Une saison en enfer : premier chapitre en cadeau

Par nous, pour nous…

Si vous lisez ce texte, c’est que nous sommes pareils : d’authentiques et irrécupérables fanatiques de basket. Notre passion, nous l’avons construite tout autant en regardant nos idoles s’affronter sur les scènes les plus prestigieuses, qu’au bout de la rue, dans notre gymnase ou sur notre playground du coin.

Une saison en enfer, c'est un livre qui parle de nous, de vous, de vos potes, de tous ceux qui ont rêvé d’être les Michael Jordan ou Stephen Curry de leur ville et qui se sont autant investis dans chaque match du dimanche matin, que LeBron, saison après saison.

Comme le concept peut dérouter, nous avons choisi de vous offrir le premier chapitre du livre (septembre), histoire de bien cerner l'idée, le style, l'approche (décalée) et le ton (très libre).

 

 

Cette année, c’est la bonne. Cette fois, c’est sûr ! Pour tout vous dire, ça devait déjà être le cas la saison dernière. Mais bon, pour ça, il aurait fallu que Xavier soit un tantinet moins fragile qu’Anthony Davis, que ces enfoirés d’arbitres comprennent un peu mieux le basket que Karl-Anthony Towns et que Kevin et Jordan arrêtent de s’inspirer de l’éthique de travail de Dwight Howard. Ah, c’est sûr que si on récompensait les conneries, on serait passé direct à l’échelon supérieur... Mais bref. Cette année, c’est la bonne. Fini de rire. Tout le monde est chaud. Tout le monde est déterminé. « On va aller la chercher, cette putain de montée ! » Ça, c’est ce qu’on s’est dit en juin autour d’un bon barbeuc avec l’équipe. Ce genre de moments sympathiques durant lesquels tu te rends quand même compte que la moitié de tes coéquipiers est composée de gros beaufs avec une descente d’alcool que tu ne remonterais pas à vélo, même avec les mollets et les ordonnances médicales de Wout Van Aert. Mais bon, c’était quand même cool comme repas, ça unit, ça regroupe, ça soude, surtout après la douzième bière. Après, pour dire vrai, il n’y avait pas vraiment toute l’équipe. On était cinq. Enfin, cinq en comptant Elodie, la copine de Kevin. Normal, ils organisaient ça chez eux.

Non, mais fini de faire les cons ! On se l’est promis : on s’est regardé droit dans les yeux, entre hommes, et on s’est juré qu’on allait taffer dur. Cette fois, plus d’excuses pour ne pas venir à l’entraînement, sécher les matches ou s’en prendre 30 par ces connards de Saint-Jory-sur-Marne, on va faire une saison de bonhommes et aller au bout de notre potentiel. Même si l’alcool y était pour beaucoup et que certains n’avaient plus forcément l’air de se rappeler de quoi on parlait, c’était un moment très fort, plein d’émotions et de pureté. On aurait dit une scène de This Is Us ou de la comédie romantique française à la con, ouais bon, OK, ça pourrait décrire toutes les comédies françaises. Mais si, vous savez, celle avec le chanteur… Le Cœur des hommes ! Voilà, c’est ça. Effectivement, une comédie romantique française à la con. Tout ça pour dire que c’était un grand moment.

- Allez venez on crache par terre, on se… se… se regarde dans les yeux et on… on… on… crache par terre !

- Non Kevin, pas sûr que ce soit une bonne idée, on est à l’intérieur, là quand même.

- Ba… Ba… Bats les couilles ! Crache par terre, j’te dis.

- Sinon, on a qu’à se couper les veines. Comme y faisaient les Indiens.

- Hein ?

- Un pacte de sang ?

- Ah oui, c’est… c’est… c’est pas con, ça. Xa… Xa… Xavier, ramène le couteau !

Quand Xavier s’est pointé avec son couteau recouvert de merguez, on s’est dit que c’était peut-être pas nécessaire. Et puis, taillader les paumes d’un basketteur, c’est peut-être con. Surtout, heureusement qu’Elodie est venue nous arrêter avant que l’on parte trop en vrille. Mais bref, tout le monde avait l’air motivé pour se maintenir en forme pendant l’été, histoire de commencer bien fort la saison. Les gens normaux prennent leurs bonnes résolutions pendant les fêtes de décembre, après avoir déboîté les petits fours au saumon à Noël. Ben, nous, au basket, on les prend en juin, après avoir perdu des matches contre des mecs sans style et sans saveur qui jouent avec des Asics aux pieds. C’est là que tu te remets en question et que tu te promets de ne plus jamais vivre de tels traumatismes. Tout le monde sait ce qu’il a à faire. On l’a même répété dans le groupe WhatsApp. Même Tony, notre coach, est impliqué ! C’est vrai que ça a l’air logique qu’il soit investi dans son équipe, hein. Mais entre son gosse qui passe plus de temps à taper des roues en scooter qu’à aller à l’école et son divorce en cours avec sa femme, déjà recasée depuis un moment avec le gérant du Picard d’à côté, il a parfois tendance à s’éparpiller. Mais là, il jure avoir déniché trois anciens joueurs de Nationale 3 bien forts. Apparemment, les mecs sont bouillants pour venir. Ils kiffent le projet. Y’a aussi ce grand, croisé au forum des associations une semaine avant la reprise. Un Tchèque. Enfin non, un Finlandais. Bref, ça n’a pas d’importance et il n’a pas voulu nous dire d’où il venait, mais il nous a assuré qu’il avait joué en espoirs dans son pays il y a quinze, vingt (trente ?) ans. Et il est super intéressé par l’idée de monter avec nous. Ça sent bon, ça ! Cette année, ça se voit, c’est la bonne !

Le premier entraînement, c’est toujours un jour particulier. T’as réfléchi à ta tenue, t’as rafraîchi ta coupe et ta barbe, histoire d’être beau et frais. C’est un peu ta rentrée des classes, avec d’ailleurs le suspense de savoir qui sera là. Que ça fait du bien de retrouver le parquet ! De revoir les potes. Enfin, les coéquipiers, quoi. Il y a du peuple en tout cas, ça fait plaisir. Dix-sept pour une première séance. Presque trop de monde, même. Il y en a, tu te demandes quand même ce qu’ils foutent ici. T’es toujours sûr de trouver au moins un mec, fin de la vingtaine, début de trentaine, profil cadre bien dynamique – sauf sur le terrain – qui se met un coup de boost pour reprendre le sport en septembre. Aussi parce que sa nana aimerait bien qu’il se trouve une autre activité que planche de charcut’ et bières en terrasse. Elle lui a bien fait comprendre que ça ne la dérangerait pas d’avoir deux soirées pour respirer dans la semaine. D’ailleurs, elle a lu dans Cosmo qu’avoir leur jardin secret et des activités séparées était le meilleur moyen de rallumer cette flamme qui s’est encore plus éteinte que le basket français à Djakarta. Bien évidemment, dans à peine un mois, elle lui reprochera d’être jamais à la maison : lui, tu sais que tu ne le reverras pas beaucoup. Un peu comme ce gars pas très doué, mais plein d’envie et de bonnes intentions, qui vient faire les trois-quatre premiers entraînements chaque année ! Lui, pour le coup, il communique quand il joue. Sauf que faudrait que quelqu’un lui explique que crier « Écran droit, écran droit ! », c’est cool, mais ça implique de ne pas juste l’annoncer et de faire la rotation en défense. On va pas trop en demander. De toute façon, tout le monde le connaît. Mais personne n’a jamais retenu son nom. On sait juste qu’il est là les deux premières semaines. D’ailleurs, tu peux déjà lui balancer un « À l’année prochaine » après le quatrième entraînement. Sérieux, est-ce que ce mec existe vraiment pendant le reste de l’année ? On est sûr qu’il n’est pas cryogénisé jusqu’au mois de septembre suivant ? Parce que, le pire, c’est que tu n’as pas l’impression qu’il a vieilli. Il n'a pas progressé non plus. Est-ce que quelqu’un l’a déjà vu en dehors de la salle ? Comment réagir si jamais tu le croises un mardi après-midi à Darty ? Il paraît qu’il bosse chez SFR, mais, ça, c’est une rumeur de vestiaire.

Il y a pas mal de nouveaux à jauger cette année. En espérant qu’ils ne soient pas tous bons. Faudrait pas non plus qu’il y ait trop de concurrence, ce serait relou. De toute façon, la méthode infaillible, c’est de mater un peu comment ils shootent. Juste en regardant la mécanique de tir, tu captes ceux qui ont du basket. Enfin, un peu de basket. Parce que le gars qui balance une touche par-dessus sa tête en faisant des grands yeux de mouche… pas ouf. Pas ouf non plus celui qui a calqué sa gestuelle de tir sur Joakim Noah. Lui, ça se voit qu’il a fait du hand pendant quinze ans. Ou du volley. Ou du judo. Enfin, tout sauf du basket. C’est important de les repérer ces gars-là. Parce qu’il vaut mieux être vigilant et éviter de se retrouver à défendre sur les joueurs talentueux ou trop bizarres. Ensuite, faut aller scorer devant eux pendant l’échauffement. Là, tu lances mentalement « In Da Club » de 50, bien fort hein, histoire de te mettre en condition, tu prends ton regard mi-sérieux mi-énigmatique mi-séducteur, comme si tu captais enfin ce que ça veut dire la « Mamba Mentality » de Kobe Bryant, Devin Booker et Jordan Clarkson. Ensuite, une fois que le mec est bien impressionné par ton attitude et ta confiance digne de Thomas Heurtel et Gabriel Attal, tu enchaînes, tu vas prendre des gros tirs à mi-distance juste à côté d’eux. Et quand tu rates, tu fais comme si t’étais salement frustré, que c’était le premier shoot que tu ratais de ta life et peu importe si ça fait huit ans que t’as le même pourcentage aux lancers-francs que DeAndre Jordan. Evidemment, tu mets quand même quelques ficelles, histoire de montrer que ça game. Et ouais gros, le respect, ça se gagne dès maintenant.

OK, il y a des nouveaux. Mais, étonnamment, pas les joueurs de N3 dont nous avait parlé le coach. Pourtant, ils avaient l’air de kiffer le projet. Enfin, si, il y en a un ! Un bon mètre quatre-vingt-dix-huit. Costaud en plus, ça va aider dessous. Sauf que… plus les premiers entraînements passent, plus tu réalises qu’il est pas si dominant. Limité même. Il est pas ouf, quoi. Voire presque nul. Par contre, il donne beaucoup de conseils. C’est fou comme sur chaque situation défensive c’était visiblement à toi d’y aller et pas à lui. Mais bon, apparemment, il a fait du banc à haut niveau, il doit savoir ce dont il parle. Enfin, du banc… Il l’a juste touché le banc, alors. Genre une fois pour faire le nombre lors d’un match amical. Il devait être le neuvième homme d’une équipe de huit joueurs. Au fait, le Roumain, ou Portugais, allez savoir, du forum des assos, ben il n’est pas là non plus.

Premier double-pas, tu montes fort au cercle. Pas au dunk, hein, faut pas déconner non plus. Et sans opposition, bien sûr, c’est juste du trois-contre-zéro en répétition. Avec déjà des passes dans le décor. Mais tu montes fort et c’est fluide, le roll est propre. Par contre, les premières courses font vite mal aux jambes. En fait, cinq minutes et t’es déjà crevé alors qu’on se met à peine en rythme. Tu vois Jimmy Butler quand il est complètement cuit pendant les finales NBA 2020 ? Ben même dégaine. Sauf que toi, t’as couru deux pauvres demi-sprints. Mais il fait chaud aussi dans le gymnase ! Les jambes sont super lourdes, ça doit être la chaleur. Tu ne comprends pas, pourtant t’as fait cinq séries de dix pompes pendant cinq jours de suite pour te remettre en forme. Au final, ça sert à rien. Kevin, par contre, il a l’air super fit dans son débardeur. Il s’est encore buté à la muscu. Lui, ça se voit qu’il a bossé pendant l’été. Mais certainement pas son tir, toujours aussi claqué. Ni son cardio. En fait, Kevin, c’est le premier cramé.

- Pause boisson !

- Mais on vient à peine de faire quatre allers-re…

- Boisson, les frères, faut s’hydrater. On démarre mollo.

Le développé, les haltères, la fonte, c’est bien. Mais c’est sûr qu’avec quatre kilos de muscles en plus, six repas par jour et deux shakers de protéines, derrière, pas simple de courir. Vu qu’il y avait trop de passes dans les gradins, voire dans les chiottes, et de mecs qui couraient dans tous les sens – mais jamais le bon – comme Russell Westb… comme des poulets sans tête sous ecstasy, on abandonne le 3x0 pour faire deux colonnes et des layups. Simple. Vingt de suite à droite, puis vingt de suite à gauche. Basique. Enfin, en théorie pour la main gauche. Le truc, c’est qu’on ne met déjà pas les vingt d’affilée à droite. Un. Deux. Cinq. Treize. BONG ! Il y a toujours un gus pour massacrer la planche en lançant la balle beaucoup trop fort. Souvent un intérieur, d’ailleurs. Ou alors c’est un arrière qui écrase mollement sa balle sous le cercle. Ou pire encore, cet ailier qui, en tentant un flotteur, réussit à mettre un airball en tirant par-dessus le cercle, voire le panneau. Après, c’est le début, c’est la reprise. Mais c’est quand même étonnant qu’on soit déjà aussi mauvais. Enfin bref.

En septembre, il y a toujours circuit cardio et renforcement musculaire au programme des premiers entraînements. Tout le monde souffre. Surtout Cyril, qui a l’air d’avoir un peu profité cet été. Bon, il n’était pas fin, fin déjà l’année dernière, mais là, son profil adipeux, sa gestuelle robotique et pénible et sa façon de bouger qui rappelle la danse de Choco dans les Goonies, te font douter de la variété et de l’équilibre de son régime alimentaire estival. Sinon, il y en a qui ont bossé cet été du coup ? C’est fou comme le tipping ça peut être compliqué. T’as l’impression que si tu descends un peu plus tes fesses, tu vas t’écrouler. Quelle merde cette exercice quand même. C’est pas un truc pour les boxeurs, plutôt ? Et merde, on passe aux suicides… Ça, c’est parfait pour repérer les mecs qui ont fumé des clopes (ou autre) pendant les belles soirées chaudes. Radical.

Heureusement, on fait toujours un peu de jeu à la fin. Du jeu, mais certainement pas du basket. Parce que même en G-League, à la Pro-AM de Seattle ou un dimanche matin sous le métro Stalingrad, ça joue plus collectif. Des pertes de balle à faire relativiser le manque de rigueur de l’équipe de France et à soulager Vincent Collet. On s’inspire des meilleurs, faut croire. Pendant les oppositions, tu te rends aussi compte que le mec qui tire comme Joakim Noah, il cavale beaucoup plus que toi. Il va au rebond. Il joue dur. Et il te verrouille en défense, ce con. Ce qui te rassure, c’est que t’es pas le seul à être nul. Cette année, c’est la bonne. Mais il va y avoir du boulot quand même.

 

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