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Tom Thibodeau, quelles erreurs à la tête des Wolves ?

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Président et coach des Minnesota Timberwolves depuis 2016, Tom Thibodeau a été démis de ses fonctions par le propriétaire de la franchise cette nuit.

Tom Thibodeau n’a pas survécu à la crise du début de saison quand les différents dysfonctionnements des Minnesota Timberwolves ont été exposés au grand jour à la suite de la demande de transfert de Jimmy Butler. La franchise a mis de longues semaines à se sortir d’une situation délicate et, malgré le départ de l’arrière All-Star, il semblait clair que Thibodeau avait perdu la confiance du propriétaire Glen Taylor. C’est finalement presque deux mois après que l’entraîneur-dirigeant a été mis à la porte.

Le divorce est donc acté. Il était attendu. Une série d’incohérences et de mauvais choix de Thibodeau, tout aussi bien avec la caquette du coach ou celle du Président, ont mené à son éviction. Nouvelle preuve qu’assurer les deux rôles en même temps peut souvent poser problème en NBA.

Mais avant de revenir sur les erreurs qui ont jonché son court parcours aux commandes de l’organisation, essayons de nous replonger dans le contexte au moment de sa nomination. 2016. Minnesota venait de boucler une saison avec 29 victoires, 13 de plus que la précédente, et possédait dans ses rangs l’association de jeunes joueurs la plus prometteuses de la NBA. Du moins cela semblait être le cas à l’époque. Andrew Wiggins était encore un sophomore à plus de 20 points par match. Karl-Anthony Towns, le premier choix de draft en 2015 et rookie de l’année quelques mois plus tard, faisait figure de superstar de demain. Zach LaVine claquait 14 pions à 38% derrière l’arc pour sa deuxième année dans la ligue. Puis est arrivé Kris Dunn, excellent à la fac. Les Wolves étaient comparés au Thunder de l’époque de Russell Westbrook, Kevin Durant et James Harden – à leurs débuts évidemment.

La plupart des analystes faisaient de la franchise un futur candidat aux finales de Conférence, et peut-être même plus. Tout ce qu’il manquait à ces jeunes loups était un coach pour sublimer tous ces talents. Tom Thibodeau a donc débarqué avec sa réputation – encore flatteuse malgré son renvoi des Chicago Bulls. Pour beaucoup de passionnés, les taureaux ont eu tort de le licencier. Il était même carrément perçu comme l’un des meilleurs entraîneurs de la ligue par certains.

Et il y a des moments où ce fut vrai – il a d’ailleurs été nommé COY en 2011. Sauf que la ligue a énormément – c’est un euphémisme – évolué, et de façon brutale, en quelques années. Thibodeau, lui, a manqué le wagon. C’est un coach « old school ». Et dès 2016, au moment où les Golden State Warriors assommaient la ligue, lui était déjà dépassé.

Des systèmes démodés

L’ironie, c’est que son CV à Chicago laissait croire qu’il était un excellent coach défensif. Encore une fois, oui, ce fut le cas avant. Mais il s’est entêté à conserver les mêmes systèmes alors que la ligue avait changé. Résultat, les Timberwolves – dont les joueurs sont aussi à blâmer évidemment – ont terminé 27ème puis 25ème au classement des défenses les plus efficaces de la NBA. Ils occupent cette saison la 17ème place. Avec ses principes, qui sont les mêmes que ceux qu’ils faisaient adopter à ses joueurs avec les Bulls, Thibodeau laisse ses adversaires prendre de nombreux tirs à trois-points, souvent ouverts. Parce qu’il a pour stratégie de renforcer au maximum le côté du terrain où se trouve le porteur de balle. Sauf qu’avec des circulations de ballon de plus en plus accrue, les adversaires des Wolves trouvaient facilement des positions idéales.

Ce n’est plus la NBA de 2010, quand Kobe Bryant ou Carmelo Anthony usait isolation sur isolation. Mais ça, il ne l’a pas appliqué. Et son équipe en a payé le prix. Sur le même ordre d’idée, il a insisté dans l’idée d’aligner deux vrais intérieurs de formation sur le terrain. Ça aussi, c’est dépassé. KAT pourrait briller au poste cinq, avec un ailier fuyant autour de lui. Mais non. Il l’a associé à Taj Gibson ou Gorgui Dieng. L’attaque des Timberwolves était assez stagnante, centrée essentiellement sur des isolations et des tirs à mi-distance. Résultat,  Towns shootait souvent moins de dix fois sur quelques matches. De quoi ralentir sa progression. L’arrivée de Jimmy Butler l’an dernier a aidé la franchise à gagner en efficacité de ce côté-là. Mais ça manquait d’une identité forte en adéquation avec le basket moderne.

Recruter tous ses anciens joueurs

Ils ont carrément été surnommé les  « Timberbulls ». Tom Thibodeau fait confiance à ses hommes alors il les a tous fait venir – ou presque – au sein de sa nouvelle franchise. Avec des fortunes diverses. Jimmy Butler, Luol Deng, John Lucas III, Taj Gibson, Aaron Brooks, Derrick Rose… C’est dans ces moments-là qu’on sent qu’un coach n’est pas nécessairement fait pour aussi être GM. Bon, on le remercie d’avoir relancé D-Rose.

Mais notons tout de même que Thibs craignait de signer l’ancien MVP, de peur de devoir le resigner au maximum en 2018. Comment pouvait-il penser que Rose, après son passage catastrophique aux Cavaliers, serait encore un joueur au max à l’été 2018 ? Aucun autre club que les Wolves ne lui ont proposé un contrat pendant l’intersaison. Il a signé pour un an de plus au minimum. Même avec sa très belle saison, il ne touchera pas le max en 2019. Quel décalage avec la réalité, une fois de plus.

Les prolongations d’Andrew Wiggins et Gorgui Dieng

Là, il y a encore débat. On peut se demander si c’était vraiment une erreur. Wiggins traîne son contrat comme un poids mort et son salaire va handicaper la franchise pendant encore quelques années s’il ne hausse pas son niveau de jeu. Parce que les jeunes joueurs, justement, ils ont stagné au côté de Tom Thibodeau. Wiggins comme Towns (ou Tyus Jones). Mais le dirigeant n’avait peut-être pas vraiment le choix à l’époque. L’ailier canadien voulait sa thune et il touchera encore 33 millions de dollars en 2023. Ça fait un paquet de sous pour un jeune joueur unidimensionnel qui plafonne à 17 points par match cette saison.

Gorgui Dieng a pris 64 millions sur quatre ans. Il ne joue quasiment plus – encore un dont la progression a été soudainement freiné – et son contrat en fait un joueur quasiment impossible à transférer sans lâcher un asset (tour de draft) dans le deal.

Son attitude avec Jimmy Butler

Butler voulait partir alors il s’est comporté comme un c**. Thibodeau, lui, n’a pas bronché. Il a assisté aux scènes sans oser prendre la décision qui semblait de toute façon inévitable. Il s’est entêté à essayer de garder l’arrière. Parce que l’affectif était entré en jeu, ça se comprend. Mais quel message est envoyé à Karl-Anthony Towns et Andrew Wiggins, deux cibles de Butler, dans le même temps ? Les deux étaient méconnaissables pendant les longues semaines qui ont précédées le transfert du garnement à Philadelphia. Comment avoir la confiance de ses hommes après avoir supplié leur bourreau de rester ? Alors que KAT avait fait comprendre qu’il voulait le voir partir…

Thibodeau a réussi à récupérer une contrepartie intéressante pour Butler. Mais au final, il a lâché Kris Dunn, Lauri Markkanen et Zach LaVine pour Robert Covington et Dario Saric (en compilant le transfert qui a amené Butler aux Wolves). Tout ça pour un petit tour de playoffs l’an dernier. Pas sûr que ça valait le coup. Et après ça, pas sûr qu’il retrouve de suite une place sur un banc de touche en NBA. Pas en tant que coach principal.