Spencer Haywood, le premier lycéen qui a snobé la fac

Spencer Haywood fut le premier lycéen à vouloir passer pro sans être diplômé de l'Université. Son combat contre la NBA a depuis fait jurisprudence. Alors qu'il vient d'être intronisé au Hall of Fame, retour sur un pionnier qui a transformé la Ligue à jamais.

Guillaume RantetPar Guillaume Rantet | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
C'est lui qui a ouvert la voie. Celui qui a permis à de futures stars, comme LeBron James, de passer directement du lycée à la NBA et de snober la case universitaire. Au prix d'une bataille contre la Ligue, de la haine des coaches de NCAA et de regards de travers de ses aînés dans la ligue. Et, évidemment, d'une longue attente pour être intronisé au Hall of Fame. Car Spencer Haywood, 65 ans, a beau être quadruple All-Star et champion olympique, il a longtemps dû attendre avant de rejoindre le "Temple de la Renommée". Jusqu'aujourd'hui à vrai dire. Le prix à payer auprès des instances de la Grande Ligue, pour qui son passé ne passait pas, estime-t-il. Haywood VS National Basketball Associations. Telle est le nom de la décision de justice qui a provoqué un séisme au sein du basket américain. En 1970, Spencer Haywood n'a que 21 ans quand il se présente devant la Cour suprême, en compagnie du propriétaire des Seattle SuperSonics, Sam Schulman. Défiant la Ligue au nom de la législation anti-trust. Celle-ci souhaite en effet, sous l'impulsion du Commissioner Walter Kennedy, invalider le contrat du rookie. Le problème ? Spencer Haywood n'a pas pris le temps de valider son diplôme universitaire. Après un titre d’État avec son lycée de Michigan en 1967, une saison avec le Trinidad State Junior College durant laquelle il s'est imposé comme le meilleur marqueur de NCAA, un titre olympique dans les rangs de Team USA, avec qui il fut également meilleur scoreur, puis une seconde saison universitaire avec Detroit à l'issue de laquelle il a terminé meilleur rebondeur, Spencer Haywood a souhaité se jeter dans le grand bain. Devenir pro. Déjà. Et ce malgré l'obligation de passer quatre années sur les bancs et les parquets universitaires.

« Demandez à Muhammad Ali »

La NBA ne veut pas de lui ? L'intérieur s'oriente d'abord vers l'American Basketball Association (ABA). Et y brille, du côté des Denver Rockets. Désigné meilleur marqueur et rebondeur d'ABA, rookie de l'année et MVP lors de sa seule saison dans la ligue rivale, il fait plus que confirmer. De quoi prouver aux SuperSonics qu'il mérite sa chance. Et à Sam Schulman qu'il doit le soutenir dans son action en justice contre la NBA. Si l'ancien joueur de Seattle fut tant détesté par les dirigeants de la Ligue et par la NCAA, c'est parce qu'il a gagné son combat contre une machine qu'on pensait intouchable. Et en a payé le prix. Les mots qu'il emploie pour se confier au New York Post sont forts :
« J'ai été puni jusqu'à lundi (le jour de son intronisation, ndlr). Mon histoire a été supprimée. Elle a été supprimée par les coaches universitaires. J'étais le pire Judas qu'ils aient jamais rencontré. »
Mais il n'était pas le seul à avoir dû se présenter devant la justice pour plaider son cas :
« C'est comme ça que ça marche quand vous êtes pionnier. Demandez à Curt Flood (qui s'est battu contre la clause de réserve de NFL devant la Cour suprême), à Muhammad Ali (qui s'est également présenté devant la Cour Suprême pour être dispensé de son service militaire). Nous sommes tous allés devant la Cour dans les années 70. »
Spencer Haywood a gagné. Mais son combat n'est pas terminé. Car ses premières apparitions sous les couleurs des SuperSonics sont accompagnées de huées du public. Et même d'un annonceur, qui n'hésite pas à stigmatiser le rookie précoce :

« Ladies and gentlemen, we have an illegal player on the court »

Pas de quoi déstabiliser le pionnier, lui qui est nommé dans la NBA First Team en 1972 et 1973. Est sélectionné quatre fois pour le All-Star Game, entre 1972 et 1975. Puis s'envole vers New York. La franchise avec laquelle il évoluera jusqu'en 1979, et qui a proposé son intronisation au Hall of Fame. [youtube hd="0"]https://www.youtube.com/watch?v=mzXRBTpEJ7k[/youtube]

Les retrouvailles avec la NCAA

Ironie du sort : son intronisation s'est faite lundi dernier, à Indianapolis, lors de la finale du Tournoi NCAA. Un clin d’œil du destin, pour celui qui a libéré les lycéens de quatre années universitaires. Alors que quatre des plus grands prospects attendus à la prochaine draft (Karl-Anthony Towns, Jahlil Okafor, D’Angelo Russell et Emmanual Mudiay) n'ont quitté le lycée qu'en juin dernier, Haywoof avertit : un joueur a besoin d'au moins deux années à la fac avant de faire le grand pas. Il explique :
« Je sais que cela peut paraître étrange venant de moi, mais je l'ai déjà dit lundi soir à Jo Jo White, Dikembe Mutombo et John Calipari (les nouveaux Hall of Famer, ndlr), la décision que j'ai prise hier a mal été interprétée aujourd'hui. »     « Ces gars ont besoin de deux ans avant de jouer dans la Ligue. Ils ne sont pas encore prêts. Leurs corps ne sont pas prêts. Ils sont soft. Ils n'ont pas assez d'expérience pour les face-à-face. 40 rencontres universitaires ne sont pas suffisantes pour les préparer à la NBA. »     « Même après cette décision de justice, Magic Johnson, Larry Bird, Michael Jordan, Isiah Thomas et moi-même avons passé deux, trois ans à la fac. »
Si Spencer Haywood est plus connu pour cet affrontement qui a changé le paysage de la NBA et de la NCAA, son talent sur les parquets a également marqué l'histoire de la Ligue. Notamment du côté de Seattle, où son maillot a été retiré en février 2006. Malheureusement, lors de sa seule et unique saison passée du côté de LA (1979-1980), il ne participera pas au succès des Lakers. Pat Riley l'écartant du groupe lors des playoffs en raison de problèmes d'addiction à la cocaïne. Après un clap de fin chez les Washington Bullets, Spencer Haywood attendra ensuite 32 ans avant de rejoindre les légendes du basket au Hall of Fame. Dans le communiqué de presse annonçant son intronisation, aucune trace de cette fameuse décision de la Cour suprême. Preuve que si la Ligue a dû se plier à cette jurisprudence, le passé entre elle et Spencer Haywood ne passe décidément pas...
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