Marc Gasol, le pivot à tout faire des Grizzlies

Aux côtés de son compère Zach Randolph, Marc Gasol dynamite la défense d'OKC. A l'approche du match 5, le polyvalent pivot de Memphis apparaît comme l'homme fort de la franchise du Tennessee.

FX RougeotPar FX Rougeot | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
On ne sait pas si, comme l'affirme sur un ton blagueur Robert Pera, le propriétaire des Grizzlies, Marc Gasol "donne des cours à Hakeem (Olajuwon) pendant l'intersaison", mais on sait qu'aux yeux des fans de la franchise de Memphis, l'intérieur espagnol n'est pas loin d'être, effectivement, "le basketteur le plus intéressant du monde". Car les "memes" amusants tweetés par le boss des Grizz - qui font référence au personnage interprété par Jonathan Goldsmith, dans une pub pour la bière Dos Equis - reflètent bien l'importance du benjamin des Gasol dans le collectif homogène de Lionel Hollins : pendant que Kevin Durant, esseulé, s'englue dans la défense de Memphis, Marc Gasol, entouré comme jamais depuis le départ de Rudy Gay, déroule son basket face à Serge Ibaka, Kendrick Perkins ou Durant himself. A vrai dire, il est difficile de mesurer l'impact du seul Marc Gasol sur le jeu fluide des Grizz sans évoquer celui de ses partenaires, tant chacun des joueurs de Memphis apparaît comme un rouage essentiel dans le collectif de la surprenante équipe du Tennessee. Mais au regard, notamment, de ses statistiques en playoffs, de sa polyvalence, et de sa présence dans le money-time, on peut sans trop se mouiller dire que le Barcelonais est le moteur des Grizzlies, bien partis pour réaliser un "upset" dans sa demi-finale face à OKC (3-1, match 5 ce mercredi). A l'issue du match 4 de lundi, nombre d'observateurs ont montré du doigt la bourde de Derek Fisher alors que le Thunder était à -3 en prolongation. Mais si les troupes de Scott Brooks se sont ainsi retrouvés menés à 22,8 secondes de la sirène et que Fish a perdu le ballon dans une situation inconfortable, c'est parce qu'avant le temps-mort d'OKC, Gasol a dégainé un shoot rapide en tête de raquette, sous les yeux d'un Ibaka impuissant. [youtube hd="0"]http://www.youtube.com/watch?v=e1gb9Udl_Pg[/youtube] A l'image de ce tir assassin dans le money-time, Gasol a haussé le ton dans ces playoffs, et plus précisément face au Thunder. Ses statistiques éclairent cette montée en puissance de façon impressionnante.
  • Stats en saison régulière (80 matches) --> 14,1 pts à 49,4%, 7,8 rbds, 4 assists, 1 steal, 1,7 blk et 2 TO en 35 minutes.
  • Stats au 1er tour face aux Clipps (6 matches) --> 17,3 pts à 46,7%, 7,5 rbds, 3,3 assists, 0,3 steal, 1,7 blk et 0,7 TO en 39 minutes.
  • Stats en demi-finale face à OKC (4 matches) --> 21,8 pts à 50,8%, 8,8 rbds, 3 assists, 1,2 steals, 2,8 blk et 1,8 TO en 42,3 minutes.
Une évolution qui apparaît logique, compte tenu de la hausse parallèle de son temps de jeu. Mais ce constat tient aussi la route reporté sur 48 minutes :
  • Sa saison --> 19,3 pts à 49,4%, 12 rbds, 5,1 assists, 1,4 steal, 2,4 blk et 2,7 TO.
  • vs Clippers --> 21,3 pts à 46,7%, 9,2 rbds, 4,1 assists, 0,4 steal, 2,1 blk et 0,8 TO (+ de scoring, - de rbds)
  • vs Thunder --> 24,8 pts à 50,8%, 10 rbds, 3,4 assists, 1,4 steal, 3,1 blk et 2 TO
En résumé, plus le temps de jeu de Gasol augmente, plus son jeu se perfectionne. En outre, rares sont les joueurs majeurs à être capables de limiter ainsi leur nombre de balles perdues en playoffs : avec son 1,1 TO par match après 10 rencontres, Gasol rayonne dans ce domaine ! Une capacité à "sécuriser" le ballon qui prend davantage de relief quand on la compare aux moyennes des autres pivots majeurs qualifiés pour les playoffs : Brook Lopez tourne à 2,3, Roy Hibbert à 2,2, Perk à 2,1, Andrew Bogut à 2, Joakim Noah à 1,9, Tyson Chandler et David Lee à 1 (on ne parlera pas là des 4 TO de Dwight Howard, c'est indécent…). Ce n'est pas nouveau, les Gasol et leur jeu estampillé "Euroleague" (cf leur habileté dans l'art du pick-and-roll) font étalage d'un QI basket élevé. D'ailleurs, Marc, c'est sans doute… Pau, l'ex-Grizzly, qui en parle le mieux. Le hashtag "Both ends of the floor" laissé par Pau Gasol dit la polyvalence de son frangin, qui vient de réussir il y a quelques jours le tour de passe-passe de recevoir le titre de meilleur défenseur de l'année au moment où il est le meilleur scoreur de son équipe.

Gay, le transfert qui change tout

A l'instar d'un Tim Duncan, Gasol dispose de fondamentaux en béton et d'un jeu "serein", qui le rendent aussi précieux face à ses adversaires - en défense - que face au panier - en attaque. Evoquons l'aspect offensif, d'abord. Comme le décrit précisément Rob Mahoney, de Sports Illustrated, le transfert du franchise player et scoreur Rudy Gay (qui va avec la venue, notamment, de Tayshaun Prince) en janvier a rééquilibré, puis fluidifié le jeu offensif des Grizzlies, et donné des responsabilités différentes à plusieurs joueurs majeurs, dont Gasol. Que ce soit grâce à son hook dévastateur ou par le biais de ses savoureux shoots lointains (sa shotchart du moment ici), presque les pieds dans le ciment, Gasol contribue à faire avancer, possession après possession, ce monstre à plusieurs têtes qu'est Memphis (6 joueurs de l'équipe à 8 shoots tentés par match ou plus). Comme Noah, le Catalan figure par ailleurs parmi les tout meilleurs pivot-passeurs de la ligue. [youtube hd="0"]http://www.youtube.com/watch?v=PTYnviy4ZM8[/youtube] S'il n'est pas le dernier, il est l'avant-dernier passeur. Il réalise "l'assist du hockeyeur", comme le fait remarquer un scout dans un article sur Gasol signé Jordan Conn, de Grantland. En résumé, Gasol est un point d'ancrage pour Conley et consorts, et il "initie" souvent les attaques. C'est sur le flanc gauche, si possible face au panier, qu'il se sent dans son jardin, confie-t-il à Grantland.
"De là, je peux faire ce que je veux. Je peux distribuer le jeu, je peux jouer en un-contre-un. Je peux shooter. Je peux driver des deux côtés, où je peux partir pour effectuer mon "hook"", explique l'intéressé.
[youtube hd="0"]http://www.youtube.com/watch?v=mwuH3Ua_rxY&feature=player_embedded[/youtube] Là intervient Zach Randolph, souvent à la réception des caviars de Gasol. "He gave Z-Bo the talk", disait l'un des "memes" postés par Robert Pera, le proprio des Grizzlies, à propos de l'influence supposée de Gasol sur son partenaire. On ne sait pas si c'est le fait de l'associer à Marc Gasol (28 ans) qui a rendu Z-Bo (31 ans) si concentré sur son jeu (ça y ressemble fort), mais ce qui est sûr, en revanche, c'est que la (sous-médiatisée) paire d'intérieurs de Memphis constitue ce qui se fait de mieux dans ce domaine en NBA, au vu de la complémentarité des deux lascars.

Marc Gasol et Z-Bo, duo injouable

Après avoir concassé le tandem DeAndre Jordan - Blake Griffin au premier tour, Marc & Z-Bo s'amusent avec Serge Ibaka et Kendrick Perkins depuis une semaine. Lundi, dans le match 4, le duo a cumulé 46 points (23 chacun, à 16/35) et 23 rebonds, quand le décevant Perk (2 pts, 2 rbds en 24') n'a pas été d'un grand secours à Ibaka (17-14), le compatriote de Gasol - mention spéciale au vaillant Nick Collison, au passage (10 pts à 3/5). Habitués des double-doubles, les deux compères s'entendent à merveille sur le parquet. La (grosse) patte gauche de Z-Bo fait le boulot sous l'arceau (cf son énorme rebond offensif en prolongation sur un shoot de… Gasol) et non loin du cercle, quand Gasol alterne entre shoots lointains et jeu au poste. Une diversité offensive souvent insoluble pour les coaches adverses.
"Zach sait que quand j'obtiens le ballon au poste, ma première "lecture" (de jeu) le concerne. Et je sais que c'est pareil pour lui. On comprend le jeu de la même façon", disait Gasol en mars dernier, dans une interview donnée à Matt Moore, de CBSSports.
Voici un autre aperçu de l'impact conjugué des deux hommes, cette fois dans le match 5 contre les Clippers. [youtube hd="0"]http://www.youtube.com/watch?v=JDTZc17I7z4[/youtube] Forcément, Marc Gasol a aussi fait parler de lui ces derniers jours en raison de son titre de défenseur de l'année (7,8 rbds, 1,74 blocks et 1 steal en saison régulière), une première pour un Européen. Ce titre honorifique est revenu à la surface lundi, quand Gasol est étrangement apparu dans la… deuxième meilleure équipe défensive de l'année (avec Mike Conley), plutôt que dans la première (avec Tony Allen). [youtube hd="0"]http://www.youtube.com/watch?v=G7C4ok_XPUk[/youtube] Qu'importe, en fait, la "polémique" autour de ces peu lisibles distinctions individuelles (la première a été votée par les journalistes, la seconde par les coaches). L'important est ailleurs pour Lionel Hollins et pour les fans de Memphis : il réside dans la capacité de Gasol à peser significativement sur les meilleures attaques de la ligue. Contre OKC, sa présence défensive est une nouvelle fois éloquente. D'après une statistique d'ESPN, le Thunder a shooté à seulement 31% durant les presque 36 minutes passées par Marc Gasol sur le parquet dans le match 2 (pour un score de 66-52 en faveur de Memphis). [superquote pos="d"]Le meilleur "rating" défensif des Grizzlies contre OKC.[/superquote]Avant le match 4, Gasol était le Grizzly affichant le meilleur "rating" défensif de son équipe (avec lui sur le parquet, Memphis n'aura concédé en moyenne que 86,4 pts en trois matches). Lundi, ses 6 blocks ont fait le bonheur du FedEx Forum. Gasol s'est ensuite distingué en prolongation, en provoquant une faute offensive de Reggie Jackson, alors qu'OKC menait d'un point (98-97, 1:55 à jouer). "Décisif des deux côtés du parquet", disait Pau Gasol. Décisif, Marc Gasol aura encore l'occasion de l'être dans le match 5 face à OKC, ce mercredi. Et si d'aventure son équipe se hisse en Finale de conférence, ce qui semble sur le point d'arriver, Gasol et son pote Z-Bo donneront du fil à retordre aux secteurs intérieurs de San Antonio ou Golden State. De là à imaginer une Finale face au Heat (pour l'anecdote, Dime Magazine compare ces Grizz aux Pistons 2004 de... Tayshaun Prince) ? Ca fait encore beaucoup de "si", mais l'hypothèse apparaît depuis quelques jours probable. On n'imagine de toute façon mal Marc Gasol baisser le pied à ce stade de la compétition.
"On fait des blagues, des fois, sur ce à quoi il ressemblait en high school", blague Z-Bo au micro d'ESPN (pour la photo gros gros dossier, c'est ici). "Mais il a grandi en tant que personne, et individuellement. Ce gars est excellent. Il devient tout le temps meilleur. Je suis fier de lui."
Mais au fait, à quoi ressemble Marc Gasol, avec sa barbe, sa façon de se lécher les pattes en plein match (si, si…) et ses rugissements intempestifs ? Plus Grizzly, tu meurs.
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