Stephen Curry, MVP des Playoffs ?

Le prodige de Golden State réalise une première campagne de playoffs étincelante. Ce soir, face aux Spurs, il tentera de donner l’avantage aux Warriors dans le match 3.

UNE-CURRY-warriors-golden-stateDu Curry, cette saison – et plus encore depuis l’entame des playoffs -, on en mange à toutes les sauces. Désolé pour le jeu de mots, quasi systématiquement utilisé dans les articles sur le phénomène, mais alors que se profile un palpitant match 3 entre les Warriors et les Spurs, cette nuit, à l’Oracle Arena, il colle bien à la situation. Le meneur de Golden State Stephen Curry est sous le feu des projecteurs, et c’est un juste retour des choses, au regard de sa regrettable non-sélection pour le All-Star Game 2012 et du (trop ?) peu de crédit qui lui a été accordé lors du vote pour le titre de MVP (3 votes pour la 5e place, 11e au classement).

Car dans sa 4e saison NBA (Curry a 25 ans), le natif d’Akron est entré dans une autre dimension, menant ses troupes à la 6e place d’une conférence ultra-relevée (5 équipes à 55 victoires ou plus). Au passage, on notera que les dirigeants de Golden State ont été diablement bien inspirés de lui signer une extension de contrat de 4 ans (et 44 millions de dollars) le 31 octobre dernier – celle-ci débutera la saison prochaine. En lui laissant les clefs du minivan (38,2 minutes), Mark Jackson a vu son classieux shooteur (Dell père, Dell fils…) franchir un palier dans presque tous les secteurs (points, rebonds, assists…), affichant avec davantage de régularité la maîtrise déjà aperçue dès ses débuts dans la ligue.

Comment ne pas rester pantois, par exemple, devant le record à trois-points établi par le prodige (272 sur la saison) ? Dans ce domaine, dépasser la référence Ray Allen, détenteur de la précédente marque (étonnant, non ?), relève de l’exploit. Même s’ils avaient fini par s’imposer au Madison, les Knicks avaient d’ailleurs été témoins le 27 février dernier de l’état de grâce dans lequel semble se trouve le jeune homme, auteur ce jour-là de 54 points (record personnel)… à 11/13 à trois points.

« Baby Face » avait remis ça – encore en vain – face aux Lakers (47 pts à 9/15 longue distance), à l’approche des playoffs, s’adjugant une semaine plus tard le titre de joueur du mois d’avril.

Le MVP des Playoffs jusqu’ici, c’est lui

Mais qui pouvait alors se douter que l’élégant n°30 allait connaître une première campagne de playoffs aussi étincelante, quand la plupart des joueurs en devenir reçoivent le premier tour comme un boomerang, et filent en conférence de presse évoquer un apprentissage constructif pour la suite de leur carrière ? Il faut croire que Steph Curry n’a pas ce temps-là. Que même ses chevilles capricieuses – son talon d’Achille – et la blessure de son intérieur all-star David Lee n’auront pas raison de sa félicité actuelle. Car jusqu’à présent, le MVP des playoffs, c’est bien lui (26,5 pts & 8,9 assists…).

Sports Illustrated ne s’y est pas trompé, en lui accordant pour la première fois sa une, deux semaines après le « J’en-ai-ma-claque-de-toujours-finir-deuxième » de Kevin Durant et une semaine après le coming-out de Jason Collins« Give Steph Curry an inch and he might take Golden State a mile », dit la couverture, faisant notamment écho à la déconcertante facilité de « dégainage » de Curry, en l’occurrence lors de l’upset face aux Nuggets (4-2).

L’article de Chris Ballard évoque la capacité du joueur à se créer son propre shoot, en exploitant même l’espace… qu’il n’a pas, a priori. Ainsi, explique Ballard, l’ancien prodige de Davidson a rentré cette saison 59,1% de ses paniers sans recevoir de passe décisive d’un partenaire. « A titre de comparaison, Kevin Durant, un autre shooteur se créant des espaces pour shooter, a été « assisté » sur plus de la moitié de ses shoots », écrit le journaliste de SI. Ajoutons – et ceci un dit long sur la confiance en lui du bonhomme – que Curry mesure seulement 1,91m, quand KD culmine à 2,06m et tire du bout de ses bras interminables.

Face à Denver, donc face au coach de l’année (George Karl), Stephen Curry a non seulement dû s’adapter à la défense rugueuse des Warriors en accélérant sa gestuelle de shoot ou en utilisant son « handle » assassin (dont Gary Neal se souviendra longtemps…), mais aussi en se montrant plus passeur (9,3 assists sur la série), pour se jouer des prises à deux. Avant-hier, Metta World Peace, le Nostradamus des Lakers, voyait carrément en Curry un MVP en puissance.

MWP s’emballe sans doute un peu pour un sacre dès la saison prochaine, mais difficile de la contredire sur l’idée d’une telle distinction à moyen terme.

Le roi des 3ème quart-temps

Pour l’heure, le soyeux shooteur est déjà le MVP des 3e quart-temps, à en juger par son impact sur ladite période depuis l’entame des playoffs (environ 12 pts de moyenne ; 68% de réussite dans ces 3e QT face à Denver !). Souvenez-vous de ses 22 points dans le 3e acte du match 4 contre les Nuggets :

Ou de son passage « NBA Jam » (14 pts, 3 assists) dans le match 6 :

Bis repetita dans le match 1 face aux Spurs, avec encore 22 points après la pause (44 pts & 11 passes pour finir…).

 

« Ce gars, en ce moment, c’est comme un « cheat code ». Il est là, avec sa cheville touchée, son oeil blessé (dans le match 4 contre Denver) et sa lèvre éclatée. Ce mec est inarrêtable », souffle le rookie Kent Bazemore.

On retiendra évidemment ce shoot insensé face à Tony Parker dans le match 1, alors que le cuir venait de lui échapper des mains et roulait par terre, dans l’axe du panier.

La réaction du banc de touche des Warriors vaut au moins autant que celle de Curry, qui explique son geste instinctif dans les colonnes du Oakland Tribune.

« Je me sentais bien. La raison vient simplement du fait que je m’entraîne à ça pendant tout l’été… Je demande au coach de m’envoyer des mauvaises passes, ou alors je fais des exercices consistant à gâcher des dribbles et ramasser le ballon. »

Chris Ballard, de SI, évoquait récemment les séance de rab’ de Curry.

Un souci de la précision et du détail qui rappelle les fameuses séances de shoot sur une jambe de Dirk Nowtizki. Sur une jambe ? C’est justement dans cette position que Curry s’est amusé à marquer un trois points dans le match 2 remporté sur le parquet des Spurs.

Marcel Mutoni, de SLAM, résumait plutôt bien l’idée du moment, d’un message assez savoureux.

C’est toujours plus subtil que la dernière sortie de l’acteur Chris Rock.

Bref, passons.

Difficile de prédire si Curry aura désormais la fraîcheur physique pour permettre aux siens de bousculer la hiérarchie face aux expérimentés Spurs. Sa – toute relative – baisse de régime dans le match 2 (22 pts à 7/20), qui a notamment été compensée par le show de Klay Thompson (« A mon avis, c’est le meilleur backcourt de shooteurs de l’histoire », a carrément lâché Mark Jackson), prouve aussi que Gregg Popovich a plus d’un tour dans son sac pour freiner l’élan offensif du chef d’orchestre des Warriors.

On a surtout entendu son trait « d’humour », mais si Pop a trouvé Curry et Thompson « très polis » de ne pas prendre feu en même temps lors de ce match 2, le coach des Spurs a aussi terminé sa punchline d’un glacial :

« Peut-être qu’aucun des deux ne sera chaud dans le match 3. C’est ce que j’espère. »

Ca sent l’avertissement, et il y a fort à parier que la taille de Kawhi Leonard (et d’autres ajustements défensifs ?) pose encore quelques soucis à Curry ce soir à Oakland.

Quelle que soit l’issue de la série face aux Spurs, ces playoffs marqueront en tout cas une étape fascinante dans la carrière naissante de Curry, enthousiasmant All-Star (si, si !) capable de rendre ultra flashy des moves ultra old school. Et si ses chevilles tiennent le choc, il y a fort à parier que ladite carrière sera couronnée de succès. Autant que ses shoots impossibles… à toutes les sauces.

Un superbe mix de Curry

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Membre rouennais de la Reverse/BS' team depuis 2010. Adepte du "Dream Shake" d'Hakeem et des blocks de Dikembe. L'inverse ne marche que dans un sens. J'ai lancé en janvier 2014 United Ballers (unitedballers.fr), site de reportage photographique sur les playgrounds du monde entier.

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