Longtemps figure centrale de l’identité des Memphis Grizzlies, Dillon Brooks a fini par devenir un problème aux yeux de sa propre franchise. Selon un long reportage d’ESPN, Memphis avait pris la décision de ne pas le conserver en 2023, non seulement pour des raisons sportives, mais aussi par crainte de son influence sur le jeune noyau de l’équipe.
Une rupture nette, bien antérieure à son départ effectif, et qui éclaire d’un jour nouveau la fin brutale de son aventure dans le Tennessee.
Une défiance installée avant même la série face aux Lakers
D’après des sources citées par ESPN, le front office des Grizzlies avait commencé à se détourner de Dillon Brooks avant même sa très médiatisée confrontation verbale avec LeBron James lors du premier tour des playoffs 2023.
À l’époque, ses provocations répétées, son trash talk incessant et ses déclarations publiques avaient fini par inquiéter les dirigeants, qui estimaient que ce comportement devenait une mauvaise influence pour un groupe jeune, encore en construction. Brooks, leader vocal lors de l’ascension de Memphis, était progressivement devenu le symbole d’une équipe jugée trop arrogante, sans toujours être en mesure d’assumer sur le terrain.
Résultat : au moment de la free agency, les Grizzlies n’ont tout simplement fait aucune tentative pour le retenir.
« Il n’y avait plus de confiance »
Avec le recul, Dillon Brooks reconnaît une fracture profonde entre les joueurs et la direction.
« Je pense qu’il n’y avait plus de confiance globale, de haut en bas, entre les joueurs et le front office. On peut le voir aujourd’hui. »
Le Canadien estime même que ce groupe aurait pu rivaliser avec les meilleures équipes de l’Ouest s’il avait été maintenu plus longtemps.
« Si on était restés ensemble deux années de plus, ce noyau serait au même niveau qu’Oklahoma City, dans mon esprit. »
Mais à Memphis, Brooks avait fini par devenir, selon ses mots, le bouc émissaire.
« D’une certaine manière, c’est moi qui ai payé. Ça m’a motivé à devenir meilleur, à montrer que je pouvais jouer partout. »
Houston, une vision totalement opposée
Ironie de l’histoire, ce que Memphis percevait comme un problème est devenu un atout ailleurs. Les Houston Rockets ont recruté Dillon Brooks précisément pour ce qu’il est : un joueur dur, exigeant, et vocal.
À Houston, son attitude a été pensée comme un levier pour structurer un vestiaire jeune, aux côtés de Fred VanVleet et sous la direction d’Ime Udoka. Un pari assumé, qui a coïncidé avec la nette progression des Rockets lors de son passage.
Le jeune arrière Amen Thompson ne cache d’ailleurs pas l’impact qu’a eu Brooks.
« Il a changé la culture ici. Houston l’adore. Pour moi, c’est comme un grand frère. »
Il n’a d’ailleurs aucune animosité après avoir été tradé par les Rockets. Ces derniers l’adoraient, mais avaient la possibilité d’obtenir un joueur du calibre de Kevin Durant.
« Quand vous pouvez avoir un gars comme Kevin Durant, vous le faites. Et ils s’en sortent très bien. Ils n’ont pas plongé (après son départ) - contrairement à Memphis. »
Deux lectures opposées d’un même joueur
Le cas Dillon Brooks illustre parfaitement la subjectivité du leadership en NBA. À Memphis, son comportement a été perçu comme un frein au développement collectif. À Houston, il était vu comme un catalyseur, capable d’imposer des standards de travail et de compétitivité.
Un contraste saisissant, qui rappelle qu’en NBA, l’environnement compte parfois autant que le joueur lui-même. Et aux Suns, où il a atterri après le trade, l'environnement est parfait pour lui.
