Joel Embiid, l’année de la dernière chance avec les Sixers ?

C'est peut-être la dernière occasion pour les Philadelphia Sixers d'aller en finales NBA avec Joel Embiid. Attention, pression.

Joel Embiid, l’année de la dernière chance avec les Sixers ?

Même l’amour fraternel finit par montrer ses limites. Après bientôt dix années passées à Philadelphia, « city of Brotherly Love », Joel Embiid laisse doucement la porte ouverte à un départ. Ce sont des déclarations ponctuelles qui ne sont pas anodines pour autant. Comme lorsqu’il parle de ses ambitions pour sa carrière et évoque « l’envie de gagner, quoi qu’il en coûte, que ce soit à Philly ou ailleurs. » Maintenant qu’il a finalement décroché son trophée de MVP, le titre est devenu le seul et unique objectif. La superstar va avoir 30 ans en mars et le temps presse. Encore plus avec son historique de blessures. Il domine aujourd’hui, il doit gagner aujourd’hui. Que ce soit avec les Philadelphia Sixers, le scénario idéal, ou ailleurs donc.

L'incertitude James Harden

Mais à l’aube d’une nouvelle saison, il devient de plus en plus difficile de classer la franchise de Pennsylvanie parmi les principaux quatre ou cinq favoris au titre. Elle fait plus figure d’outsiders à qui il faudrait un concours de circonstances pour aller au bout. Surtout que l’atmosphère est très particulière à la reprise : les discussions sont pour l’instant essentiellement centrées sur James Harden, All-Star mécontent qui a séché le Media Day avant de finalement se pointer au camp d’entraînement. Il est là mais sans vouloir y être et il espère toujours obtenir gain de cause, à savoir un transfert loin de Philadelphia.

James Harden s’est entraîné, pas de drama pour le moment

Deux ans en arrière, les Sixers étaient dans une situation à peu près similaire avec un Ben Simmons boudeur qui ne voulait plus jouer pour l’organisation. Le staff est différent – Nick Nurse a remplacé Doc Rivers sur le banc – et Harden est au moins présent aux entraînements. Embiid assure que « personne ne se sent distrait » par ce qui se passe à côté mais ce n’est évidemment pas la configuration optimale pour une équipe qui est pourtant mise sous pression : si elle ne va pas au bout, ou si elle ne va pas en finales NBA, elle pourrait perdre pour de bon son joueur emblématique d’une époque.

Les candidats au titre sont censés attaquer la saison avec des certitudes et une atmosphère saine pour se préparer, le tout dans l’idée de monter doucement en puissance jusqu’aux playoffs. Les Sixers, eux, sont dans le doute. Est-ce que James Harden va rester ? Combien de temps va-t-il rester ? Veut-il jouer en attendant ? Dans quelle condition physique sera-t-il au moment d’aborder les matches ? Quelle sera son attitude sur le terrain ? Ses motivations ? Contre qui sera-t-il transféré ? Et ainsi de suite. Pour l’instant, beaucoup de questions et peu de réponses.

Un effectif toujours placé, jamais gagnant

Surtout que même avec Harden, l’effectif a déjà montré des limites. Le barbu tend à se montrer irrégulier une fois arrivé en playoffs. Ses différents pépins aux ischios lui ont fait perdre en explosivité et son jeu au cercle en est affecté. Ses drives sont plus lents, moins tranchants et moins efficaces. Il est par exemple passé de 10 passages en moyenne sur la ligne des lancers-francs lors des playoffs 2020 à 5 en 2023. Les équipes adverses l’encouragent même à aller au panier en lui laissant des lignes de drive. Il se retrouve finalement souvent contraint de se reposer sur son adresse extérieure, fluctuante. Ce qui donne des matches à 45 points un soir et des 1 sur 14 lors du match suivant. Sachant qu’il a (presque) toujours été décevant lors moments les plus chauds des séries les plus serrées.

Tyrese Maxey NBA Philadelphia Sixers

Tyrese Maxey est même devenu le deuxième meilleur marqueur de Philadelphia en playoffs avec 20,5 points par match. Bien qu’intéressant et prometteur, le jeune homme de 22 ans n’a pas non plus eu la progression escomptée par une grande partie du public l’an dernier. Beaucoup l’attendait et le voyait comme un futur All-Star. Il n’en est pas loin, certes, mais il n’y est pas encore. C’est un playmaker médiocre (2,3 passes en playoffs par exemple), un défenseur limité par sa taille (1,88 m), un attaquant pas forcément très efficace (42% aux tirs) et un joueur finalement assez dimensionnel à ce stade de sa carrière. Il va encore passer des caps, bien sûr. Mais les Sixers n’ont pas un certainement pas un « Big 3. »

Même Joel Embiid affiche des limites. Déjà, il est rarement à 100% de ses capacités une fois arrivé en avril. C’est fâcheux. C’est un monstre dominant au poste bas mais ça pousse les Sixers à jouer plus lentement. Il peine aussi à punir sur les prises-à-deux. C’est un meilleur passeur qu’il y a quelques années mais il est parfois hors-timing. Surtout, les Sixers n’ont pas particulièrement le meilleur effectif autour. Il y a des bons joueurs, évidemment, mais la profondeur laisse à désirer.

Les Sixers condamnés à perdre des stars ?

Celle-ci pourrait être renforcée en cas de départ de James Harden. Un deal crédible concernerait par exemple Terance Mann et Marcus Morris, envoyés des Los Angeles Clippers en compagnie de quelques tours de draft. Philly aurait là deux joueurs de rotation supplémentaires en perdant une star malheureuse de sa situation. C’est presque le meilleur deal potentiel – en tout cas pour l’instant – pour les Sixers. Daryl Morey aurait demandé tout l’été un All-Star en l’échange d’Harden mais ça paraît absolument improbable. L’ancien MVP ne fait pas rêver les franchises et encore moins après avoir forcé son départ de ses trois dernières équipes (en incluant un éventuel futur départ de Philadelphia).

Un jeune joueur comme Mann, un contrat expirant et des choix de draft… ça ressemblerait presque à un move effectué par une franchise en reconstruction, ou du moins qui anticipe une reconstruction. Morey peut toujours essayer de refourguer les picks, Mann et d’autres atouts dans un transfert de grande envergure pour essayer de faire venir un autre joueur majeur ensuite mais qui ? Quelle est la prochaine star à demander son départ si ce n’est Joel Embiid ? Les Sixers peuvent probablement essayer d’aller chercher DeMar DeRozan ou Zach LaVine en cours de saison, ou éventuellement Pascal Siakam. Mais est-ce que ça suffirait à faire la différence ?

Pour vraiment que l’équipe ait de l’allure, il faudrait peut-être à la fois DeRozan et Siakam tout en gardant Embiid et Maxey. Ce serait un pari sur une campagne de playoffs en attendant l’expiration des contrats des deux joueurs de Chicago et Toronto. En attendant, un départ d’Harden laisserait probablement les Sixers avec un seul All-Star. Ça représenterait une pression énorme mise sur les épaules de Maxey. Il peut passer un palier, bien sûr, mais de là à s’affirmer comme une superstar… le chemin est long. Les Denver Nuggets ont certes gagné avec un seul joueur « étoilé » sur le papier mais Jamal Murray et Aaron Gordon sont des basketteurs bien plus accomplis que Maxey aujourd’hui.

Joel Embiid, la déception de trop en 2024 ?

Est-ce que Philly peut vraiment viser mieux qu’un second tour avec un roster mené par Embiid, Maxey, Tobias Harris, Kelly Oubre, De’Anthony Melton et Patrick Beverley ? Même en ajoutant James Harden, ça reste léger. Il y a évidemment des interrogations autour des Milwaukee Bucks et des Boston Celtics. Ces deux armadas ont des joueurs sujets aux blessures aux aussi et ils vont devoir développer une nouvelle alchimie. Mais la base est tout de même beaucoup plus solide. Les Bucks ne vont pas toujours se planter au premier tour. Il n’y aura pas constamment une surprise. La majeure partie du temps, les meilleures équipes sont celles qui vont le plus loin. Les Sixers n’ont pas vraiment les armes pour sortir les deux coup sur coup.

MVP NBA Joel Embiid Philadelphia Sixers

Alors se dirige-t-on inévitablement vers une nouvelle sortie de route en demi-finale de Conférence ? Depuis l’arrivée d’Embiid, la franchise a été éliminée à ce stade à cinq reprises et elle s’est fait sweeper une fois au premier round. Elle n’a jamais disputé les finales de Conférence. Et même aller un tour plus loin, est-ce que le Camerounais peut réellement s’en contenter alors qu’il est au sommet de son art ?

Entre temps, les Sixers ont changé deux fois de GM. Ils ont changé deux fois de coaches. Ils ont changé plusieurs fois le supporting cast et les superstars autour du bonhomme. Il a eu Ben Simmons, Jimmy Butler, James Harden, etc. Joel Embiid est le dénominateur commun des échecs. Mais la logique veut que le prochain à partir, c’est lui. Plusieurs insiders autour de la ligue s’accordent à dire qu’une demande de transfert approche. Une nouvelle désillusion en 2024 pourrait le pousser à bout.

« Si chaque saison il se passe la même chose, ça ne nous rapproche pas d’un titre. Ça devient frustrant », notait l’intéressé. En juillet 2024, Embiid sera à deux ans de l’expiration de son contrat, avec aussi une option sur la saison 2026-2027. C’est suffisamment long pour que Philly récupère de très nombreux atouts. Et il ne sera pas encore trop vieux non plus pour être le joueur providentiel de l’équipe à même de le récupérer. D’ailleurs, l’an prochain, aucun joueur des Sixers n’est sous contrat à l’exception des jeunes Tyrese Maxey et Paul Reed (et Embiid bien sûr). C’est la configuration parfaite pour reconstruire. C’est à se demander si ce n’est pas la seule issue possible.