Le Process, chronologie de la stratégie du bonheur

Le Process, chronologie de la stratégie du bonheur

Les Philadelphia Sixers vont disputer les playoffs après une période de souffrance. Retour sur ces mois de labeur et de lose qui ont mené à ce retour en grâce.

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
"Sam Hinkie est mort pour nos péchés". La posture christique de l'ancien General Manager des Philadelphia Sixers a pris de l'ampleur ce week-end. Pour la première fois depuis sa genèse, le fameux "Process" s'est matérialisé par des résultats concrets. Philly va retrouver les playoffs, six ans après. Quelle que soit l'issue de cette première campagne, l'avenir à court et moyen terme paraît radieux. Retour sur cette période durant laquelle la franchise de Pennsylvanie a fait le dos rond et essuyé les moqueries et les brimades.

Juin 2013, la Genèse

Les Sixers, 9e à l'Est, manquent de peu les playoffs, un an après avoir perdu en demi-finale de Conférence en 7 matches contre Boston. Le General Manager Tony DiLeo, nommé un an plus tôt, est débarqué. Le vénérable Doug Collins voit lui aussi son bail sur le banc prendre fin. Sam Hinkie, qui avait déjà postulé lors de la précédente intersaison, se voit confier les rênes de la franchise. Hinkie n'est pas connu du grand public. Mais son action comme bras droit de Daryl Morey à Houston lui a permis d'acquérir une réputation de dirigeant moderne tourné vers les "analytics". On ne sait pas encore que c'est un projet un peu différent qui occupe l'esprit de "L'Architecte". Brett Brown, ancien adjoint de Gregg Popovich à San Antonio, est recruté pour occuper le poste de head coach. C'est lors de la Draft que l'action de Sam Hinkie débute. Avec le 11e pick, les Sixers sélectionnent Michael Carter-Williams, le meneur de Syracuse. Les observateurs n'ont pas le temps de tiquer. Jrue Holiday, All-Star de son état, est envoyé à New Orleans contre le joueur drafté en 6e position, Nerlens Noel, gravement blessé au genou quelques semaines plus tôt.

Janvier 2014, la défaite comme identité

On comprend alors que Philadelphie vise la prochaine loterie d'une cuvée où figurent les très attendus Andrew Wiggins, Jabari Parker et Joel Embiid. Pourtant, la saison démarre sur les chapeaux de roue. Sous l'impulsion d'Evan Turner, Thaddeus Young, Spencer Hawes et "MCW" élu rookie de l'année quelques mois plus tard, les Sixers scalpent des équipes comme le Miami de LeBron James et remportent 4 de leurs 6 premiers matches. Le soufflé retombe vite. Dans les semaines et mois qui suivent, Philly perd 26 matches de suite. Un record NBA égalé. Avant de se débarrasser d'éléments un peu trop performants. En février, Evan Turner est envoyé à Indiana (contre un Danny Granger agonisant), Spencer Hawes à Cleveland (contre Earl Clark, Henry Sims et deux tours de Draft). La saison s'achève sur un bilan abyssal de 19 victoires pour 63 défaites. Hinkie est déjà très critiqué. Autant par les fans des Sixers que par les observateurs.

Juin 2014, l'Architecte à l'oeuvre

Après avoir hérité du 3e pick lors de la loterie, les Sixers poursuivent leur opération. Joel Embiid est sélectionné malgré une inquiétante blessure au pied et la rumeur d'une hygiène alimentaire douteuse. Le Camerounais ne jouera pas un match de la saison à venir, ni de celle qui suit... Dans le même temps, Hinkie deale avec Orlando pour récupérer Dario Saric (contre Elfrid Payton). Problème, le Croate n'a pas prévu de quitter l'Europe avant deux ans. La fanbase est interloquée, pour ne pas dire mortifiée. Elle n'a encore rien vu. Philadelphie perd ses 17 premiers matches de la saison. Juste avant la deadline des trades, Hinkie choque tout le monde en tradant Michael Carter-Williams, rookie de l'année en titre. Le butin est maigre : un futur premier tour de Draft. Le terme "process" commence à être utilisé à tour de bras et devient un gimmick dans les travées du Wells Fargo Center. L'initiateur : Tony Wroten, premier joueur à utiliser l'expression "Trust The Process" devant les médias. Le bilan : 18 victoires pour 64 défaites. Tout va bien.

Juin 2015, Hinkie crucifié

A nouveau dotés du 3e pick, les Sixers optent pour Jahlil Okafor (plutôt que pour Kristaps Porzingis). Champion NCAA avec Duke, le jeune pivot est clairement déçu d'être "tombé" si bas et d'atterrir en Pennsylvanie. Okafor est frustré par le niveau de jeu de sa nouvelle formation, qui perd cette fois 18 matches de suite (28 à cheval sur la précédente saison, là aussi un record). En décembre, Jerry Colangelo débarque en ville en tant que conseiller spécial du président et directeur des opérations basket. Une mesure que certains imaginent orchestrée par Adam Silver pour mettre fin au manège de Sam Hinkie, supposément pénalisant pour la valeur marchande de la franchise. En avril 2016, Hinkie publie une lettre de 13 pages (!) pour justifier sa démission. La personnalité complexe et un tantinet torturée du désormais ex-GM, autant adulé que détesté à cet instant, transpire de la missive. Dans un move sans doute prévu de longue date, Jerry Colangelo nomme son fils Bryan en remplacement de "L'Architecte". Dans la foulée, Philadelphie boucle son pire exercice avec 10 victoires pour 72 défaites.

Juin 2016, Embiid vient au monde

L'odyssée se poursuit sans Hinkie, mais sa cote est au plus haut. Le karma commence à être positif entre deux galères. Les Sixers héritent du 1st pick et draftent Ben Simmons, un possible talent générationnel selon la plupart des scouts. L'Australien, blessé au pied durant la pré-saison, ne jouera pas avant la saison suivante. Joel Embiid et Dario Saric font leurs débuts en même temps. Sur les 31 matches qu'il dispute avant d'être mis au repos pour soigner son genou, le Camerounais impressionne et fait comprendre à tout le monde pourquoi Sam Hinkie croyait tant en lui. Philly gagne 18 matches de plus que l'an passé, avec une base de joueurs intéressants autour d'Embiid, comme Robert Covington. RoCo avait été recruté par Hinkie en 2014 alors qu'il n'était qu'un joueur de la défunte D-League.

Juin 2017, la résurrection

Affublés du 3e pick, pour changer, les Sixers montent un trade avec Boston avant la Draft pour récupérer le 1st pick et un futur premier tour. Ils l'utilisent pour recruter Markelle Fultz, censé être le meneur qui manque au Process. Ce dernier ne disputera que 4 matches avant d'être au coeur d'un étonnant imbroglio autour d'une blessure à l'épaule. Durant sa convalescence, l'ancien joueur de Washington perd sa mécanique de shoot et est incapable de retrouver le terrain. Pendant ce temps, Ben Simmons joue meneur et réussit une saison rookie exceptionnelle avec 10 triple-doubles (à ce jour) et des qualités qui en font un All-Star en puissance. Sa relation avec Embiid est prospère et les Sixers, renforcés par un vétéran comme JJ Redick, grimpent les échelons de la Conférence Est jusqu'à la 4e place à moins de 10 matches du terme de la saison régulière.

Juin 2020, le Nirvana ?

Une statue à l'effigie de Sam Hinkie est érigée devant le Wells Fargo Center après le titre de champion décroché par les Sixers face aux Golden State Warriors. Le "hinkisme" est déclaré religion d'état avec près de 12 millions de pratiquants à travers la Pennsylvanie. Le prophète se terre lui toujours dans la Silicon Valley, où il enseigne les bienfaits du tanking à des start-up locales.

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