Il y a 13 ans, Tim Duncan était expulsé pour avoir trop rigolé sur le banc

Il y a 13 ans jour pour jour Joey Crawford, un des arbitres NBA les plus sulfureux, expulsait Tim Duncan pour avoir trop rigolé sur le banc. Retour sur cet événement qui changea sa carrière et sa vie...

BasketSessionPar BasketSession  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Il y a 13 ans, Tim Duncan était expulsé pour avoir trop rigolé sur le banc

De fils d'arbitre de baseball né à Philadelphie en 1951, Joey Crawford a maintenant atteint le statut d'icône de l'arbitrage NBA. Sa longévité, sa présence lors des plus grands matches de la ligue mais aussi ses décisions, parfois totalement absurdes, lui confèrent un statut d'attraction. Bill Simmons, le Sports Guy d'ESPN, en fait d'ailleurs une "running joke" sur son compte Twitter où il moque les décisions mais aussi l'égo de l'arbitre et le fait que ce dernier se pense souvent être le centre du spectacle, au détriment des équipes.

"Je suis totalement préparé à ce que Joey Crawford laisse Atlanta revenir dans ce match contre les Celtics. Rappelez-vous, nous sommes tous ici pour le voir, lui. N'oubliez pas ça", a tweeté Simmons lors du Game 4 entre les C's et les Hawks.

On pensera ce que l'on veut de cette attitude un peu égotiste de l'arbitre chauve (look adopté en 2005 parce que "ma calvitie ne faisait qu'empirer") mais le #17 a tout de même arbitré, depuis ses débuts en 1977, près de 2 500 matches mais aussi plus de matches de playoffs (près de 280 dont 46 lors des Finales) que n'importe quel arbitre actif. Cette saison encore, il fut impliqué dans 47 matches de saison régulière et a déjà officié dans 3 matches de playoffs lors de cette postseason 2012.

C'est donc une légende de l'arbitrage qui s'est confiée au New York Times dans son édition du 5 mai 2012, se remémorant ses débuts mais contant aussi les multiples histoires ayant jalonné ses 35 années de carrières.

Sur sa notoriété:

"Lors de ma 3ème année, j'étais toujours un gosse. J'avais seulement 28 ans. Lors des matches a LA, on mettait nos vestes d'échauffement à côté de là où se trouvait Jack Nicholson. [...] J'avais l'habitude de capter son regard mais je ne disais rien. [...] Mais là, je le vois et je lui dis "Comment ça va, Jack ?" et lui, il répond "Ça va, Joe ?" et là, j'étais en train d'exploser. [...] Je suis allé appeler ma femme, j'ai couru jusqu'à une cabine téléphonique. Quand elle a répondu, je lui ai crié: "Jack Nicholson me connaît !"

Sur sa réputation de siffleur invétéré:

"Je n'ai aucune idée du joueur à qui j'ai donné ma première technique. Aucune idée. J'en ai donné tellement. J'aime pas dire ça mais, quand j'ai commencé, c'était comme une distribution de bonbons."
"Une fois, j'ai éjecté Don Nelson juste parce qu'il me fixait. Il avait les bras croisés et il me regardait. Il a pris un temps-mort pour le faire. Bon, en y réfléchissant, je ne suis pas trop content de moi sur ce coup-la."

Cette anecdote rappelle aussi l'un des plus absurdes moments de la carrière de Crawford où, lors d'un match entre les Spurs et les Mavs, Tim Duncan se fit expulser du match pour deux fautes techniques pour avoir... rigolé sur le banc aux décisions du corps arbitral. Au milieu du duel texan, Joey s'était pris pour un sherif.

 

 

 

Cet incident lui valut une suspension de la part de la Ligue qui mit fin à 21 saisons consécutives de présence sur les parquets lors des Finales NBA.

"Le truc avec Duncan a probablement changé ma vie. C'était juste que... Ça vous fait réaliser que peut-être la façon dont vous faites les choses n'est pas la bonne et il faut vous remettre d'aplomb, sur et en dehors du parquet."

D'ailleurs, vu sa propension à s'énerver pour un rien (au point de se casser un doigt en signalant une technique contre Bill Fitch) et à siffler des disqualifiantes pour un simple mouvement de zygomatiques, Joey a pris le parti de consulter un psychologue du sport, l'aidant à trouver l'origine de cette animosité.

"Ça vient de mon éducation. C'est une approche que j'ai apprise de mon père. Il suivait le vieil adage ayant cours dans le baseball des années 50 et 60 qui veut que l'arbitre ait toujours raison."

 

Mais, bien sûr, on n'arbitre pas plus de trois décennies dans la Ligue sans nouer des relations plus ou moins amicales avec certains joueurs.

"Charles Barkley a peut-être été le joueur avec lequel j'ai préféré partager du temps sur le parquet. Un d'entre-eux, en tout cas. Il prenait pas mal de fautes techniques mais le truc avec Charles, c'est qu'il ne prenait pas les choses pour lui. Le match d'après était un autre match. J'ai toujours apprecié cela avec lui."

"Moses Malone était aussi l'un des plus drôles.[...] Une fois, un reporter avait fait un Top-10 des arbitres et j'étais dedans. Mon premier coup de sifflet ce soir-là, ça a été une faute au rebond contre Moses. Là, il s'est tourné vers moi et il m'a dit: "C'est pas du tout une décision digne du Top-10". J'ai été obligé de rigoler."

"Ceux qui sont intéressants, ce sont Magic (Johnson), Michael (Jordan) et Larry (Bird) aussi. Ils ne m'ont presque jamais rien dit, de bon ou mauvais. La plupart des joueurs pensent savoir comment arbitrer. En fait, non. Mais ces gars-là, ils me disaient quelque chose vraiment très, très rarement. C'est pas incroyable ? Parce que c'est trois joueurs qui avaient la balle, quoi, 75% du temps ? Ils avaient à se soucier de choses plus importantes."

La vie d'un arbitre NBA est aussi très proche de celle des joueurs, au niveau des voyages incessants et de la logistique à preparer. Mais Crawford a donc dû s'adapter à un nouveau regime de vie, dans les pas d'une ligue plus regardante sur les performances de ses employés.

"Avant, le déjeuner, c'était un gros burger et puis un bout de gâteau plus tard dans l'après-midi. Maintenant c'est un sandwich à la dinde et une sieste avant le match. Nous sommes pesés trois fois pendant la saison, c'est différent."

"Je fumais avant aussi. Comment je savais que la mi-temps était terminée ? Parce que je venais de finir ma deuxième cigarette. Heureusement, ça fait 25 ans que je ne fume plus."

Impliqué dans 3 "Game 7" en Finale NBA au cours de sa carrière, c'est ceux-là qu'il voudra retenir le jour où il décidera qu'il est temps de raccrocher les sneakers.

"Ma carrière a été si merveilleuse. Et dans ces trois matches (1994, 2005 et 2010 - ndlr), les plus importants que vous puissiez arbitrer, on a bien réussi. On a si bien réussi. Vous savez comment je le sais ? Parce que si vous regardez ces trois matches, et que personne ne dit rien à votre propos, c'est le summum."

Au final, voir le #17 s'agiter dans tous les sens et nous la jouer OK Corral fait sans doute partie du decorum NBA et une fois sa retraite prise, il y a fort à parier que les gens le critiquant actuellement seront les premiers à regretter la touche un peu folle d'un arbitre hors-norme. Même ses pires "actions" resteront sûrement à jamais dans la légende...

 

Joey Crawford : "Stern m'a envoyé voir un psy après l'expulsion de Duncan"

La quatrième partie du formidable volet "mental health" de Jackie McMullan sur ESPN est consacrée aux arbitres. Et plus particulièrement à l'un d'entre eux, le célèbre Joey Crawford. Lorsque l'on pense à Crawford, au-delà de son arbitrage très théâtral, l'image de l'expulsion de Tim Duncan, assis sur le banc des Spurs, en 2007 vient forcément. L'intéressé a évoqué les conséquences de cet incident sur sa carrière et ce qui a directement suivi sa mise à l'écart.

"David Stern m'a suspendu pour le reste de la saison. Je pensais qu'il y avait un vrai risque que ma carrière soit terminée. Finalement, Stern m'a ordonné d'aller voir un psychiatre à Park Avenue. Deux fois deux heures par semaine. Ce gars allait déterminer si j'étais fou ou non. J'étais complètement terrorisé. On m'avait déjà mis une amende de 100 000 dollars. Je transpirais dans mon costume. Ce psy n'était pas capable de différencier un ballon de basket d'un ballon de volley. Après deux heures, il me dit : 'OK, nous avons terminé'. J'étais censé revenir, donc je lui ai demandé s'il avait déjà déterminé que j'étais fou. Il m'a dit : 'Vous n'êtes pas fou. Vous êtes passionné par votre travail de façon excessive'. Je me suis dit que je pouvais vivre avec ce diagnostic !"

Joey Crawford a finalement pu continuer d'arbitrer jusqu'en 2016. Non sans faire parler de lui, bien entendu, puisque la maîtrise de ses nerfs a continuellement été un challenge.

Dans ce papier qu'on vous recommande vraiment, Crawford raconte plusieurs épisodes compliqués de sa carrière justement liés à ces problèmes psychologiques. Une perte de contrôle devant Flip Saunders, l'envie de tuer un spectateur qui venait de lui cracher dessus, des colères noires au moment d'analyser ses erreurs et les répercussions sur sa famille...

 

 

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