102 Cleveland Cavaliers CLE
99 Boston Celtics BOS
121 Golden State Warriors GSW
122 Houston Rockets HOU

Alexis Rabutépar Alexis Rabuté    

Le jeu en NBA s’est métamorphosé, laissant le contrôle aux meneurs de jeu. Mais est-il encore possible de dominer sans All-Star à ce poste ?

Pendant de très longues années, les grandes franchises NBA se sont construites à travers des superstars. Souvent des big men ou des ailiers complets. Aujourd’hui, les meneurs de jeu ont repris le pouvoir. De là à devenir un atout indispensable pour gagner ?

Il suffit de regarder les équipes dominantes de ces dernières années pour comprendre que le poste de meneur est devenu fondamental. Stephen Curry régale aux Warriors, Chris Paul a porté les Clippers à bout de bras. Et tout cela n’est rien à côté de l’omniprésence dans le jeu d’un Russell Westbrook ou d’un James Harden.

Ce modèle semble se développer partout dans la ligue. C’est devenu une obsession : il faudrait qu’au minimum, un des trois meilleurs joueurs de l’équipe soit un meneur. Cela s’explique notamment par le fait qu’avec la généralisation des scoreurs, le meneur endosse à la fois ce rôle et celui de porteur de balle.

Car même si les machines à scorer ne manquent plus à ce poste (Curry, Lillard, Irving, Thomas etc..), la notion importante reste celle du créateur balle en main. Un joueur comme Isaiah Thomas n’a rien d’un bon organisateur à la base. Sauf qu’une fois parti dans son numéro individuel, il crée indirectement des espaces pour ses partenaires qui n’ont plus qu’à être servis.

Très peu d’équipes se permettent de jouer sans un fort porteur de balle, capable de faire d’abord des différences en solo. Une idée de jeu qui a parfois été victorieuse, même si les conditions étaient à ce moment favorables.

LeBron James, point guard killer

Heureusement pour la diversité du jeu en NBA, toutes les grandes franchises ne sont pas dépendantes d’un meneur de jeu. Demandez donc aux coéquipiers de LeBron James si l’ailier laisse vraiment exister un meneur de jeu dominant à ses côtés.

Certes, l’expérience Kyrie Irving a réellement fonctionné au départ. Ce dernier a été phénoménal lors de la campagne 2017 et décisif dans celle menant au titre en 2016. Mais qu'en est-il aujourd'hui ? Irving demande un trade pour ne plus être dans l’ombre du King.

Il est difficile d’avoir un vrai rôle de meneur de jeu lorsque James est sur le terrain. Ce n’est pas une critique, tant le leader des Cavaliers implique lui-même ses coéquipiers. Mais pour s’épanouir à ses côtés, il faut un style de jeu précis. Kyrie Irving a beau jouer au poste 1, il a tout de même des attitudes d’arrière scoreur. Faire des assists n’a jamais été sa priorité, mais ça entrait dans le cadre global du jeu de Cleveland.

C’est au Miami Heat que l’omniprésence du King a été utilisée de façon optimale. Il gardait la balle en main, demandait à ses coéquipiers de bouger et réussissait à les servir dans de parfaites conditions. Erik Spoelstra a alors installé Mario Chalmers à ses côtés. Souvent raillé, Rio avait le mérite d’être un shooteur fiable, capable d’attendre un spot favorable pour dégainer avec efficacité.

L’autre option avait davantage une vision défensive. Comme LeBron James bossait pour deux ou trois en attaque au Heat, Spoelstra décidait parfois de renforcer sa défense en installant Norris Cole à la mène. Un choix défensif sans conséquence au vu du chantier offensif que faisait LBJ.

Le modèle Spurs

Dans le petit monde de la NBA, un groupe d’irréductibles texans résiste encore et toujours au meneur envahissant. Car oui, il est possible d’exister sans un meneur dominant et même sans LeBron James. Il suffit juste d’être Gregg Popovich, tout simplement.

Évidemment, Tony Parker a été un meneur de jeu All-Star, l’un des meilleurs de la ligue. Il l’a prouvé au plus haut niveau avec son titre de MVP des Finales en 2007. Mais que ce soit lors du titre en 2003 au début de sa carrière ou le dernier en date en 2014, TP est bon mais pas dominant.

Même lors de ses plus grandes heures, Parker n’a jamais eu l’implication (parfois démesurée) dans le jeu que peuvent avoir des Westbrook, Harden ou Paul. Ce serait un crime à l'encontre de la philosophie des Spurs.

Cependant, l’absence d’un seul et unique porteur de balle permanent ne peut pas marcher partout. Pour compenser cela, il faut avoir la capacité à faire parfaitement circuler le ballon. Cela suppose un plan de jeu établi, avec beaucoup de déplacements sans ballon ainsi qu’une intelligence de jeu collective et non individuelle.

Évidemment, ces deux modèles ne sont pas applicables par tout le monde. Cela nécessite soit d’avoir l’un des meilleurs joueurs de l’histoire (LeBron James) ou bien le meilleur coach de ce siècle (Gregg Popovich). Malgré cela, certains gardent l’espoir d’exister sans un meneur d'élite.

La tentation Denver

Le projet des Denver Nuggets est à la fois intrigant et très excitant. La franchise a clairement un manque à la mène. Jamal Murray n’est pas un vrai point guard, Emmanuel Mudiay déçoit et Jameer Nelson n’est plus tout jeune.

Dans une conférence Ouest aussi dense et concurrentielle, cela peut paraître rédhibitoire. Sauf que la franchise dispose désormais d’un duo Nikola Jokic - Paul Millsap qui pourrait palier ce manque. Que cela soit au niveau du leadership ou de celui de la création.

C’est l’une des obsessions du coach Mike Malone. Déjà, lorsqu’il était aux Sacramento Kings, il voulait faire progresser DeMarcus Cousins sur sa vision et son jeu de passes. A Denver, il dispose des joueurs adéquats.

La paire Jokic-Millsap permet une variété dans le jeu qui ferait presque oublier la faiblesse au poste 1. C’est par eux deux que les décalages devraient être faits. Si le Serbe est servi poste bas, il peut facilement attirer une aide défensive sur lui pour ensuite envoyer un caviar à l’opposé. Il en est largement capable.

Paul Millsap connaît déjà ce genre de philosophie de jeu. Lors de la belle période des Atlanta Hawks, il créait beaucoup pour les autres grâce à sa vision et sa relation privilégiée avec Al Horford. Il pourrait trouver un équivalent (même plus fort à terme) avec Jokic.

A l’image du système des Spurs ou des Hawks version Budenholzer, leur manière de jouer dépend aussi d’un bon jeu sans ballon des joueurs extérieurs. Mais entre les gâchettes Gary Harris et Jamal Murray ou des slashers comme Wilson Chandler et Will Barton, il y a de quoi faire quelque chose d’intéressant.

Si tout cela se met en place, sera-ce suffisant pour jouer les premiers rôles à l’Ouest ? Ce n’est pas certain. Mais au moins, les Nuggets vont attirer l’attention. Dans une ligue dominée par les meneurs de jeu, la franchise décide d’installer sa paire d’intérieurs comme véritable playmaker de l’équipe. Le pari est risqué mais il a le mérite d'exister et d'aller à contre-courant.