Frédéric Yangpar Frédéric Yang    

Si le jeu tend à être de plus en plus physique, l’adresse reste l'un des fondamentaux clés du basket, si ce n’est le plus important. Pour vous aider à améliorer ce qui pourrait bien être votre arme fatale, nous vous proposons des astuces avec la participation de Yacine Aouadi, coach en Nationale 1 Féminine.

Le tir est l’un des premiers fondamentaux que l’on apprend en école de basket. Si vous avez joué en club dès votre plus âge, vous vous souviendrez des principes de base que vous ont appris vos éducateurs.

Rappel des fondamentaux du tir

- Alignement coude-épaule-poignet : Pour s’assurer que la trajectoire du tir est bien droite, il est enseigné que le coude, l’épaule et le poignet doivent être bien alignés sur le même axe (voir la photo ci-dessous). Pour aller plus loin, vous pouvez également aligner votre genou et votre pied avec cet axe.

alignement coude-poignet

- Respecter l’angle de 90° : Lorsque vous allez armer votre tir, votre coude doit être levé avec un angle de 90° de manière à être aligné avec l’épaule.

Crawford tir

- Le pied du tir légèrement avancé : Pour plus de stabilité et d’équilibre, on conseille généralement de placer le pied du tir légèrement en avant.

- Prise de balle derrière voire sous le ballon et sur le bout des doigts : Les doigts écartés, la tenue du ballon doit se faire, non pas avec la paume de la main mais avec le bout des doigts placé sous la balle de manière à ce qu’elle ne glisse pas de la main. Le bout des doigts agrippe quasiment le ballon (on appelle ça le grip). Il doit y avoir un léger creux entre le ballon et votre paume de main.

Kawhi Leonard tir  

- Le W avec les pouces : La main opposée à celle de tir ne doit servir qu’à porter le ballon. Elle doit ainsi être placée sur le côté. Pour vous assurer que vos doigts sont placés correctement,  un W devrait se former avec vos index et vos pouces en plaçant le ballon devant vous.  

- Casser le poignet et allonger votre bras : Pour donner une bonne rotation à votre tir, il est indispensable de casser votre poignet avec un geste fouetté . C’est ce fouetté qui va permettre à votre ballon de tourner. Pendant le processus de tir, votre bras doit complétement se tendre (bras en extension) au-dessus de votre tête et non pas devant vous.

- Rotation du ballon vers l’arrière : Chaque tireur doit rechercher une rotation vers l’arrière. Elle va s’effectuer grâce au fouetté du poignet et du bout des doigts. Le majeur devant être le dernier doigt à quitter la balle.

- Privilégiez une trajectoire entre 45° et 60° : Si on préconise les tirs en cloche de façon à avoir une exploitation maximale de la surface du panier, un tir avec un angle de 90° est quasiment  impossible à réaliser. C’est pour cette raison que la trajectoire à rechercher se situe entre 45° et 60°.

- Fléchissez les jambes : Lorsque vous vous apprêtez à armer votre tir (soit le moment où le ballon n’est pas encore au-dessus de votre coude), fléchissez vos jambes de manière à ce que le poids du corps se transfère vers le bas avant d'exploser vers le haut au moment de tirer.  La flexion de vos jambes va donner la puissance nécessaire lors de vos tirs. Plus vous serez éloignés de la cible, plus vos jambes auront une importance dans la réussite de vos tirs. A la fin du tir les jambes, comme les bras, doivent être en extension.

NBA: Dwyane Wade

- Finir la main dans le cercle : A la fin de votre tir, gardez votre position avec votre main et vos doigts qui doivent finir « virtuellement » dans le cercle. Visuellement, vous devez avoir votre bras en extension vers le ciel et le poignet cassé comme si vous cherchiez quelque chose au-dessus d’une étagère ou en forme de col de cygne.

james-harden-shoot

Le dip, le turn, le sweep and sway : la nouvelle école ?

Comme différentes facettes du jeu actuel, le tir a évolué ces dernières années. Les éducateurs et des spécialistes du shoot auraient trouvé ce qui pourrait faire grimper votre pourcentage au tir :

- Le dip : Durant de nombreuses années, les coaches et éducateurs de basket ont conseillé (pour ne pas dire interdit) à leurs joueurs de baisser la balle après la réception du ballon car ce mouvement vers le bas ferait perdre un temps précieux dans le déclenchement du tir. Les avis divergent aujourd’hui au point où certains incitent au dip (le mouvement vers le bas après la réception du ballon) pour donner plus de rythme au joueur et aussi plus de force. Des shooteurs comme Stephen Curry et Kyle Korver utilisent le dip par exemple. Observez attentivement comment Ray Allen emmène le ballon vers sa taille avant de tirer à la réception d'une passe.

- Le turn : Il s’agit d’une légère rotation du corps par rapport à la cible de façon à toujours être bien aligné face à la cible, ce qui n’est pas forcément le cas lorsque l’on adopte une position neutre.  Le côté de la main du shoot doit être légèrement tourné vers le côté opposé.

NBA: DEC 01 Timberwolves at Clippers

- Le sweep and sway : C’est un mouvement en balancier des pieds. Pendant l’extension ou la suspension, le tireur va balancer ses pieds vers l’avant et atterrir devant sa position initiale. C’est en quelque sorte un petit bond en avant dynamique effectué au moment où le ballon quitte la main du shooteur.

https://www.youtube.com/watch?v=wXyF-duP6ug

Comment travailler son tir ?

Pour améliorer son adresse, il n’y a pas de mystères. Il faut s’entraîner, s’entraîner et encore s’entraîner. Aucun excellent shooteur ne s’est fait en un jour. La répétition et la prise de repères sont vraiment importantes. Mais pour travailler efficacement votre tir vous devrez respecter les consignes suivantes :

- Soyez patient : Si vous avez appris une mauvaise mécanique de tir, il va vous falloir énormément de temps et de patience pour vous en débarrasser. Tony Parker qui a lui-même changé sa mécanique de tir pour être un shooteur respecté et un joueur plus complet et régulier, a raconté cette anecdote: « Je n’avais pas peur de ne pas être bon pendant un certain temps pour être encore meilleur après. » Comprenez que vous allez sans doute rater un paquet de shoots (trop courts, trop longs, pas alignés, pas la bonne rotation) avant d’être efficace. N’ayez pas peur d’être « mauvais » durant cette période d’apprentissage. C’est pourquoi il est peut-être préférable de modifier votre technique durant l’intersaison.

- Mangez du tir : Pour maîtriser votre geste et améliorer votre adresse, vous serez obligé de vous infliger de longues séances de tirs. Si vous en avez la possibilité, prenez votre ballon et allez sur le playground du coin pour ne faire que du tir (résistez à la tentation de jouer si on vous le propose). Si vous avez la possibilité de venir avant vos entraînements et rester plus tard après, faites-le et organisez-vous des séances de tirs.

- Travaillez les différents aspects du tir : Qu’on se le dise, tirer pour tirer n’a aucun intérêt. Le but est de vous mettre dans des positions et des conditions de tirs que vous aurez en match. Oubliez donc les tirs sans rythme pendant une heure, variez les plaisirs. Tirs après dribble main droite, tirs après dribble main gauche, tirs après écran, tirs avec arrêt simultané, tirs avec arrêt alterné (droite-gauche puis gauche-droite), floaters, catch’n’shoot, lancers francs, etc. Mettez-vous en situation de match pour progresser.

- Tirez à une main près du panier : Pour apprendre une nouvelle mécanique de tir, le plus efficace reste de tirer près du panier avec une seule main. Ainsi, vous allez travailler la mémorisation du geste mais aussi améliorer la rotation du ballon. Faites des séries de 50 tirs puis reculez d’un pas et refaites une série de 50 tirs, et ainsi de suite. Pour vous forcer à avoir une belle trajectoire, vous pouvez envisager de tirer en vous asseyant sur une chaise. Cela va vous forcer à avoir un bon arc lors de vos tirs.

- Donnez-vous des challenges : L’aspect mental joue un rôle très important lors de la réussite d’un tir. Pour le travailler efficacement, n’hésitez pas à vous donner des challenges personnels (ex : Je dois mettre 5 tirs de suite avant de changer de position de tirs, je dois mettre 500 paniers aujourd’hui, je ne comptabilise que les switchs, je joue virtuellement une situation de match avec le tir de la gagne à prendre alors qu’il reste 5 secondes au chrono).

- Filmez-vous : Le meilleur moyen de corriger les défauts de son tir, c’est de se filmer sous différents angles. Demandez à un ami ou à un partenaire d’entraînement, de vous filmer pendant une séance puis analysez vos erreurs pour ensuite les corriger.

- Concentrez-vous uniquement sur le prochain tir : Un bon shooteur peut rater 10 fois la cible de suite et mettre le tir de la gagne dans la foulée. Ne restez pas sur un échec et focalisez-vous toujours sur le prochain tir.

Les conseils du coach Yacine Aouadi

Yacine-Aouadi « Lorsqu'on décide de perfectionner son tir, l'acquisition d'un confort dans la réalisation du geste est fondamentale. Je pense que la répétition "basique" n'est qu'une première étape mais elle n'est pas indispensable. L'enjeu est de permettre aux systèmes nerveux d'assimiler un geste corporelle au point que celui-ci devienne un automatisme. 1 repère : 400 à 500 tirs sont réalisables durant 30 min (avec un joueur chargé de passer et de saisir les rebonds). Eprouver une certaine aisance dans la réalisation de ces tirs, associée à une forte réussite durant cette première étape, sera le résultat d'un entrainement à fréquence régulière. Mais ça ne voudra pas dire que vous serez efficient durant le match. Par exemple, ce n'est pas parce que l'on s'entraine aux 5000 mètres tous les jours que l'on sera parmi les meilleurs le jour de la course. [superquote pos="d"]"Les situations de tirs doivent être associés aux courses, aux dribbles."[/superquote]

L'objectif de la 2ème étape est de contextualiser les séances. Amener le joueur à répéter son tir dans les conditions proches d'un match. Les situations de tirs doivent être associés aux courses, aux dribbles. Les pressions défensives ne sont pas à exclure de ces séances. Il peut être intéressant de spécifier les courses en fonction des postes et des formes de jeu. L'intensité constitue le fil conducteur de cette étape. Pour exemple, une séance de 400 à 500 tirs peut durer environs 1h car les échanges d'informations et surtout la récupération seront plus fréquents. Les thématiques  échauffements, ball handling, footwork sur ce type de séance sont nécessaires pour des raisons évidentes. La volonté d'être adroit n'est pas seulement une question de technique. L'adresse nécessite une approche mentale. Je m'explique. On peut être un excellent tireur à l'entraînement, et être en difficulté durant les matchs. Or, je suis convaincu que le fait de tirer avec réussite lors des moments clés voire décisifs durant les matchs, permettra au joueur de franchir "un cap", d'engranger de la confiance. N'oublions pas que ce type de réussite suscite une émotion positive et que celle-ci est un facteur de mémorisation avéré. Au-delà de la motivation et de la patience, le joueur doit "transpirer" l'exigence. Cela commence par adopter un niveau de concentration élevé quel que soit l'entraînement. »