On le sait, rien n'est plus politique que le sport, mais là, la situation qui entoure Caitlin Clark et l'arbitrage en WNBA va beaucoup trop loin. Onze membres républicains du Congrès américain ont en effet décidé de s'y mêler et de s'en prendre à la commissaire de la ligue, Cathy Engelbert, par le biais d'une lettre ouverte.
Parmi les signataires, on retrouve trois représentants de l'État d'Indiana, qui sont probablement à l'origine de cette déclaration : Erin Houchin, Victoria Spartz et Marlin Stutzman.
Un communiqué lunaire
August Pfluger, membre du Parti républicain et représentant des États-Unis, a publié la lettre, signée par plusieurs de ses collègues, sur son compte X. C'est lui qui est à l'origine du message passé à la ligue.
Les membres se présentent dans ce rapport comme un groupe de parlementaires engagés dans la protection des opportunités offertes aux femmes dans le sport. Tout le document critique l'arbitrage et la sécurité des joueuses, mais est surtout centré sur le cas de Caitlin Clark. Le nom de la joueuse du Fever est utilisé comme exemple pour justifier l'incompétence des officiels et de la ligue à protéger la star.
Dans le rapport, le Congrès commence par évoquer l'influence de CC sur une ligue grandissante, tout ce qu'elle a apporté à la WNBA, insinuant que la ligue n'est rien sans Caitlin et qu'en retour, la WNBA ne lui rend rien, ne la protège pas.
"Caitlin Clark transforme le sport féminin. Elle a inspiré une nouvelle génération de jeunes filles à participer au sport et est devenue l'une des figures les plus influentes de l'histoire du basketball féminin. Elle est aussi devenue le visage de votre ligue. Clark a considérablement accru l'intérêt des fans, a généré des records d'audience à la télévision et a attiré de nouveaux sponsors pour la WNBA. Des millions de fans se connectent maintenant pour la regarder jouer. Malheureusement, ce dont ils sont trop souvent témoins n'est pas simplement une compétition agressive, mais des actes répétés d'hostilité physique et de violence inutiles."
Le texte rapporte notamment le dernier incident dont a été victime Clark face au Mercury, avec ce coup à la gorge reçu. Un fait. En revanche, ce qui n'est pas véridique, c'est la façon dont ces onze membres républicains prétextent l'existence d'un racisme anti-blanc pour expliquer les "attaques" reçues par la superstar du Fever.
"En outre, les rapports inquiétants suggèrent que bon nombre de ces attaques contre Caitlin Clark peuvent être motivées par la race."
Un communiqué lunaire qui dénonce du racisme anti-blanc inexistant dans un cas de figure où ce sont les joueuses noires, asiatiques, afro-américaines ou d'une autre ethnie non "blanche" qui se prennent des insultes et des menaces de la part de suprémacistes blancs au quotidien.
On le sait, depuis la fin de l'université et son arrivée dans l'Indiana, Caitlin est contre son gré le visage d'une société américaine divisée, où la population MAGA et les suprémacistes blancs l'ont prise comme symbole du grand espoir de la nouvelle Amérique blanche. Elle l'a déjà dit, elle ne s'associe pas à ces groupes d'individus.
Un recours à la justice fédérale
Le Congrès dénonce donc le manque de sécurité des joueuses, l'incapacité des arbitres à faire face aux incidents, ainsi qu'à tenir les joueuses responsables de leurs actes. Il demande à la ligue de prendre plus de mesures pour assurer une meilleure protection à ses stars, encore plus pour Caitlin. Allant même jusqu'à menacer Cathy Engelbert et la ligue de les attaquer en justice si rien ne change et si d'autres "attaques" ont lieu.
Caitlin Clark n’est-elle pas assez protégée par l’arbitrage ?
"En tant que commissaire, vous avez l'obligation de vous assurer que chaque joueuse joue dans un environnement sûr et professionnel, sur et en dehors du terrain, à l'abri des violences, de la discrimination ou des représailles. Si des discriminations ou des représailles se produisent et créent un environnement de travail hostile, nous soutenons toute enquête appropriée du ministère de la Justice, du ministère du Travail ou de la Commission de l'égalité des chances en matière d'emploi. Si cela s'avère véridique, un tel comportement pourrait constituer une violation des lois fédérales sur les droits civils."
La démesure totale.
Ce qui est d'autre part dérangeant, au-delà de beaucoup de choses déjà évoquées, c'est que le Congrès parle de la sécurité de toutes les joueuses, de l'égalité, mais ne cite que Caitlin sur environ 200 joueuses en WNBA.
Une défense floue ?
Le Fever a tenu à répondre après la polémique causée par ce communiqué du Congrès :
"Ni notre organisation ni Caitlin n'ont eu d'interaction avec qui que ce soit dans ce groupe du Congrès et nous n'étions pas au courant de leur lettre. Nous avons été clairs dans nos déclarations publiques et dans notre dialogue en cours avec la ligue sur la priorité donnée à la sécurité des joueuses. Nos joueuses et nos supporters savent quelle est notre position sur ces questions et nous continuerons à défendre notre équipe et un niveau d'excellence dans toute la ligue."
Une réponse vague qui ne prend pas assez position contre les valeurs prônées par le camp MAGA selon certains et qui ne remet pas en question les propos tenus par le groupe républicain. Après, on le sait, l'Indiana reste un État très conservateur, ancré dans les valeurs républicaines.
Cette histoire s'est enflammée par un geste bête commis par Alyssa Thomas, un geste qui, certes, n'aurait jamais dû être vu sur un parquet de basket. Mais ça prend maintenant beaucoup trop d'ampleur. La joueuse du Sun a reçu des menaces, du racisme et du harcèlement en ligne. Des personnes extérieures à la ligue viennent débattre du sujet, et voilà qu'aujourd'hui, c'est la politique et le Congrès américain qui interviennent, demandant des mesures complètement disproportionnées.
De la récupération politique sur une joueuse et une ligue qui brillent depuis quelques années maintenant.
On se demande quand et comment cette histoire va se terminer.
