Avec Kyrie Irving, Boston a peut-être fait le meilleur choix

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Les Celtics ont payé très cher pour le meneur All-Star mais le pari risqué peut s'avérer payant dans les années à venir.

Après de longues semaines de négociations opérées en sous-marin par Danny Ainge, les Boston Celtics ont finalement battu la vingtaine d’équipes intéressées par Kyrie Irving en récupérant le meneur All-Star. Et ils y ont mis le prix. Un autre All-Star, Isaiah Thomas, a été envoyé aux Cleveland Cavaliers en compagnie du combatif et talentueux Jae Crowder, du prometteur Ante Zizic et du très précieux prochain choix de draft non protégé des Brooklyn Nets. Un paquet d’assets libérés pour un basketteur terriblement doué, certes, mais qui ne fait pourtant pas toujours l’unanimité.

Alors il est évident que les Cavaliers ont fait une bonne affaire. Ils sortent renforcés même s’ils ne sont paradoxalement pas beaucoup plus forts. Le banc est légèrement plus profond avec des joueurs dont les profils manquaient dans l’Ohio. Le pick des Nets est une belle assurance en cas de départ de LeBron James et donc de reconstruction anticipée en 2018. Rares sont les organisations à obtenir une telle contrepartie lors du départ d’un All-Star. Si Irving était effectivement prêt à ne même pas se présenter au camp d’entraînement, alors Cleveland a touché le jackpot en se séparant d’un joueur mécontent.

Mais concentrons-nous plutôt sur les Celtics. En lisant les différentes réactions des uns et des autres sur internet, nous nous sommes aperçus qu’une grande partie des passionnés estiment que les dirigeants de Boston sortent « perdants » de ce transfert. Nous allons donc essayer d’analyser, point par point, pourquoi nous pensons que Danny Ainge a réalisé une affaire potentiellement payante.

Commençons par Kyrie Irving et Isaiah Thomas, les deux principaux joueurs échangés. C’est la première fois que deux stars de ce calibre troquent leur uniforme juste après une saison à plus de 25 points par match. Intrinsèquement, « Uncle Drew » est sans doute déjà le plus fort des deux. L’histoire de Thomas – sa taille, sa dernière place à la draft, son relatif anonymat à son début de carrière – fait qu’il a moins été sujet aux critiques que son homologue, premier choix de la même draft après son année universitaire à Duke. Irving a été constamment sous le feu des projecteurs, surtout après le retour de LeBron James à Cleveland. Son jeu a été épié de long en large et ses lacunes sont connues. Mais en talent basket, il n’a rien à envier à Thomas.

Kyrie Irving, déjà un meilleur joueur qu'Isaiah Thomas ?

Les deux sont des scoreurs. Et même sur ce point, Irving est probablement supérieur à son camarade All-Star. Il marquait moins en volume mais lui devait partager la gonfle avec James et Kevin Love. En revanche, il est plus efficace que l’ex-numéro quatre des Celtics. Les pourcentages aux tirs parlent clairement en sa faveur, que ce soit sur la saison dernière (47 et 40 à trois-points pour Irving, 46 et 38 pour Thomas) ou en carrière (45 et 38 contre 44 et 36). L’écart est d’ailleurs encore plus frappant une fois en playoffs. Ceux d’IT plongent à 40 et 33% derrière l’arc alors que Kyrie se maintient à 46 avec un excellent 41% à trois-points.

C’est justement l’un des points marquants retenus par Ainge au moment d’expliquer le trade. Il a notamment rappelé que son nouveau joueur avait déjà fait ses preuves au plus haut niveau du très haut niveau en brillant lors des finales NBA 2016 et 2017. Encore une fois, la taille de Thomas le rend plus facile – même si la tâche est extrêmement compliquée – à contenir qu’Irving une fois que les défenses se resserrent en playoffs. Les limites physiques sont évidentes, d’où sa réussite en baisse.

Des lacunes similaires pour les deux...

Kyrie a moins de limites offensives et il a aussi plus d’expérience… un luxe. Ce n’est pas non plus un moins bon gestionnaire. Les deux affichaient des statistiques similaires alors la passe. Et ce bien que l’ex-starlette des Cavaliers soit essentiellement cantonné à un rôle de finisseur depuis le retour de LeBron à Cleveland. Les meneurs développent généralement le côté maestro après leur troisième année dans la ligue. Lui n’a pas eu cette opportunité. D’ailleurs, sa meilleure saison à la passe (6,1) remonte à la dernière année avant le retour de James. Il n’a pas la vista d’un John Wall ou d’un Chris Paul mais il est un meilleur passeur qu’il n’y paraît. Une théorie que défendait justement Mike Krzyzewski, coach de Team USA et ancien mentor du joueur à Duke. Il sera par exemple intéressant de surveiller de près son éventuelle évolution dans ce domaine maintenant qu’il est sous les commandes d’un tacticien réputé comme Brad Stevens. Il aura de nouvelles occasions de développer sa panoplie tout en gardant beaucoup de libertés offensives.

Défensivement, il n’a rien à envier à Thomas. Là encore. Et c’est peut-être même le contraire. Son point faible dans ce domaine est la conséquence d’un manque d’implication. Irving avait par exemple bien défendu lors des finales 2016. Ou, du moins, il avait assuré l’essentiel. Car il en est tout à fait capable quand il s’en donne les moyens. Isaiah, à l’inverse, n’a pas le corps pour rivaliser avec les meneurs de plus en plus athlétiques qui pullulent en NBA. Il est costaud mais il n’est pas assez grand (encore une fois). La conclusion peut sembler facile mais elle n’est pas pour autant complètement erronée.

... Mais plus de potentiel pour "Uncle Drew"

En plus d’être déjà plus fort, Kyrie Irving est surtout plus jeune. Comme le dit Ainge, « ses meilleures années sont devant lui ». A 25 ans et après avoir appris dans l’ombre du King, il est prêt à exploser. Nous n’avons certainement pas encore vu le meilleur du bonhomme. Sa marge est intéressante. Par contre, il est peu probable qu’Isaiah Thomas, 28 ans, continue de progresser sensiblement. Nous avons justement peut-être même déjà vu son meilleur niveau.

« IT » se rapproche de la trentaine et il sera candidat à un contrat maximum en juillet 2018. Quitte à payer un joueur un paquet de billets sur une longue durée, autant que ce soit Irving. En offrant le jackpot à Thomas – qui a répété plusieurs fois vouloir faire sauter la banque dès qu’il sera libre – les Celtics seraient contraints de miser sur le petit meneur pendant au moins quatre ou cinq ans. Et sans cette fameuse marge de progression, il est peu probable qu’il devienne le joueur capable de les faire gagner un titre. Pour Irving, il y a encore cet espoir. Il est d’ailleurs encore sous contrat jusqu’en 2019. Boston a donc acquis un meilleur joueur tout en s’offrant plus de flexibilité financière.

Les Celtics misent beaucoup sur Brown et Tatum

C’est vrai que les Celtics ont payé le prix cher, ce que soulignent la plupart des observateurs. Mais il fallait bien utiliser les assets à un moment ou un autre et Kyrie Irving vaut sans doute plus le coup qu’un Paul George en fin de contrat ou Jimmy Butler. Avec le pick des Lakers et d’autres choix de draft à venir, la franchise du Massachusetts a de toute façon d’autres assets en stock.

La perte de Jae Crowder est plus fâcheuse. Le joueur adorait Boston, comme Thomas. Il était peut-être même le joueur le plus important de l’effectif. Aucun autre basketteur des Celtics affichaient un meilleur Net Rating que l’ailier polyvalent au cours des deux dernières saisons. Il a été sacrifié. Mais Ainge avait trouvé ses successeurs avant de s’en séparer. Car avec Jaylen Brown, Marcus Morris et Jayson Tatum, Brad Stevens a largement de quoi compenser le départ de Crowder.

Le staff croit énormément en ses jeunes. Brown est prêt à occuper un rôle de joueur de complément au sein de la rotation. Notons bien qu’il ne s’agit même pas d’un statut de cadre mais bien d’un mec solide des deux côtés du terrain sur 25 minutes. C’est largement à sa portée après une première saison intéressante. Tatum a lui le potentiel pour s’imposer comme le meilleur joueur d’une cuvée de rookies très chargée. Il ne sera peut-être pas le favori pour le ROY. Temps de jeu et responsabilités obligent. Mais il ne serait pas étonnant qu’il passe au moins 25 minutes par match sur le terrain lui aussi. Et il a déjà la maturité pour contribuer au scoring.

Une équipe taillée pour gagner... bientôt

Avec Kyrie Irving à la baguette, Gordon Hayward en seconde option, Jaylen Brown en soutien défensif, Marcus Morris et Al Horford pour fluidifier le tout, Boston a un cinq franchement sexy. Le banc n’est pas en reste. Terry Rozier et Marcus Smart forment un backcourt remplaçant de qualité. Jayson Tatum sera lui une vraie option offensive face à des secondes unités. Guerschon Yabusele aura lui visiblement sa chance dans la raquette.

Les Celtics seront peut-être trop juste pour faire tomber les Cavaliers en 2018. L’effectif a été remanié et il y a des automatismes à retrouver. En revanche, la franchise peut s’affirmer comme le principal rempart aux Warriors dès la saison suivante. Avec Irving, elle a trouvé un joueur plus jeune dont la trajectoire s’aligne avec celles d’Hayward, Tatum et Brown. Leur fenêtre de tir s’étend désormais au-delà de celle de Golden State. Des constats encore plus forts si LeBron James venait à quitter Cleveland l’été prochain.

Le pari est risqué, c’est indéniable. Mais s’il est payant, les Celtics pourront peut-être chopper le gros lot.