Pourquoi Toronto est l’équipe la plus cool de l’Est

Les Raptors sont l'une des grosses surprises de la saison en NBA. Voici pourquoi ils méritent d'être là et d'être regardés.

Pourquoi Toronto est l’équipe la plus cool de l’Est

Si en début de saison on m'avait dit que les Raptors seraient l'une des trois équipes que je préférerai regarder en NBA cette saison, j'aurais cru à une blague. Je m'étais préparé à ranger Toronto dans la case des teams pas dénuées de talent, mais probablement un peu fades et vouées à squatter le ventre mou de la Conférence Est. Bien vu, l'aveugle. A l'approche de la deadline des trades, les Canadiens sont troisièmes de la Conférence Est et clairement à la lutte pour être le dauphin des Pistons. Mieux, ils sont cool et on a envie de monter dans leur wagon.

Vous étiez réfractaires, vous aussi, à l'idée de regarder des matches des Raptors et à les suivre assidument sur une saison ? Il n'y a que les gens qui écoutent de la musique sans casque dans les transports en commun ou dans la rue, ou qui téléphonent en haut parleur dans l'espace public cons qui ne changent pas d'avis.

Voici pourquoi.

Ils ont un DPoY potentiel

Comme pour cette équipe, mes sentiments à l'égard de Scottie Barnes ont beaucoup changé ces derniers mois. Je ne voyais pas vraiment en lui un joueur digne d'un contrat max ou du statut de franchise player, malgré une polyvalence incontestable. Peut-être qu'il fallait mieux regarder, ou attendre que le contexte collectif le rende plus visible. Parce que ce que l'on voit depuis le début de la saison, c'est du très, très haut niveau.

Impossible d'affirmer que Barnes sera l'un des 10 meilleurs joueurs de la ligue à un moment donné. Mais ça ne me semble plus du tout impossible aujourd'hui. Il fait tellement de choses des deux côtés du terrain à un niveau proche de celui des meilleurs, que nier son impact et son ascension serait de mauvaise foi.

Si les Raptors sont l'une des cinq meilleures défenses en NBA aujourd'hui, il y est pour beaucoup. Que ce soit par des actions décisives en la matière ou sur sa constance dans l'excellence et l'implication, Scottie Barnes mérite d'être considéré très sérieusement dans la course au DPoY. Et ce qui est beau, c'est que sa mentalité de facilitateur et de joueur altruiste ne l'empêchent pas d'être également régulier au scoring et de rendre ses camarades meilleurs. Si les choses fonctionnent aussi bien avec Ingram, Quickley et les autres, c'est parce que Barnes est le cerveau de cette équipe des Raptors et fait un peu de tout, très bien (19.5 points, 8.3 rebonds et 5.6 passes à 50%)/

Il lui manque toujours de la fiabilité à 3 points, mais l'ancien de Florida State n'en est pas moins l'un des joueurs les plus fascinants à voir jouer cette saison en NBA. Avec

Ils ont un coach divertissant... et très bon

Le meilleur arsenal de grimaces et expressions faciales de tous les coaches NBA. Et avec ça, il coache diablement bien. Rajakovic a fait progresser l'équipe et son bilan de manière significative sur chacune des trois saisons (celle en cours est la 3e) lors desquelles il a opéré. Passé par OKC et Memphis avec un angle très player development, le Serbe rayonne dans le relationnel avec les joueurs et, surtout, dans sa capacité à leur faire passer un cap individuellement et collectivement.

Le mix entre son pédigrée est-européen et ses années américaines est savoureux. Toronto a développé un jeu absolument pas dépendant de l'adresse extérieure et est l'une des équipes de NBA qui fait le plus tourner le ballon, avec un taux élevé d’assists et une réduction des isolations, comme voulu par Rajakovic. En attaque, c'est fluide et partageur. En défense, c'est agressif et déterminé. Un régal pour les yeux la plupart du temps.

A ce stade, si son nom ne fait pas partie du podium pour le titre de Coach de l'année, ce sera proprement scandaleux.

Des joueurs méconnus mais kiffants

Collin Murray-Boyles ne sera pas Rookie de l'année, ni même peut-être dans le meilleur cinq. Par contre, quel plaisir de le voir défendre comme un dératé, souvent en tandem avec Scottie Barnes d'ailleurs. "CMB" a l'envergure, le sens de l'anticipation, l'intensité et l'endurance pour être l'un des plus forts défenseurs de la ligue sur son poste pour les années à venir.

Jamal Shead, drafté en 45e position en 2024, n'a pas le gabarit (1,83m), ni le style flashy pour faire parler de lui auprès du grand public. Pas les statistiques non plus (7 pts et 5.6 asts à 36.8%). Par contre, impossible de louper le meneur back up lorsqu'il est sur le terrain. Sa combativité et sa qualité de passe l'ont rendu très précieux dans la rotation de Rajakovic. Il ne sera jamais un attaquant prolifique, mais au niveau des choses qui ne se voient pas mais qui changent la dynamique d'un match, Shead vaut plus que la moyenne.

Bon, Sandro Mamukelashvili, aka "Mamu", que je surnomme affectueusement "mon cousin de Géorgie", n'est peut-être pas si "méconnu" que ça. On l'a vu à San Antonio la saison dernière, à Milwaukee avant ça et avec la Géorgie lors du dernier Eurobasket de triste mémoire pour l'équipe de France. Néanmoins, dans une équipe qui joue sans pivot de métier en l'absence de Jakob Poeltl, sa panoplie de stretch 5 qui shoote à 37.5% et prend plus de 5 rebonds par match en jouant 20 minutes, est fort utile.

Ingram, la résurrection

On avait un peu renoncé à l'idée de revoir Brandon Ingram au niveau de ses saisons de calibre All-Star. Il est pourtant aujourd'hui l’une des belles surprises de la saison à Toronto. Sans signer les meilleures statistiques de sa carrière (autour de 21 points, 6 rebonds et 4 passes de moyenne à 46.6%), l’ailier affiche surtout un visage retrouvé. On le trouve particulièrement impliqué après une fin d’aventure terne à New Orleans et une campagne frustrante avec Team USA lors de la Coupe du monde 2023, il semble avoir retrouvé du plaisir dans le cadre posé par Darko Rajakovic. Son intégration aux côtés de Scottie Barnes, Immanuel Quickley et RJ Barrett, pourtant très questionnée, fonctionne. Ingram accepte de partager la création, pèse sans forcer et s’impose comme un maillon essentiel de l’équilibre offensif des Raptors.