Pourquoi le Jazz de Rudy Gobert et Donovan Mitchell ne peut pas gagner le titre

Pourquoi le Jazz de Rudy Gobert et Donovan Mitchell ne peut pas gagner le titre

Le Utah Jazz a atteint son plafond pour le moment. Incomplète et bombardée de lacunes, cette équipe ne peut pas gagner un titre NBA.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse

Le Utah Jazz pouvait difficilement faire mieux cette saison. Et à tout point de vue. L’équipe de Salt Lake City a terminé en tête de la NBA avec 52 victoires en 72 matches tout en se classant dans le top-4 de la ligue en attaque (4ème) et en défense (3ème). Avec évidemment le meilleur différentiel du championnat (+9 sur 100 possessions), et de loin. Difficile de faire mieux. C’est tout simplement l’un des exercices les plus accomplis de l’Histoire de la franchise.

Pourtant, cette saison laissera un goût amer aux joueurs et aux membres de l’organisation. La faute à une sortie de route en demi-finales de Conférence, comme en 2018 et en 2017. Et pourtant, même s’ils ne se l’avoueront probablement pas, ils pouvaient difficilement faire beaucoup mieux. Ce Jazz ne peut tout simplement pas gagner le titre dans son état actuel.

Un constat partagé par de nombreux passionnés de balle orange. Il y a ceux qui considèrent que les hommes de Quin Snyder sont taillés pour briller pendant la saison régulière sans pour autant hériter du sacro-saint label « d’équipe de playoffs. » Et il y a ceux qui pensent que ce groupe « extrêmement fort » avait la place pour aller au bout. La vérité est probablement à mi-chemin entre ces deux positions. Utah n’est pas juste une puissance d’octobre à avril mais elle n’est pas non plus taillée pour régner sur la NBA.

Rudy Gobert n'est pas le coupable

Rudy Gobert est le premier joueur pointé du doigt. Le Français subit une forme de « haine » irrationnelle de la part de certains éditorialistes US et ça se répercute sur le public. Ses trois trophées de DPOY seraient dévalués sous prétexte que le pivot handicaperait ses coéquipiers en playoffs. Des arguments (erronés) qui reviennent aussi sur le tapis au moment de dresser le bilan de Giannis Antetokounmpo, double-MVP qui n’aurait rien prouvé en playoffs à en croire ses détracteurs.

Mais c’est faux. Le Français n’est finalement pas le problème. Il fait partie du problème. Mais ça va au-delà de sa capacité ou non à défendre contre des adversaires plus petits et plus mobiles que lui. Ça vaut ce que ça vaut mais « Gobzilla » a bouclé les playoffs avec un différentiel positif (+3), même si en forte baisse par rapport à la saison régulière (+10). Il n’a pas été mauvais. Même lors de la série perdue contre les Los Angeles Clippers.

Résumer les échecs de son équipe à un défaut de latéralité du géant serait trop minimaliste. Gobert reste particulièrement mobile pour un être humain de sa taille. Il est athlétique, intelligent et ses longs bras l’aident à contester quasiment tous les tirs, même quand il est pris de vitesse par des joueurs plus petits que lui.

En revanche, ce qui pose problème, c’est le système actuel du Jazz. Tout est construit défensivement autour de la présence de l’intérieur tricolore. Sa présence près du cercle représente un plus considérable. Mais dès qu’il est écarté du panier, les lacunes de la formation sautent aux yeux : est-ce vraiment de sa faute si Joe Ingles, Donovan Mitchell, Jordan Clarkson ou Bojan Bogdanovic prennent des drives dans tous les sens ? Dans une configuration « classique », Rudy Gobert intervient en deuxième rideau pour leur sauver la mise.

Un problème de polyvalence

Sauf que ça ne marche pas quand il est lui-même obligé de couvrir un extérieur derrière l’arc. Les coaches se reposent peu sur le « small ball » pendant la saison régulière. Parce que ce serait bien trop éprouvant pour leurs joueurs. Devoir se coltiner soir après soir des malabars de 115 kilos. La donne est différente en playoffs. Il suffit de tenir le rythme sur une série. Les rotations sont resserrées. Et là, les groupes avec cinq ailiers polyvalents mettent à mal les schémas défensifs de Snyder.

Alors faut-il s’en prendre à Gobert ou au manque d’adaptation de son équipe ? Sans doute un peu des deux. Parce que l’autre vérité, c’est que le pivot All-Star ne fait pas « payer » ses adversaires en scorant sur des défenseurs plus frêles une fois de l’autre côté du terrain. Son arsenal offensif est à des années lumières de celui de Joel Embiid ou Nikola Jokic par exemple.

Les limites du natif de Saint-Quentin seraient bien moins pénalisantes si le Jazz comptait d’autres bons défenseurs dans son roster. C’est un point tellement peu souvent abordé dans cette discussion et pourtant primordial. Royce O’Neal est peut-être le seul « two way player » de cette équipe ! Mitchell – encore plus avec une cheville en moins – Ingles, Bogda et compagnie sont tous des joueurs moyens ou faibles en défense. Depuis quand une franchise va au bout avec si peu de stoppeurs ?

Le Jazz champion ? Une ambition irréaliste

Elle est là, l’erreur. De croire que le Jazz peut gagner. Ce n’est pas réaliste. Trop de signaux indiquent que ce groupe, même très talentueux, est un cran en-dessous des trois ou quatre équipes qui peuvent vraiment prétendre au trophée chaque saison. Les joueurs sont des compétiteurs et c’est compréhensible qu’ils croient en leurs chances. Mais leurs limites sont réelles.

Mitchell et Gobert sont dans les meilleures années de leur carrière. L’effectif est bien fourni avec des vétérans. Le staff est réputé. Et malgré ça, Utah s’est fait sortir par une équipe de Los Angeles privée de sa superstar pour les deux matches décisifs mais aussi de son troisième meilleur joueur (Serge Ibaka). Avancer les blessures de Mike Conley (absent lors des quatre premiers matches) et Mitchell est une manière de se voiler la face. Le Jazz est encore en-dessous.

Même si, là encore, c’est compréhensible que certains aient envie d’y croire. Envie de penser que cette équipe qui pratique du beau basket peut aller au bout. Il y a un côté romantique là-dedans. L’envie de récompenser ceux qui jouent de la bonne manière. Mais tout ça, ça ne veut rien dire.

La tentation du beau basket

Du beau basket est-il forcément du bon basket ? Ou plutôt, est-ce forcément le meilleur basket ? Tyronn Lue se fait souvent allumer parce que le jeu offensif des Clippers est perçu comme « très pauvre. » La balle circule bien par moment mais les systèmes sont effectivement bien moins complexes que ceux du Jazz. Souvent, ça se résume à passer la balle à Kawhi Leonard et à le laisser opérer.

Mais, attention scoop, ce n’est pas synonyme de mauvais coaching. Parce qu’une équipe qui dispose de Leonard, ou LeBron James, ou Kevin Durant, n’a-t-elle justement pas intérêt à jouer comme ça ? Le bon coaching, finalement, c’est aussi le coaching efficace. Faire bouger la balle, créer du mouvement à l’opposé, poser des écrans, jouer les mains-à-mains, tout ça, c’est beau. Mais ça ne remplacera jamais une superstar qui peut faire la différence.

Ah, il est là, le terme clé. Faire la différence. C’est ça le basket. C’est savoir exploiter un avantage pour gagner. Et dans cette ligue, ce sont les superstars qui font la différence. Et ça a toujours été le cas. Et ça le sera encore longtemps. Citer les Pistons 2004 ou les Spurs 2014 (et encore, mauvais exemple !!!!!) revient juste à évoquer les quelques exceptions qui confirment la règle inscrite et répétée saison après saison : pour aller au bout, il faut avoir l’un des 7 ou 8 meilleurs joueurs du monde dans son équipe. Voire l’un des 5.

Rudy Gobert et le Jazz, un manque d’adaptation éliminatoire

Le basket, le plus individuel des sports collectifs

Donovan Mitchell NBA

Ce n’est évidemment pas le cas du Jazz. Alors, oui, ça peut choquer ceux qui ne jurent que par l’aspect collectif de ce sport. Mais là encore, ça revient à se voiler la face. Il y a 11 joueurs par équipe sur un terrain de football. Et pourtant, même dans cette situation, il arrive qu’un talent beaucoup plus fort que les autres fasse la différence. Alors imaginez dans un cadre de 5 contre 5 comme le basket ! Sachant que, justement, le basket, c’est finalement parfois du 3 contre 3 incorporé dans du 5 contre 5.

Pourquoi ? Parce que l’attaque se résume souvent à ça : une succession de mouvements à trois. Un porteur de balle, un gars qui pose un écran sur un autre qui se démarque. Ou un écran sur le meneur pour jouer le pick-and-roll, avec un troisième dans le corner. N’avez-vous jamais remarqué que la grande majorité des exercices travaillés depuis le plus jeune âge implique à chaque fois trois joueurs ?

Dans cette situation, une individualité plus douée que toutes les autres a donc toutes ses chances de faire la différence. Qui pour jouer ce rôle au Jazz ? Donovan Mitchell. Il est le seul vraiment à même de savoir se créer son propre tir au niveau élite. Il faut insister sur le « élite. » Conley, Ingles, Bogdanovic peuvent aussi le faire dans différentes mesures. Mais pas à un certain niveau de compétition, avec des défenseurs de plus en plus forts.

Le Jazz ira aussi loin que Donovan Mitchell peut les porter

Même Mitchell a ses limites ! Il y a trois ans, nous notions que le Jazz irait aussi loin qu’il serait à même de les porter. Pour l’instant, ça reste le second tour. Drafté en treizième position en 2017, l’arrière est un joli « steal » de la part du front office. Mais ce n’est pas un hasard s’il ne dispose pas de la même « hype » que Jayson Tatum et d’autres jeunes joueurs en pleine ascension. Pour l’instant, il reste loin des KD, des Kawhi ou d’un Luka Doncic. Il n’est pas dans le top-10 de la ligue.

Le Jazz aurait besoin d’un deuxième joueur de son niveau en attaque. Le problème, c’est que la deuxième star, à Utah, c’est Rudy Gobert. Une équipe peut très bien gagner un titre avec le Français. Mais pas en tant que deuxième homme. Une équipe peut sans doute gagner un titre avec l’Américain. Mais pas en tant que chef de file. Il en faut un autre entre ceux-là. Mais qui ? La masse salariale est blindée et l’organisation n’attire de toute façon pas les free agents.

Elle est bien trop forte pour tanker et piocher haut à la draft. Les dirigeants ne sont clairement pas prêts de mettre la main sur la superstar qui les fera passer un cap. LeBron James l’a dit maladroitement mais c’est vrai que personne ne rêve du Jazz. C’est pourquoi c’est déjà un très bel exploit de se retrouver parmi les outsiders pour le trophée. Mais le statut de favoris ? Nah, no way. Certainement pas comme ça. La seule chance du Jazz aurait été que de nombreuses stars se blessent. Même là, ça n'a pas suffit. Il va falloir le comprendre et l’accepter pour le moment. Parce que ce n’est pas prêt de changer.

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