[ITW] Brett Gunning nous parle des Rockets d’Harden, de Curry et de coaching

[ITW] Brett Gunning nous parle des Rockets d’Harden, de Curry et de coaching

On a pu discuter avec Brett Gunning, ancien assistant de Jay Wright en NCAA et des Rockets, en amont de sa participation au programme Jr. NBA Coaches.

Benjamin MoubechePar Benjamin Moubeche  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Interview

26 ans de carrière dans le coaching, ça forge le caractère. Brett Gunning a vu passer beaucoup joueurs et a évolué aux côtés de nombreux entraîneurs en NCAA et en NBA. Parmi eux, Jay Wright, Rick Adelman et Kevin McHale, tous les trois au Hall of Fame. Il a également été l’un des principaux artisans des Rockets de Mike D’Antoni, au plus proche de James Harden, Chris Paul et Russell Westbrook. Plus de deux décennies, lors desquelles il a acquis une grande sagesse.

Alors qu’il participait cette semaine au programme Jr. NBA Coaches, on a eu la chance de l’interroger sur son expérience en tant que coach, son choix de quitter la ligue, ses années aux Rockets et la rivalité avec les Golden State Warriors.

BasketSession : Tu as arrêté de coacher il y a deux ans. Pourquoi ? Que fais-tu maintenant, notamment avec ton organisation à but non lucratif ?
Brett Gunning : J’ai eu la chance d’entamer ma carrière de coach dès ma sortie d’université. Et j’ai eu la chance de commencer avec un type du nom de Jay Wright, qui a été récemment intronisé au Hall of Fame. J’ai ensuite eu une carrière qui a duré 26 saisons consécutives.

Quand ce voyage a pris fin, on m’a immédiatement donné l’opportunité de revenir. Mais à l’époque, ma mère était malade et nous venions juste de sortir de la bulle. J’ai trois enfants et j’ai pensé que ce serait mieux de prendre une année sabbatique. La plupart des coaches ne veulent pas prendre le risque de sortir du carrousel des coaches. Mais pour un certain nombre de raisons, j’ai pensé que c’était la meilleure chose à faire. À la fin de l’année, on m’a présenté plusieurs opportunités de reprendre le coaching, mais aucune d’entre elles ne m’intéressait assez pour que je fasse déménager ma famille à ce moment-là.

J’ai également créé à l’époque une organisation à but non lucratif appelée "On the Right Path". En 26 ans de carrière, j’ai compris que ceux qui réussissent ont des bases incroyables. Tant sur les fondamentaux du basket qu’au niveau des compétences de vie. Prenez l’humilité par exemple, c’est une compétence importante dans le basket. Lorsque vous posez un écran, vous prenez la décision de vous mettre en retrait pour laisser quelqu’un d’autre tirer. J’ai donc vu ce lien entre ces compétences de vie et le sport. J’ai donc lancé l’association pour mettre les enfants sur le bon chemin dès leur plus jeune âge à travers le basket.

Nous avons parlé d’humilité, mais, en dehors de cela, quelles sont pour toi les qualités les plus importantes pour devenir un bon coach en NCAA ou en NBA ?
Brett Gunning : Je pense que c’est la volonté de servir les autres. Je viens d’un milieu chrétien, où servir les autres, aider les autres est important. Je pense que pour être un grand entraîneur, il faut de l’humilité, avoir conscience que tu vas travailler avec des jeunes qui ne vont peut-être pas tout comprendre aussi vite que tu l’aimerais. Et cela va avec le sens du service, la volonté d’aider les autres à être meilleurs.

J’ai eu l’occasion de rencontrer John Wooden (légendaire entraîneur des Bruins, souvent considéré comme le plus grand coach de l’histoire de la NCAA tous sports confondus, ndlr) au cours de la dernière année de sa vie. Un bon ami le connaissait très bien et m’a emmené dans son appartement pour passer l’après-midi avec lui. Alors qu’on se préparait à partir, je lui ai dit : "Coach, vous avez tout traversé, tout gagné, tout vu, quel est le meilleur conseil que vous donneriez à un jeune coach ?" Il a réfléchi pendant une minute, il a pris un air songeur et a répondu : "La patience." La patience avec votre équipe, la patience avec vos joueurs, la patience avec les jeunes. Et il a poursuivi en expliquant à quel point c’est important d’être patient.

Je pense que dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, tout doit se passer si vite, et c’est la même chose pour le coaching. Ce serait idéal, mais tout le monde ne peut pas tout comprendre tout de suite. Mais la chose la plus importante est d’aider les autres, que cela prenne un jour, une semaine, un mois, un an. Donc je pense que la patience est ce qu’il y a de plus important.

Justement, à ton tour, quels conseils donnerais-tu à un jeune coach ?
Brett Gunning : Encore une fois, j’ai eu la chance d’avoir une longue carrière. J’ai passé mes 14 premières années avec Jay Wright, qui est entré au Hall of Fame. Ensuite, je suis allé en NBA et mes deux premières saisons étaient avec Rick Adelman, qui vient d’être intronisé au Hall of Fame. Puis j’ai coaché avec Kevin McHale, qui est aussi un Hall of Famer.

En tant que jeunes entraîneurs, nous voulons agir comme si nous savions tout. Tu sais, nous avons besoin de confiance, mais je pense qu’il suffit de comprendre que je suis toujours en train d’apprendre maintenant, 27 ans après. Je lis, j’étudie et j’apprends. Donc je pense que tu n’as pas besoin d’agir comme si tu savais tout et qu’il faut trouver du plaisir à apprendre chaque jour. Il y a cette grande citation : "Apprenez comme si vous alliez vivre éternellement. Vivez comme si vous alliez mourir demain."

Quand Kobe Bryant a terminé sa carrière, il a commencé à écrire des livres et a fait ce court-métrage, Dear Basketball, qui a gagné un prix. L’une des choses dont Kobe parle beaucoup est la curiosité. Tu sais, il a toujours été curieux et a toujours voulu apprendre. Et je pense que c’est pareil pour les coaches, il faut juste être curieux. Soyez enthousiastes à l’idée d’en apprendre un peu plus chaque jour.

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Tu as longtemps travaillé sur l’attaque des Rockets avec Mike D’Antoni. Peux-tu nous expliquer comment tu as réussi à construire l’une des meilleures attaques de la NBA et de la dernière décennie ?
Brent Gunning : (rires) Quand Golden State a gagné le titre cette année, Steve Kerr a dit quelque chose : "Les gars, soyons clairs. Nous avons de super propriétaires, de super entraîneurs, mais nous sommes tous ici pour une seule raison : Stephen Curry". Donc je rigole parce que la principale raison pour laquelle nous avons eu l’une des meilleures attaques est James Harden.

Notre travail d’entraîneur consiste à essayer de mettre nos joueurs dans les meilleures conditions pour réussir. Et Mike D’Antoni est l’un des meilleurs coaches de tous les temps. C’est à lui que revient tout le mérite. Mais si Mike D’Antoni était là en ce moment, il dirait la même chose. Nous avions James Harden, nous avions Chris Paul, nous avions Russell Westbrook, nous avions Eric Gordon. Tout repose sur les joueurs.

Mais Mike D’Antoni est le meilleur entraîneur que j’ai jamais vu pour créer un environnement et un esprit de groupe qui permettent aux joueurs de s’épanouir. C’est une personne formidable. Il vient tous les jours à l’entraînement d’excellente humeur. Les gars aiment jouer pour lui, il leur donne la confiance pour donner le meilleur d’eux même. Et je pense qu’une énorme partie de l’attaque repose sur la confiance. Il en faut pour prendre de gros tirs avec toute la pression que cela implique. Bref, cela commence par les joueurs et l’environnement que Mike a créé leur a ensuite permis de s’épanouir dans cette attaque.

Tu as parlé des Warriors plus tôt et du fait qu’ils ont remporté le titre cette année. En 2018, vous étiez à deux doigts de les battre et d’aller en Finales NBA. À quel point était-ce motivant et difficile d’affronter une si grande équipe ?
Brett Gunning : Tu fais remonter de mauvais souvenirs (rires) ! Je plaisante, c’était génial. C’était juste un moment incroyable. Ils étaient les champions et on essayait d’arriver là où ils étaient, cela a apporté un tout autre niveau de compétitivité à nos gars. On a réussi à les battre plusieurs fois, mais jamais à passer le cap. Et encore une fois, je reviens à James Harden et Chris Paul, nous avions PJ Tucker, Eric Gordon et tout ce groupe de gars. On n’était pas loin, mais ils étaient juste meilleurs.

Kevin Durant, Stephen Curry, Klay Thompson, Draymond Green… on menait 3-2. On jouait le sixième match à Golden State et ils nous ont battus. Et de retour à domicile, nous avons eu notre chance. En tant que compétiteur, tout ce que tu veux, c’est avoir une opportunité. Nous avions une chance de les battre, mais ils étaient meilleurs. Ils ont mieux joué dans les grands moments. Durant et Curry ont fait une excellente seconde mi-temps et nous n’avons pas été capables de les battre. Mais c’était incroyable de faire partie de ça.

James Harden, Kevin Durant et Stephen Curry, par exemple, sont des joueurs que l’on décrit comme "inarrêtables". Qui te vient à l’esprit quand on prononce ce mot et pourquoi ?
Brett Gunning : Je vais commencer par te donner la réponse facile : Steph. On s’y habitue en quelque sorte, mais c’est une preuve de sa grandeur et du niveau auquel il joue. C’est surtout une question de mouvement. Il n’arrête pas de bouger. Ce serait autre chose s’il portait le ballon et qu’il sortait d’un pick and, puisqu'il n’y a que deux joueurs impliqués. Mais quand il passe le ballon et coupe, il passe à travers la défense. À cause de son mouvement, la personne qui défend sur lui est toujours en alerte, mais tous les autres s’inquiètent aussi.

Cette pression constante, ça vous pèse. Il y a un facteur mental. Les gens se demandent comment on a pu lui laisser tel ou tel tir. Sauf qu’il était loin de la ligne. Curry peut tirer en une seconde, alors que la plupart des joueurs dans la ligue ne pourraient même pas prendre les tirs qu’il prend. Mais il est tellement bon qu’il les rentre. Donc c’est lui qui met le plus de pression sur votre équipe et qui me vient tout de suite à l’esprit.

Mais il y a aussi Damian Lillard, qui a cette incroyable capacité à tirer de loin en relâchant le ballon très vite. Si tu baisses ta garde pendant un instant, le tir part. Et tu te demandes comment tu as pu le laisser faire. Tu te dis : "J’ai à peine eu le temps de prendre une respiration et il a tiré."

C’est comme si ces gars-là, ces deux-là en particulier, étaient juste capables de tirer à tout moment, de n’importe où, et de réussir le tir. Cela met une pression énorme sur la défense. Ça me rappelle de mauvais souvenirs.

Tu as passé de nombreuses années en NBA, mais tu as aussi longtemps coaché en NCAA. Quelle est la principale différence entre coacher une équipe NCAA et une équipe NBA ?
Brett Gunning : J’ai passé mes sept premières années à l’université Hofstra, puis je suis allé à Villanova, où j’ai passé sept autres années. Je pense que la différence, c’est la jeunesse. Quand vous êtes à l’université, on vous donne une sorte de fenêtre de 3 à 4 ans pour essayer de développer des joueurs. Maintenant, cette fenêtre est même réduite  à un ou deux ans. À l’université, vous essayez donc vraiment de développer les bases chez des gars qui vont s’appuyer dessus pour toute leur carrière professionnelle. Et en NBA, on s’attend à ce que vous réussissiez directement. Sinon, chaque année, il y a tous ces joueurs qui arrivent à la draft et qui sont prêts à prendre votre place. Ça semble impitoyable, mais c’est la vérité.

Je reviens à ce dont nous avons parlé plus tôt, sur le fait de ne jamais perdre l’envie d’apprendre en tant que coach. C’est la même chose pour un joueur. C’est là qu’il faut accorder du mérite à quelqu’un comme James Harden pour la réussite qu’il a connue. Il retournait chaque été au "lab". Il a continué à essayer d’ajouter des choses à son jeu. Et je pense que la clé en NBA, ce n’est pas d’y arriver. Il s’agit de faire le nécessaire et d’être assez bon pour y rester.

En 26 ans de carrière, tu as rencontré de nombreux jeunes joueurs. Quelles sont les compétences que tu recherches le plus chez les prospects ?
Brett Gunning : L’une des principales qualités qui me viennent à l’esprit est la compétitivité. Les Harden et les Curry sont des joueurs qui n’arrivent qu’une fois par génération. Mais pour les 95% restant, PJ Tucker est un bon exemple.

Après avoir été drafté par Toronto, il a été coupé et a dû aller en Europe pour se refaire un nom. Il a ensuite eu l’occasion de revenir en NBA, il a joué à Phoenix, puis il a fait un grand parcours avec nous. Il a aidé Milwaukee à gagner un titre et Miami à aller jusqu’au Game 7 des finales de conférence. Et tout ça, c’est parce que PJ est l’un des gars les plus compétitifs que j’ai jamais côtoyés. C’est le genre de joueurs qui font tout pour que leur équipe gagne. Je pense que c’est ce que beaucoup de coaches recherchent parce qu’il y a beaucoup de choses que l’on peut enseigner : le footwork, la prise de décision, le jeu de passe… mais il est difficile de rendre quelqu’un compétitif.


Le programme Jr. NBA Coaches - Online présenté par Gatorade® est hébergé sur OWQLO et propose 12 sessions virtuelles en direct de février à septembre pour les utilisateurs de l’application âgés de 16 ans et plus en France. La prochaine session avec l’ancien assistant coach NBA Brett Gunning aura lieu le jeudi 23 juin à 18 h. Pour plus d’informations, visitez owqlo.comgatorade.co.uk et @NBAFRANCE sur Facebook et Twitter et @NBAEurope sur Instagram.

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