L’été renversant d’Anthony Randolph avec la Slovénie

Alexis RabutéPar Alexis Rabuté Publié

Anthony Randolph a été la cible de très nombreuses critiques suite à sa participation à l’Euro avec la Slovénie. Il revient là-dessus.

Loin de toute agitation, Anthony Randolph se refaisait la cerise depuis quelques temps en Europe. Seulement voilà, son choix de jouer pour la Slovénie a déchaîné un mouvement de haine à son égard.

Il faut dire que la décision a eu de quoi surprendre. Né en Allemagne, il a fait son cursus et la grande majorité de sa carrière aux Etats-Unis. Seulement quelques mois avant le début de l’Euro, il a été naturalisé slovène.

« Au début, je me suis dit non. Quand tu penses à jouer pour un pays, tu veux le faire pour celui d’où tu viens, avec qui tu as un lien. Tu veux que ce soit quelque chose de spécial », concède Randolph. « J’ai rencontré Rasho Nesterovic (secrétaire général de la fédération slovène), Goran Dragic, Rade (Filipovich, son agent) et mon agent espagnol Enrique Villalobos à Madrid en mai. Ils m’ont parlé de leur plan, d’être le chaînon manquant de leur équipe et de la possibilité d’avoir une médaille si je venais. J’en ai parlé avec mon équipe puis j’ai décidé que c’était la meilleure chose à faire en terme d’exposition et de développement pour un joueur de basket. »

En effet, en obtenant la nationalité slovène, Anthony Randolph libérait une place pour un autre joueur américain au Real Madrid. Il assure par contre ne pas avoir touché d’argent en échange de ce choix.

Durant cet Euro, il a joué un rôle majeur avec l’équipe de Slovénie. S’il a rarement déçu, l’intérieur s’est aussi fait remarquer pour son altercation avec Kristaps Porzingis. Il a été expulsé et certains bruits rapportaient qu’il voulait rencontrer le Letton à la fin du match, en dehors de la salle.

« On s’est emmêlé les bras (au rebond) et j’ai essayé de me libérer. Je me suis tourné et je l’ai vu venir vers moi. La première chose que je me suis dit, c’est « qu’est-ce qu’il se passe ? » C’était un match intense. Je lui ai juste dit « Tu as un problème ? » Ça ne sert à rien d’en parler ici. C’est un match de basket au final », raconte-t-il. « Ce n’est pas comme si on allait se battre sur le terrain. Combien de bagarres ont eu lieu sur un parquet ? C’est une perte de temps. »

Cet incident n’est pas passé inaperçu. Par conséquent, le soir qui a suivi, les réseaux sociaux du madrilène ont commencé à être envahis d’insultes venant de fans lettons ou même new-yorkais. Plusieurs étaient à caractère raciste.

« Ils disaient que j’étais une merde, que si je venais à New York ils me tueraient. C’était assez intéressant.. Je n’ai pas essayé de répondre ou de dépenser de l’énergie sur des trucs comme ça », explique-t-il. « C’est intriguant de se dire que des gens pensent des choses si fortes concernant un gars qu’ils n’ont probablement jamais rencontré. Je comprends le sentiment de certains fans à propos de leur joueur préféré, je le prends comme une motivation. Ça m’a servi de motivation, je pense que ça m’a aidé à me concentrer sur le prochain match et à vouloir encore plus gagner l’or. »

Un objectif qu’il est parvenu à atteindre. Les Slovènes ont ensuite giflé les Espagnols avant de vaincre les Serbes en finale. Une fois la médaille d’or autour du cou, le retour de Randolph dans son nouveau pays a forcément été plus simple.

« C’était fou », s’exclame-t-il. « Quand nous sommes revenus en Slovénie, des milliers de personnes nous attendaient sous la pluie depuis depuis 10h du soir pour célébrer avec nous. C’était incroyable. […] Un fan a été très démonstratif avec moi. ll n’arrêtait pas de me dire « Merci merci, nous n’aurions pas pu gagner sans toi. Le pays t’apprécie, tu es une légende ici. Nous ne t’oublierons jamais. » C’était fantastique de ressentir tout l’amour d’un pays entier. »

Un enthousiasme très surprenant quand on sait le peu d’attaches qu’à Randolph avec ce pays. Il n’était pas venu à de nombreuses reprises. Le peu de fois où il s’y baladait, il était l’une des rares personnes noires.

« Étonnement, j’en ai quand même vu quelques-uns. Ils m’ont dit que récemment, il y avait un peu plus de Noirs dans le pays. J’étais un peu surpris quand j’en ai vu certains. Je n’ai pas eu la chance de leur parler, je les ai juste vu passer en voiture ou sur le trottoir d’en face. C’était assez fou, je les regardais et ils se disaient probablement « qu’est ce qu’il fait là ? » », confie-t-il.

L’histoire entre Anthony Randolph et la Slovénie peut forcément susciter quelques questions. Si le joueur semble s’y épanouir, il n’en reste pas moins qu’il joue pour un pays où il n’a même pas passé deux mois de sa vie.