Victor Wembanyama se cherche encore, mais éblouit déjà San Antonio

DE NOTRE CORRESPONDANT À SAN ANTONIO — Victor Wembanyama apprend vite. Très vite. Le Français a brillé lors de son premier match de pré-saison à domicile, ce vendredi, inscrivant 23 points dans la victoire des Spurs contre le Heat (120-104).

Victor Wembanyama se cherche encore, mais éblouit déjà San Antonio

Victor Wembanyama est encore un projet, mais un magnifique projet. Durant son premier quart-temps contre le Heat, le rookie semblait légèrement désorienté, ne réussissant que 2 de ses 6 tentatives de tirs et n’attrapant pas le moindre rebond en huit minutes de jeu. Puis, la star des Spurs a explosé avec un eurostep en transition, conclu par un puissant dunk à deux mains. Un moment de fascination pour le Frost Bank Center, presque rempli pour la première du phénomène à San Antonio.

Au départ, l’inexpérience de « Wemby » transparaissait clairement — ce qui est tout à fait normal pour un Français de 19 ans qui dispute le deuxième match de pré-saison de sa carrière. Utilisé en aide défensivement, il a parfois semblé hors de position lors des premières minutes. Un peu perdu, même, malgré un contre précoce. Il doit encore s’adapter au jeu de la NBA, à son rythme effréné, à ses joueurs supersoniques, à la géométrie du terrain. « Ce soir, j’ai pu voir tout de suite les domaines dans lesquels je pourrais m’améliorer », a-t-il expliqué après la victoire des siens (120-104).

Mais ensuite, c’est son talent qui a crevé l’écran. Au début du deuxième quart-temps, le phénomène de 2,24 m a remonté la balle comme un meneur, tourné le dos au panier comme un pivot, posé quelques dribbles pour attirer un second défenseur et faire la passe à Devin Vassell, ouvert, qui a aussitôt inscrit trois points pour reprendre l’avantage. « Parfois, quand je reçois la balle, je vois les défenseurs venir vers moi, en oubliant le gars qu’ils défendent. Donc, quand c’est un shooter comme Dev, lui faire la passe c’est l’option facile », a analysé Wembanyama. Le genre d’action unique, totale et réfléchie qui fait l’essence du joueur.

Un nouveau carton contre un Heat diminué

Le premier choix de la draft apprend très vite. Il a rapidement trouvé sa place en défense, se montrant dissuasif à l’intérieur (3 contres), s’imposant un peu plus au rebond et sortant lorsque c’était nécessaire. En attaque, il a continué de faire tourner des têtes, en marquant aussi bien à mi-distance que près du cercle. La pépite des Spurs a déployé toute sa panoplie : fadeaways, pull-ups, dunks, plus encore. « De la soirée, je n’ai annoncé qu’un seul système pour lui », a pourtant confié Gregg Popovich. « Et il a inscrit plus de 20 points, parce que c’est un bon joueur, il comprend comment jouer. » À sa sortie, après 23 minutes sur le terrain, le compte exact s’élève à 23 points à 10/15 aux tirs, 4 rebonds et 4 passes décisives.

Bien sûr, la performance doit être relativisée. Le Heat était privé de neuf joueurs, dont tous ses probables titulaires et la plupart des joueurs de rotation. Sans Bam Adebayo, il était plus facile d’atteindre le panier. Sans Jimmy Butler, il y avait moins de risque de se faire subtiliser le ballon en tournant le dos à la défense. Victor Wembanyama n’a pas eu à contenir des créateurs offensifs exceptionnels. Il s’est illustré contre une équipe B de Miami, envoyée par Erik Spoelstra pour observer la totalité de son effectif. C’était avant tout une occasion d’apprendre.

 

« Avec Victor, le jeu devient si facile. Il attire tellement l’attention que nous sommes complètement démarqués. »

C’était peut-être pour le mieux, car Popovich, lui aussi, reste dans une période d’évaluation.  Il a notamment donné beaucoup de minutes au poste de pivot à son géant, dont le rôle se précise. « Il va évoluer aux deux postes (4 et 5, ndlr) », a annoncé le coach, réticent à se prononcer sur la question depuis le media day. « Ça dépend beaucoup des matchups, des scouting reports des équipes que l’on affronte… ce genre de choses. C’est un joueur très doué qui essaie, très humblement, de trouver sa place. »

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Une synergie évidente avec ses coéquipiers

À deux semaines du début de la saison régulière, le jeu de San Antonio se dessine progressivement. Déjà, la symbiose entre le Français et ses coéquipiers est plus évidente que jamais. Il les sert autant qu’ils l’assistent en retour. Ceux-ci ont appris à jouer avec lui « plus vite que dans n’importe quel autre endroit » où il a évolué auparavant.

Devin Vassell, auteur de 21 points à 6/9 aux tirs (dont 6/7 à l’extérieur), tire pleinement parti de l’espace créé par le magnétisme de Wembanyama. « Avec Vic, le jeu devient si facile. Il attire tellement l’attention que nous sommes complètement démarqués pour une passe vers l’extérieur » a apprécié l’ailier. Tre Jones a su le trouver à plusieurs reprises, en pick and pop — seul shot à trois points réussi par le rookie — ainsi que sur un merveilleux alley-oop. La polyvalence de ses coéquipiers, notamment Jeremy Sochan, de retour, lui a aussi permis de se déployer en défense sans trop se soucier des déséquilibres créés par les changements.

Le prodige des Spurs et son équipe sont encore dans une phase de recherche, mais ils avancent. Individuellement, il y a des défauts à polir, à l’image de ses 4 pertes de balle et ses 4 tirs à trois points manqués sur 5, et ils le seront au cours de ses premières années dans la ligue. Mais pour un diamant brut, Victor Wembanyama brille déjà intensément.

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