[ITW] John McCullough nous parle de Portland, du job d’assistant et d’Orthez

Vieille connaissance du basket français, John McCullough a fait partie du staff des Blazers pendant près de 10 ans. On a eu la chance de discuter avec lui en marge de sa participation au programme Jr. NBA Coaches.

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Interview
[ITW] John McCullough nous parle de Portland, du job d’assistant et d’Orthez

Ce dimanche 6 mars, les sessions du programme Jr. NBA Coaches se poursuivent. On vous avait parlé de cette initiative de la NBA et de Gatorade il y a quelques semaines, lors d'une interview avec Ryan Saunders, l'ancien head coach des Minnesota Timberwolves. On a cette fois pu discuter avec l'intervenant suivant, qui connait lui aussi très bien la ligue et le métier : John McCullough.

Les plus anciens ici se souviennent peut-être du joueur, passé par Orthez dans les années 80. John McCullough avait remporté la Coupe Korac et été élu MVP du tournoi en 1984, justement sous les couleurs du club béarnais. Pendant près de 10 ans, l'ancien meneur a ensuite fait partie du staff de son ami Terry Stotts aux Portland Trail Blazers, en étant d'abord advanced scout, puis assistant, jusqu'à la fin de l'ère Stotts en 2021.

Il participe aujourd'hui au programme Jr. NBA Coaches, pour transmettre son expérience et sa vision du métier.

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BasketSession : John, pendant près d'une décennie vous avez travaillé avec Terry Stotts, qui était aussi votre coéquipier à la fac. Ce doit être particulier d'être au côté de la même personne aussi longtemps. Comment trouve-t-on un équilibre entre le fait d'être là pour lui au quotidien, tout en trouvant assez de place pour exprimer ses propres idées ?
John McCullough : L'avantage avec Terry, c'est que nous sommes des amis proches depuis la fac. Quand je jouais à Orthez et lui à Madrid, on se voyait quand même et on a développé une relation très forte. Quand on a commencé à travailler ensemble, j'étais advanced scout, donc impliqué dans la préparation de chaque match que l'on devait jouer. Il a toujours respecté mes opinions sur le basket, parce qu'avant j'ai été head coach pendant une vingtaine d'années (à la fac d'Oklahoma Baptist, NDLR), puis assistant pendant presque dix ans. On avait des points de vue différents sur certaines choses, notamment parce que le jeu universitaire n'est pas le même, mais je lui apportais justement cette connaissance des joueurs qui venaient de NCAA. Pour moi, le passage du basket universitaire à la NBA a aussi été un apprentissage progressif. Il y a toujours eu du respect entre nous, comme c'est le cas entre tous les gens qui coachent. Mes idées ont parfois pu paraître un peu ringardes, mais en général j'amenais une perspective originale sur les choses. J'aimais sortir de la tendance, notamment au niveau du jeu que pratiquaient la plupart des équipes. Parfois Terry était ravi des mes idées, parfois il ne les aimait pas. C'était une situation où tu donnes et prends ce que tu peux.

Il y a une différence entre les coaching staffs américains et européens. En NBA, il y a plus de monde impliqué. Quelle est la clé pour que les choses fonctionnent bien dans un staff nombreux, avec des personnalités et des compétences différentes ?
John McCullough : C'est une bonne question. Quand je travaillais au niveau universitaire, je n'avais pas le luxe de pouvoir compter sur beaucoup d'assistants. En NBA, tu peux trouver des staffs avec douze coaches de métier. A Portland, avec Terry, il y en avait cinq. Il avait cette volonté de faire participer des coaches plus jeunes dans la profession pour les aider à gravir les échelons. Je n'étais pas l'un d'entre eux (rires). Le plus difficile, et Terry Stotts l'a vécu, c'est de réussir à déléguer les bonnes choses aux bonnes personnes. Le basket est différent du football américain, où on retrouve des coaches spécialisés dans chaque compartiment de jeu, pour les quarterbacks, la défense, etc... Personnellement, je n'aime pas me définir uniquement comme un coach défensif ou offensif. Un coach se doit d'être bon dans les deux concepts. Le jeu va tellement vite qu'il faut savoir s'adapter lorsque l'on passe de l'attaque à la défense et vice-versa. Il faut pouvoir accueillir les suggestions de l'un ou l'autre des assistants, selon lequel va trouver les meilleurs mots pour faire comprendre aux joueurs ce qu'ils doivent faire. A Portland, chaque assistant avec plusieurs responsabilités et ça changeait tous les ans. On pouvait s'occuper de la défense ou de l'attaque selon les moments. On avait aussi chacun un groupe de joueurs dont on s'occupait au quotidien. Le head coach a tellement de responsabilités en dehors du terrain, avec les médias par exemple, que le rôle des assistants est primordial. On se doit de développer une relation avec les joueurs et de les connaître en tant qu'hommes. Il faut s'intéresser à qui ils sont en dehors du terrain pour les aider à développer. Ce sont des enfants pour beaucoup d'entre eux. Mon fils a 36 ans, mais je le considère toujours comme quelqu'un qui est toujours en apprentissage et peut continuer de grandir. C'est pareil avec les joueurs dont on s'occupe, que ce soit sur le plan du basket ou dans la vie. On est là pour leur demander ce qu'il y a de nouveau dans leur vie, comment ils vont... On partage cette responsabilité.

Cette double casquette de scout et de coach, comment se manifestait-elle à Portland ? 
Le scouting dont je m'occupais, que l'on appelle advanced scouting, consistait à superviser l'équipe que l'on allait affronter à chaque match. J'étais en relation avec le département scouting des Blazers pour leur donner mon avis quand je voyais des joueurs qui pouvaient à terme nous intéresser. Ce n'était pas du scouting de prospects universitaire. Bien sûr, on suit ce qui se passe en NCAA, parce qu'on aime ça, et le basket européen aussi. Moi je regardais notre adversaire jouer, j'analysais ce qu'ils faisaient en attaque, en essayant de décrypter leurs systèmes pour aider l'équipe à se préparer pour le match suivant. Pour le reste du scouting, on avait du staff en Europe pour observer les matches.

Vous avez joué en France vers la fin de votre carrière et remporté la Coupe Korac avec Orthez. Qu'est-ce que cette expérience a apporté au coach que vous êtes devenu ensuite ?
C'était une période géniale de ma vie. J'ai été MVP de cette compétition d'ailleurs (rires) ! C'était vraiment l'une des meilleures expériences possibles. Je suis quelqu'un avec lequel il est facile de s'entendre et j'ai simplement absorbé tout ce qui était possible là-bas pour faire partie de la communauté. Orthez n'est pas une grande ville. Je sais que c'est Pau-Orthez désormais, mais à l'époque où j'y étais, ce n'étais que Orthez et c'était comme un petit village, près des Pyrénées. C'est un endroit unique en France. Je me suis fondu dans la communauté autant que possible en essayant d'apprendre la langue. Même si elle est très difficile, je m'en suis sorti. On avait des joueurs français, camerounais, sénégalais, américains, et un coach américain (George Fisher, NDLR). J'ai été traité merveilleusement par les gens et les familles là-bas. Donc quand j'ai commencé à coacher, j'ai voulu absolument avoir des joueurs d'autres pays avec moi pour leur permettre de connaître ce que j'ai vécu là-bas. Donc à la fac, je trouvais des familles pour héberger des joueurs d'autres pays et les traiter comme les Français m'ont traité. Dans les années 80, les Américains étaient déjà considérés comme arrogants quand ils jouaient à l'étranger. On l'est assurément. Mais je ne voulais pas avoir cette étiquette.

J'ai une anecdote pour toi. Quand j'étais là-bas, je suis allé voir Terry et sa femme Jan à Madrid comme je te le disais tout à l'heure. J'ai donc pris le train et en descendant à Madrid et je les ai attendus sur le quai. J'avais une belle moustache, c'était le style de l'époque, avec une veste en cuir, une écharpe classe et un petit chapeau. Ils sont arrivés et se sont mis à me chercher partout en se demandant où j'étais. Puis je suis allé vers eux en leur demandant ce qu'ils faisaient. Je ressemblais tellement à un Français pour eux qu'ils ne m'avaient pas reconnu, j'étais content (rires) !

Ce n'est pas à toi d'aller voir Damian Lillard pour lui proposer d'aller prendre des shoots. Si tu as bien fait ton travail, c'est lui qui viendra te demander si tu peux venir l'aider à prendre des shoots.

La finale 1984 entre Orthez et l'Etoile Rouge, avec John McCullough

Quand vous êtes devenu assistant-coach de Terry Stotts, vous aviez 59 ans mais étiez quasiment un rookie en NBA. Comment cela s'est-il passé avec les joueurs par rapport à cette donnée-là ?
Tous les joueurs ont été à l'écoute et il y avait du respect mutuel à Portland. Que ce soit de la part de LaMarcus Aldridge, du General Manager... Tout est une question de culture au sein de la franchise. Parfois on peut se sentir intimidés par les joueurs NBA parce que ce sont les meilleurs du monde. Est-ce qu'on sera capable de leur apprendre de nouvelles choses ? On le peut en développant une relation avec eux. La plupart des coaches peuvent faire progresser des joueurs à travers des exercices, mais le plus dur est de bâtir une confiance avec un joueur. Ce ne doit pas être à toi d'aller voir Damian Lillard et de lui proposer d'aller prendre des shoots. Si tu as bien fait ton travail, c'est lui qui viendra te voir pour te demander si tu peux venir l'aider à prendre des shoots. 99% des joueurs te respectent. Parfois tu vas faire des bêtises et ils vont en rire, mais c'était une superbe expérience pour moi. J'avais quelque chose à leur offrir et ils étaient prêts à écouter pour devenir de meilleurs joueurs.

Est-ce que vous recommanderiez à des joueurs aujourd'hui de faire comme vous et d'aller à l'étranger pour trouver du temps de jeu. 
La G-League grandit énormément. Les règles universitaires sont en train de changer aussi et c'est différent de l'époque où j'essayais de percer en NBA. Il y a plein d'endroits dans le monde où on peut jouer au basket. Certains ont simplement besoin d'avoir du temps de jeu et de dominer. Mais c'est difficile d'aller à l'étranger et d'être fort. Cela va au-delà du terrain. Il faut aussi s'intégrer, communiquer et trouver sa place. En tant qu'expérience de vie, je continue de le recommander. Avec la G-League qui est plus compétitive, cela peut convenir à certains d'attendre leur tour. Si j'étais joueur aujourd'hui, j'irais quand même plutôt en France. J'aurais aimé rester là-bas plus longtemps, mais je pense que j'étais sans doute prêt à coacher quand ça s'est terminé.

Le programme Jr. NBA Coaches - Online présenté par Gatorade® est hébergé sur OWQLO et propose 12 sessions virtuels en direct de février à septembre pour les utilisateurs de l'application âgés de 16 ans et plus en France. La prochaine session avec l'ancien assistant coach NBA, John McCullough, aura lieu le dimanche 6 mars. Pour plus d'informations, visitez owqlo.comgatorade.com et @NBAFRANCE sur Facebook et Twitter et @NBAEurope sur Instagram.

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