Pourquoi les meilleurs shooteurs du monde shootent-ils « aussi mal » ?

Question volontairement provocatrice, mais révélant un problème réel. Des joueurs capables de rentrer plus de 95 % de leurs tirs à trois points seuls dans un gymnase, parfois sous contraintes importantes, chutent à moins de 50 % en match. Baisse significative. Les causes habituellement invoquées — défense, pression, fatigue — expliquent une partie du phénomène. Mais ne suffisent pas.

Une autre explication, souvent ignorée, est la répétabilité biomécanique réelle du tir, même chez les meilleurs shooteurs. Le jumpshot est aujourd’hui souvent présenté comme un tir à une main. Cette simplification, acceptable pour de grands débutants, devient problématique quand elle structure durablement la gestuelle de joueurs confirmés. Elle conduit à un tir dissocié, reposant essentiellement sur le bras dominant pour le stabiliser. Le bras dominant devient passif ou parasite, et non plus un stabilisateur actif. Cette dissociation favorise des compensations : déséquilibre des épaules, pieds qui partent vers le côté non dominant, saut vers ce côté, et bras qui part dans l’autre sens, créant une trajectoire courbe et dépendant du bras dominant.

Le tir peut fonctionner, mais repose sur des ajustements constants et fragiles. En travaillant la gestuelle des lancers francs de Rick Barry, j’ai découvert un outil de correction biomécanique. Il impose coordination réelle des deux bras, symétrie des épaules et du bassin, et orientation claire des pieds vers le panier. Contrairement à l’enseignement dominant, où bras droit et bras gauche sont pensés séparés ou antagonistes, cette approche les considère comme alliés indissociables. Les deux bras forment les rails du mouvement, la dominance n’apparaissant qu’au moment de la finition.

Rick Barry a 80 ans : « connard » génial et légende sous-estimée

En modifiant ma gestuelle pour impliquer pleinement les deux bras jusqu’à la phase finale, tout en terminant le tir avec la main dominante, un problème récurrent est apparu : l’orientation des appuis. Chez de nombreux shooteurs de haut niveau, le référentiel moteur inclut un drift latéral vers la gauche. Il est dû à l’habitude plutôt qu’au contexte compétitif, car se retrouve même sur des catch and shoot statiques, sans pression ni urgence. Le drift latéral est utile quand il permet de réaligner les appuis en direction du panier, mais chez eux, il conduit à les tourner vers la gauche. Cela entraîne le bassin, puis les épaules.

Une mécanique sous-optimale

L’épaule non dominante recule, le bras gauche perd sa fonction stabilisatrice, et le bras droit compense avec une trajectoire oblique, centrifuge et sous-optimale. Le tir peut réussir — surtout chez des joueurs d’exception — mais repose sur des compensations permanentes. Alors que si les pieds, épaules, colonnes, pointent tous deux en direction du panier, le drift corrige un désalignement initial, les deux bras travaillent ensemble, la trajectoire est plus directe, et le tir devient plus robuste et répétable. Le problème n’est donc pas que les meilleurs shooteurs échouent malgré un tir parfait. Le problème est qu’ils réussissent souvent malgré une mécanique sous-optimale, et que cette réussite masque les défauts lorsqu’on copie leur modèle.

La pression compétitive durant leur formation les a souvent poussés à tenter d’acquérir rapidement une gestuelle correcte, plutôt que de pouvoir prendre le temps de construire une gestuelle vraiment parfaite. La formation ne devrait pas chercher à reproduire les défauts et adaptations sous-optimales des joueurs de très haut niveau, mais à construire un geste biomécaniquement cohérent, capable de résister à la fatigue, à la pression et aux contraintes du jeu, sans dépendre de compensations instables. Implication égale des deux bras ne signifie pas tirer à deux mains. Cela signifie engager pleinement et également les deux colonnes et bras dans le tir, jusqu’à la finition de la main droite.

Pour cela, la main gauche doit être placée haut et devant la balle, comme faisant face à la main droite, plutôt que basse et derrière, pour que le bras gauche puisse accompagner le bras droit sans gêner la finition.

Je suis persuadé qu’une telle approche peut résoudre les problèmes chroniques d’irrégularité au tir, même ouvert, que nombre de pros et amateurs connaissent. Voire faire de 60% à 3 points le nouveau 40%.

Stephen Curry NBA

Pour ajouter un élément au commentaire des plus pertinent de Xavi, le poignet est un membre du corps sous utilisé et parfois décrié . Ainsi, les coaches, ne cessent de répéter que shoot commence avec une poussée des jambes. C'est tout à fait vrai, mais Hervé Dubuisson, Dub, sans doute l'un des plus grands shooters non européen de l'Histoire, disait ceci : " Peu importe dans quelle position je prends un shoot, car même en déséquilibre, mon poignet fait le reste." C'est aussi grâce à son poignet, qu'Hervé Dubuisson pouvait, sans la force des jambes, rentré un shoot en étant assis sur une chaise depuis la igne médiane. Dernière chose, hormis quelques joueurs, les américains ne travaillent pas suffisamment leur shoot. Toujours car manque au niveau des fondamentaux. Je vous invite à lire des articles sur Drazen Petrovic et ses entraînements au shoot ou encore à visionner les séances de tirs imposées aux jeunes dans les clubs yougoslaves.
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L'être humain est biomécaniquement un robot fort imparfait autant dans la commande de ses mouvements : aspect mental de l evaluation (ou la mesure) des multiples paramètres pour effectuer le meilleur tir que dans la réalisation effective du geste qui implique une auto correction permanente entre observation, traitement du signal par le cerveau et contrôle moteur du geste ; les contraintes géométriques de ses articulations et segments : chacun a des spécificités cinématiques différentes qui font à mon avis toute la variété de tir que l on observe au top niveau : des plus 'académiques' Klay Thompson, Carmelo Anthony, Steve Nash, Kobe Bryant, ou même MJ aux gestes très personnalisés comme les tirs derrière la tête de Bird ou Jokic, le tir en propulsion depuis le sol de Curry, le jump shot ultra gainé d un Ray Allen ou les étrangetés façon Kevin Martin, peja Stojakovic ou Shawn Marion. Tous sont des shoteurs d élite qui plafonnent à des pourcentages similaires malgré une grande variété dans leur gestuelle 'optimale' et surtout une capacité robuste d adaptation de leur gestuelle aux contraintes de matchs. Perso, je ne crois au mythe du geste unique parfaitement répétable dans toute condition sur le tir tant les sources d erreur en conditions réelles sont grandes.
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