Heat 2012, Warriors 2017 : Pourquoi faut-il détester les super teams

Les "super teams" sont le thème du moment en NBA. Et si le mot détester est peut-être un peu fort, je préfère les équipes construites autrement, quitte à ce qu'elles ne gagnent jamais.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Edito
Heat 2012, Warriors 2017 : Pourquoi faut-il détester les super teams
Damian Lillard n’aime pas les « super teams ». Et j’aime bien Damian Lillard. Une première raison de ne pas aimer les « super teams ». Pour lui, c’est une question de fierté. Il ne critique pas les joueurs qui quittent leur franchise pour rejoindre d’autres stars. Il se contente de parler de lui.
« J’ai dit que c’était quelque chose que je ne me voyais pas faire. On joue pour gagner et si des gars sont prêts à faire ça pour gagner, si c’est ce qu’ils veulent, ça me va. Ce n’est pas contraire aux règles. On ne peut pas leur en vouloir. Je dis juste que je préfère construire avec mon équipe que de rejoindre une ‘super team’. »
Lillard a un côté mec à l’ancienne. Et moi aussi. J’aime bien Kevin Durant. Je n’ai pas apprécié sa décision de rejoindre les Golden State Warriors mais je suis quand même intrigué à l’idée de voir toutes ces stars jouer ensemble – ce qui valide quelque part du même coup l’intérêt d’avoir des « super teams » en NBA. Dans sa justification, la star des Blazers parle de « construire », c’est ça qui me plaît. Le temps est une notion importante dans l’emploi du terme construire dans ce contexte. C’est comme si construire indiquait d’ores-et-déjà qu’il s’agirait d’un long processus marqué par des échecs, des erreurs, des réussites, des ajustements et des petites pièces qui se juxtaposent jusqu’au moment où une équipe finit par prétendre au titre NBA. [superquote pos="d"]On sait d'avance qui va disputer les finales avant même le début de la saison... [/superquote]C’est ce que j’aime faire quand je joue à NBA 2K en mode « Association ». Je ne prenais pas les Boston Celtics ou les Los Angeles Lakers dans NBA 2K10, je prenais les Denver Nuggets pour bâtir une équipe autour de Carmelo Anthony, sans jamais chercher à faire venir un autre joueur de sa trempe (de mémoire, j’ai eu Michael Beasley en lieutenant). Je jouais avec les Chicago Bulls de Derrick Rose et Joakim Noah dans NBA 2K11, pas avec le Miami Heat – équipe largement favorite des utilisateurs en ligne à cette époque. Il m’est aussi arrivé de choisir des équipes toutes pourries pour construire autour d’une star prometteuse. Bon, dans les faits, une équipe ne met jamais longtemps à se hisser vers le titre NBA. C’est rarement le résultat d’un long processus. Michael Jordan a attendu sept saisons avant d’être sacré pour la première fois mais son premier titre est survenu quatre ans seulement – et c’est déjà long – après l’arrivée de Scottie Pippen dans la ligue. Les Spurs ont remporté leur première bague dès la deuxième année de Tim Duncan en NBA. Limite, les Warriors, aujourd’hui critiqués par une partie des fans, sont peut-être ceux qui ont le plus misé sur cette construction progressive en draftant Stephen Curry en 2009, en swapant Monta Ellis pour Andrew Bogut, en sélectionnant ensuite Klay Thompson et Draymond Green, en signant Andre Iguodala, en nommant Mark Jackson puis Steve Kerr sur le banc de la franchise, etc. Remporter un titre NBA nécessite au moins deux superstars et il est rare d’avoir l’opportunité d’en sélectionner deux à la draft. C’est pour ça que je trouvais cette équipe du Thunder tellement sexy. Elle aussi, quelque part, était un peu à l’ancienne. Un peu à l’image de ces équipes des 90’s où deux, trois All-Stars défendaient les mêmes couleurs sans avoir des allures de « super teams » construites pendant la FA. Je vibre devant des Charlotte Hornets avec Eddie Jones, Baron Davis et Anthony Mason, des Sacramento Kings avec Vlade Divac, Chris Webber et Jason Williams, des Portland Trail Blazers avec Rasheed Wallace, Bonzi Wells et Scottie Pippen, des Wizards avec Rod Strickland, Mitch Richmond et Juwan Howard, des Dallas Mavericks avec Michael Finley, Steve Nash et Dirk Nowitzki, des Milwaukee Bucks avec Ray Allen, Sam Cassell et Glenn Robinson, etc. Il y avait des stars un peu partout et c’était sympa. Vous noterez qu’aucune de ces équipes n’a jamais rien gagné. C’était plus « charmant » que des équipes comme le Heat des Three Amigos ou les Warriors actuels. Plus « charmant » car plus de défauts, de la même façon que le charme dégagé par une femme/un homme peut prendre le dessus sur une plastique bien foutue mais imparfaite. [superquote pos="d"]Entre 84 et 99, tous les champions NBA avaient pour meilleur joueur une star draftée par la franchise[/superquote]Entre 1984, l’arrivée de Michael Jordan en NBA, et 1999 (inclus), toutes les équipes championnes avaient pour superstar un joueur qu’elles avaient elles-mêmes sélectionnées à la draft. Entre 2000, le premier sacre des Los Angeles Lakers, et 2016, 10 des 16 champions NBA ont remporté le titre avec comme meilleur élément un joueur drafté par le vainqueur. Mais il y avait déjà des « super teams » dans les années 80 et 90. Les constructions, toujours le même terme, étaient légèrement différentes, les sommes dépensées étaient différentes et la médiatisation était différente… tout simplement parce que c’était une époque différente ! Nous sommes à l’ère des réseaux sociaux. Chaque décision est analysée, scrutée, discutée, débattue, etc. Tout doit aller vite, et construire une « super team » est l’assurance d’être rapidement en position de gagner. De quoi fatiguer un mec à l’ancienne. Pour en revenir au débat du jour, il y a effectivement une conséquence néfaste des « super teams » que je n’ai pas encore évoqué : le suspense. Prenez 1000 personnes qui suivent la NBA avec attention et plus de 750 d’entre elles peuvent deviner dès maintenant les (ou trois des) quatre franchises finalistes de Conférence en juin prochain (Clippers, Warriors, Cavaliers et Pacers, vous me suivez). Une finale NBA Cavaliers – Warriors semble même inévitable, et ce pour la troisième année de suite. Des stars éparpillées un peu partout aux quatre coins du pays assurent peut-être un peu plus de suspense. Disons, qu’il y aurait au moins quatre ou cinq vrais prétendants au titre plutôt que deux, et c’est déjà plus attirant. Mais la saison dernière était bien l’une des plus palpitantes de l’histoire et elle s’est achevée au terme d’un Game 7 dantesque après tout. Au final, votre point de vue sur les « super teams » en dit sans doute un peu sur votre personnalité. Les plus nostalgiques les verront d’un mauvais œil. Les autres les apprécieront comme un phénomène d’époque.
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