Myles Turner, la tête et les jambes

Myles Turner n'est pas seulement l'un des jeunes intérieurs les plus doués de la ligue. Le joueur de 20 ans, protégé de Larry Bird, a une personnalité qui devrait le mener très loin.

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Myles Turner, la tête et les jambes
2 février 2016. Les Pacers mènent de deux points à 4 minutes de la fin contre les Cavs. LeBron James hérite du ballon et, l'air décidé, démarre l'un de ces drives surpuissants dont il a le secret. Décidé à marquer les esprits avant le money time, le "Chosen One" monte au dunk, prêt à écraser le cercle. L'un de ses moves favoris pour refroidir le public adverse. A son côté, surgit Myles Turner, dont le bras droit vient balayer la tentative du "King" et plaquer l'espace d'une seconde la balle entre la planche et le cercle. La foule rugit, les deux commentateurs de NBA TV s'enflamment, choqués de cette scène inhabituelle. Ce n'est pas tous les jours qu'un rookie vient scotcher le meilleur basketteur du monde. L'action fait évidemment le tour du web et Turner gagne le droit de ne pas être oublié à l'avenir, quelle que soit la trajectoire de sa carrière. Que l'on ne retienne qu'une action de lui au détriment de sa future oeuvre, c'est pourtant très exactement ce que ne veut pas Myles Turner. Le Texan a beau être issu d'une génération qui adule les highlights et tout ce qui permet de passer à la postérité, c'est à autre chose  qu'il aspire : la grandeur et le succès. http://www.dailymotion.com/video/x4n5gmd_myles-turner-rejects-lebron-james_sport [caption id="attachment_325207" align="alignright" width="318"] Myles Turner a les lunettes de Lilian Thuram et l'assurance de Larry Bird.[/caption] Après une seule saison en NBA, malheureusement tronquée par une fracture au pouce qui l'a privé de 22 matches, le n°11 de la Draft 2015 a déjà rendu ses rêves crédibles. Statistiquement, puisque c'est  le paramètre-étalon aujourd'hui, l'intérieur de 20 ans n'a pourtant pas détonné en comparaison du poids lourd de la cuvée, Karl-Anthony Towns, ou même du turbulent Jahlil Okafor. Mais il faut évidemment creuser et ne pas s'arrêter à ses déjà très honorables 10.5 points et 5.5 rebonds de moyenne. [superquote pos="g"]"Je me vois bien devenir un joueur très dominant dans cette ligue"[/superquote]Lorsque Frank Vogel, remplacé durant l'intersaison par son adjoint Nate McMillan, lui a fait confiance, Turner a prouvé qu'il n'était pas n'importe quel rookie et que son QI basket élevé et son impact des deux côtés du terrain compensaient très largement l'inexpérience due à son one and done avec la fac de Texas. A l'aise à mi-distance, énergique et solide physiquement, l'intéressé combine des qualités finalement très modernes (la capacité à étirer le jeu) et d'autres beaucoup plus vintages et académiques. De quoi, de son propre aveu, lui permettre de rapidement prendre du galon en NBA. Et le garçon ne manque vraiment pas d'assurance.
"Je me vois bien devenir un joueur très dominant dans cette ligue un jour et même très bientôt. Avec mon éthique de travail et ma motivation, j'ai le sentiment de ne pas vraiment avoir de limites. Je pense pouvoir progresser constamment dans tous les aspects du jeu. Les gars de Team USA (côtoyés durant l'été puisqu'il faisait partie de la team de sparring-partners formée pour donner le change aux hommes de Coach K durant leur préparation, NDLR) sont sans cesse en quête d'amélioration et je veux moi aussi faire partie de cette catégorie", a-t-il prévenu dans un entretien accordé à Basketball Insiders.
[superquote pos="d"]"Myles est même meilleur que ce que je pensais avant de le drafter". Larry Bird.[/superquote]Dans la bouche de bien d'autres jeunes joueurs, de tels propos auraient pu paraître arrogants et déclencher des critiques assez saignantes. Mais Myles Turner a l'éloquence et le charisme suffisants pour être pris au sérieux et considéré comme un jeune homme lucide. C'est d'ailleurs pour cette raison que Larry Bird a insisté pour que son GM Kevin Pritchard le drafte. "Larry Legend" aime les joueurs capables de retranscrire leur assurance sur le terrain comme lui le faisait en son temps. Le président des Pacers s'est vite amouraché de l'ancien joueur des Longhorns en NCAA et ne s'en cache plus.
"Myles est même meilleur que ce que je pensais avant de le drafter. Il est excellent et surprenant. Par exemple, je considère que c'est un shooteur d'élite. C'est même le meilleur shooteur de notre équipe selon moi. Il est plus adroit que la plupart de nos spécialistes à 3 points. En tout cas en théorie et sur son potentiel.  Je sais que ça surprend quand je dis ça, puisqu'on parle d'un garçon de 2m11. Mais il a les mêmes qualités que LaMarcus Aldridge avec cette faculté à s'éloigner brusquement du panier pour placer des jump-shots. C'est ce qui rend LaMarcus spécial et va aider Myles à le devenir", a prévenu le Hall of Famer dans l'Indy Star.
[caption id="attachment_288791" align="alignleft" width="318"] Larry Bird est fan du jeu et de la personnalité de son protégé.[/caption] Se calquer sur le niveau offensif du All-Star des Spurs ne peut pas être une mauvaise idée. Surtout que sur ce qu'il a laissé entrevoir, Turner a des qualités naturelles en défense supérieures à celles de l'ancien Blazer, tout du moins au début de sa carrière. Mais c'est aussi et surtout parce qu'il ne veut plus avoir à gérer de surdoués indisciplinés et incontrôlables comme Lance Stephenson que Bird se focalise sur des profils plus stables. Avec Myles Turner, il ne pouvait pas rêver mieux. Le numéro 33 d'Indiana est plus du genre à rendre visite à des centres pour enfants handicapés et à participer à toutes les actions caritatives de la communauté locale qu'à écumer les boîtes de nuit.
"Ce que j'aime à Indianapolis, c'est que c'est une ville qui n'est pas flashy et où les gens sont des bosseurs. C'est appréciable parce que cela me permet de me concentrer uniquement sur mon jeu sans qu'il y ait de distractions. Tout le monde aime le basket ici, que ce soit la NCAA, les matches de lycée ou la NBA. Je viens du Texas où le football est roi, donc c'est une nouveauté qui me fait vraiment du bien".
[superquote pos="g"]"Le titre n'est pas impossible, même dès cette saison"[/superquote]Il n'y a pas que sur le plan individuel que l'intérieur de 2m11 a des aspirations très élevées. Malgré les petits chamboulements estivaux (les départs de Frank Vogel, Ian Mahinmi, Jordan Hill et Solomon Hill + les arrivées de "Big Al" Jefferson, Aaron Brooks et Thaddeus Young), Myles Turner voit son équipe surprendre et peut-être même coiffer tout le monde sur la ligne.
"On veut finir dans le top 3 à l'Est. Sur le papier, nous avons du talent. Mais l'important sera notre cohésion. On rêve tous de gagner le titre et je ne vois pas pourquoi ce serait impossible, même cette saison. Tout le monde peut dire ça pour faire plaisir aux fans et ne pas réellement le penser, mais je suis quelqu'un de naturellement très confiant et ambitieux. Avec Nate McMillan, on devrait jouer un peu plus offensif et courir davantage. C'est ce que voulait la direction et c'est assez excitant de voir ce que cela donnera".
On suivra de très près la saison des Pacers et l'évolution de Myles Turner. On vous conseille d'en faire autant. Paul George décidera peut-être dans deux ans et demi que la Californie lui manque et que son séjour à Indianapolis a suffisamment duré. Il ne restera pas uniquement aux Pacers leurs yeux pour pleurer. Myles Turner sera là pour être le nouveau visage de la franchise et l'incarner pour les années à venir.  
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