Analyse : Comment Chris Paul et les Clippers ont fait exploser le Thunder

Les Los Angeles Clippers de Chris Paul n'ont fait qu'une bouchée du Thunder cette nuit. Les joueurs d'Oklahoma City a souffert en défense. Analyse.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Analyse : Comment Chris Paul et les Clippers ont fait exploser le Thunder
Ce n’est plus une surprise, le jeu offensif est le point fort des Los Angeles Clippers depuis que Chris Paul et Blake Griffin, deux des dix meilleurs joueurs de la ligue, sont associés sous la même tunique. Selon les données de la base SynergySports, les Angelenos inscrivent 0,99 point par possession en moyenne, ce qui les classe à la deuxième place des équipes les plus prolifiques de la NBA derrière les San Antonio Spurs. Selon NBA.COM, les Clips marquaient 109,4 points sur 100 possessions (les critères de définition d’une possession ne sont pas les mêmes que pour SynergySports) pendant la saison régulière (première équipe NBA). Limiter l’attaque des Clippers à Paul et Griffin est une erreur qui peut s’avérer fatal. Les systèmes offensifs sont diversifiés et les menaces sont variées. Les hommes de Doc Rivers s’appuient sur leur jeu en transition (l’un des meilleurs de la ligue, grâce à Griffin et Jordan, deux intérieurs capables mobiles), sur les pick&roll (avec Paul à la baguette) et sur leurs shooteurs (J.J. Redick, Matt Barnes, Jamal Crawford, etc) pour faire exploser les défenses adverses. Si l’attaque des Clippers n’est pas stéréotypée et donc moins facilement prévisible, les systèmes offensifs partiront toujours du même homme : Chris Paul. Le meneur All-Star est le général de l’équipe sur le terrain, relais de Doc Rivers. Pour vaincre les Los Angeles Clippers, il faut s’assurer de couper la star des autres joueurs et l’empêcher de manœuvrer à sa guise balle en main. Les Golden State Warriors l’ont plutôt bien fait par séquences grâce à la défense physique de Klay Thompson. De quoi donner des indications aux coaches du Thunder, nouvel adversaire de Chris Paul et ses coéquipiers. Pourtant, les joueurs de Scott Brooks se sont fait avoir à chaque fois hier soir.

Le récital de Chris Paul

Bien que blessé aux ischios et au pouce, « CP3 » a su prendre la mesure de la défense passive – ou trop agressive – du Thunder. Le meneur des Los Angeles Clippers a parfaitement profité des espaces laissés par ses adversaires pour arroser à trois-points. [caption id="attachment_152829" align="alignnone" width="640"] Le Thunder a essayé de faire défendre Kevin Durant sur Chris Paul. Plus lent que le meneur des Clippers, "KD" recule légèrement pour anticiper le drive. Bingo pour Paul.[/caption] [caption id="attachment_152831" align="alignnone" width="640"] Les intérieurs des Clippers ont fait un travail de sape titanesque hier soir. Blake Griffin et DeAndre Jordan ont posé des écrans à tout va, de quoi libérer l'espace pour Paul. Bingo, again.[/caption] Chris Paul a marqué face à huit défenseurs différents selon ESPN. Russell Westbrook, Reggie Jackson, Thabo Sefolosha, Kevin Durant, etc. Tous ont tenté leur chance, aucun n’a su contenir la star des Los Angeles Clippers. Les joueurs du Thunder ont d’abord souffert sur les pick&roll incessants, notamment Westbrook, trop agressif – il cherche d’abord l’interception – et trop souvent dépassé. Lorsqu’ils sont passés sous les écrans, Paul les a puni en shootant à trois-points. Lorsqu’ils ont « trappé » à deux, le meneur des Clips a fait tourner la gonfle jusqu’à qu’un shooteur dispose d’un tir ouvert. Il a terminé la rencontre avec 32 points (12/14 aux tirs, 8/9 à trois-points) et 10 passes décisives en moins de 30 minutes. Alors, certes, « CP3 » ne sera pas toujours aussi adroit.
« Je ne sais pas ce qui s’est passé. C’est l’un de ses soirs (où tout rentre). Ce match restera comme l’un des meilleurs de ma carrière. Ne vous attendez pas à ce que je refasse la même chose au deuxième match », expliquait Chris Paul le sourire aux lèvres.
Si Chris Paul marche sur l’eau, le Thunder n’a effectivement aucune chance ou presque. Mais le joueur est bien conscient qu’il ne trouvera pas la mire à chaque tentative. Encore faudrait-il que la défense d’Oklahoma City ne lui laisse pas autant de tirs ouverts. Russell Westbrook a peiné à contenir son vis-à-vis et ses coéquipiers ont donc été contraints de « switcher » sur chaque écran. Et là encore, ils ont soufferts.

Les pick&roll des Los Angeles Clippers

Selon SynergySports, 15,9% des possessions des Clippers se concluent par le porteur de balle suite à un pick&roll. Ils inscrivent 0,92 point par possession dans ce genre de situation, ce qui les classe en première position au sein de la ligue. Pour contrer les pick&roll, les Golden State Warriors de Mark Jackson avaient opté pour une pression physique sur le porteur de balle (au premier tour des playoffs). Le Thunder n’a pas su reproduire le même schéma et les défenseurs d’Oklahoma City ont constamment été débordés sur les pénétrations adverses, comme c’est le cas ici avec Darren Collison qui prend le meilleur sur Kevin Durant (NB : Sur cette action, Russell Westbrook est « caché » en défense, il est chargé de défendre Jared Dudley qui n’a plus vraiment de rôle en attaque à Los Angeles). [youtube hd="0"]https://www.youtube.com/watch?v=FQXxQLUdI_I[/youtube] Mais les intérieurs ne se contentent pas de poser des écrans sur le porteur de balle. Blake Griffin et DeAndre Jordan ont offert une quantité de tirs ouverts à leurs shooteurs suite à un démarquage et à un écran à l’opposé du ballon. Illustrations. [caption id="attachment_152839" align="alignnone" width="640"] Après avoir bénéficié de l'écran de Blake Griffin, J.J. Redick coupe dans le dos de la défense et ressort à l'opposé. Bingo.[/caption] [caption id="attachment_152841" align="alignnone" width="640"] Action similaire avec Danny Granger, excellent dans un rôle de "spot up" shooteur. Il manquera le tir primé mais obtiendra trois LF.[/caption] [caption id="attachment_152845" align="alignnone" width="640"] Est-ce légal de laisser un tel tir ouvert à J.J. Redick ?[/caption] Sur la dernière image, J.J. Redick profite du manque de mobilité de Kendrick Perkins pour arroser directement. On pourrait donc penser que le Thunder a tout à gagner en jouant « small ball ». Scott Brooks a essayé. En vain. Les joueurs d’Oklahoma City se sont exposés à la puissance de Blake Griffin dans de telles situations (nous y reviendront par la suite).
« On a joué avec des grands, ça n’a pas marché. On a joué avec des petits, ça n’a pas marché non plus. On doit faire des ajustements, notamment sur notre couverture des pick&roll », expliquait le coach à The Oklahoman.   « On doit jouer plus physique. Je ne parle pas de faire des fautes. Il faut fermer la ligne de fond, se battre pour recouvrir après les écrans, ne pas les laisser se déplacer librement. Il faut que l’on joue plus physique », ajoute Kevin Durant
Certains fans considèrent – à tort – les Los Angeles Clippers comme une équipe « soft ». Mais hier soir, ils ont fait preuve de beaucoup plus de dureté et d’intensité que le Thunder. En prime, ils ont converti 54,9% de leurs tentatives dans le champ et 51,7% (15/29 !) de leurs tirs derrière l’arc.

Libérer de l’espace pour travailler à l’intérieur

En étirant le jeu de la sorte grâce à cette adresse insolente, les Los Angeles Clippers ont ainsi créée des espaces pour Blake Griffin dans la peinture. Alors qu’on lui promettait un duel plus difficile face à Serge Ibaka et Kendrick Perkins – il n’a converti que 20% de ses tentatives au poste bas contre le Thunder en saison régulière – « Quake » a su tirer son épingle du jeu avec 23 points (à 7 /16), 5 rebonds et 5 passes. Griffin n’a pas forcé. Il a laissé le jeu venir à lui.
« Lorsqu’un gars vous plante cinq ou dix paniers à trois-points sur la tête, vous ne voulez pas le laisser en mettre un autre. C’est à ce moment-là qu’ils ont commencé à donner la balle dans la peinture. Il faut que l’on corrige ça », témoignait Kevin Durant.
Serge Ibaka a la puissance nécessaire pour rivaliser avec Blake Griffin au poste bas, dos au panier. Il est également assez mobile pour ne pas se laisser déborder trop facilement par la star des Clippers. Mais Griffin a de nouvelles options à sa disposition. Son tir à mi-distance est en progression, notamment ce shoot avec la planche à la Tim Duncan à 45 degrés. Il en a rentré deux dès le début de la rencontre. Excentré sur le côté, face au panier, à 4-5 mètres du cercle, Griffin devient très difficile à arrêter. Autre nouveauté, il sait désormais attirer les deux intérieurs adverses sur lui lors d’une pénétration afin d’envoyer DeAndre Jordan, resté proche de la ligne de fond, au alley-oop. Les deux jeunes phénomènes athlétiques sont coordonnées et ils ont trompé plus d’une défense comme ça. [youtube hd="0"]https://www.youtube.com/watch?v=urpgQyq7Bvo[/youtube] Tout n’est pas à jeter pour Oklahoma City. Le Thunder a fait un bon match en attaque en inscrivant 105 points à 46% de réussite. Russell Westbrook et Kevin Durant n’ont pas arrosé. Mais comme nous vous l’avions déjà expliqué, le succès de la franchise ne dépend pas de l’attaque. « KD » et « RW » trouveront toujours un moyen pour marquer des points. La réussite de cette équipe passe par la défense, encore plus face à une armada offensive comme les Los Angeles Clippers. Scott Brooks doit rapidement trouver les bons ajustements. Sous peine de connaitre une nouvelle désillusion.  
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