plus dur envers ses joueurs... via une sortie dans la presse. Lui aussi apprend à devenir un chef de meute après avoir atteint un statut de All-Star inattendu à sa sortie de Marquette. Il n’avait jamais été le meilleur joueur de son équipe et doit encore intégrer des notions de management. Les questionnements sont réels mais sombrer au pessimisme est sans doute prématuré. Il est dommage que l’arrivée de Rajon Rondo limite le temps de jeu et les responsabilités des prometteurs Jerian Grant et Denzel Valentine mais les qualités de l’ex-PG des Kings sont de même assez unique en NBA. [superquote pos="d"]Les deux parties peuvent mettre fin au deal après un an [/superquote]Il évolue avec deux ou trois temps d’avance sur les autres joueurs présents sur le parquet ce qui lui permet de distiller des bons ballons aux bons endroits et aux bons moments. Il va régaler les Nikola Mirotic, les Doug McDermott et les Bobby Portis. Ces gars-là ont besoin d’un gestionnaire capable de les mettre en bonne position pour briller. Avec Rondo, ils ont trouvé leur homme. Fred Hoiberg a passé plus d’une heure à regarder des vidéos avec le vétéran lors de l’entretien des Bulls avec leur nouvelle recrue. Ils en ont tous les deux conclu qu’il était le meneur idéal pour le système de jeu de Chicago. C’est encourageant. Après tout, ils sont des professionnels, nous sommes juste des fans. Il sera quand même difficile de nous enlever l’impression que Gar Forman et les autres dirigeants de la franchise ne savent pas encore exactement quelle route emprunter. La signature de Rondo ne correspond pas à un besoin primordial sur le parquet. C’est un « grand nom » capable d’apaiser une partie des fans et de donner le sentiment que les Bulls sont actifs sur le marché. Mais les clauses concernant la deuxième saison - les deux parties auraient la possibilité de mettre un terme au contrat - prouvent bien que le joueur comme l’organisation ont conscience des risques de cette association. Si ça tourne mal, les Bulls peuvent s’en séparer et chercher un nouveau plan à l’horizon 2017, classe de free agents bien plus chargée que celle de 2016. De quoi nuancer les doutes liés au recrutement étrange d’un joueur au profil devenu atypique en NBA par une franchise qui se cherche une identité après avoir lâché plusieurs de ses joueurs historiques.
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