Joakim Noah, la passion au service de l’art

Joakim Noah se distingue par sa passion et son énergie sans limite sur le parquet. Mais il est aussi devenu un vrai joueur complet. Retour sur son évolution.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Joakim Noah, la passion au service de l’art
On ne le remarque pas au premier coup d’œil mais Joakim Noah est un artiste sur le parquet. Il n’a pas le jeu le plus spectaculaire. Sa gestuelle est brute, presque grossière. Mais le pivot des Chicago Bulls déploie une énergie incroyable, presque sans limite. Une énergie artistique.
« Je disais avant que je n’étais pas vraiment un joueur doué ou talentueux. Je suis revenu sur ma position. J’ai de plus en plus le sentiment d’avoir ce don (pouvoir jouer au basket à très haut niveau) et je suis de plus en plus confiant. J’ai l’impression que je peux encore devenir un meilleur joueur », explique Joakim Noah à USA Today.

Une progression passée inaperçue… ou presque

MOP du Final Four en 2006, drafté en neuvième position en 2007, Joakim Noah jouait déjà avec passion lorsqu’il fréquentait les bancs de la faculté de Florida. Il formait avec Corey Brewer, Al Horford et compagnie une belle bande de potes sacrée deux fois de suite en NCAA. Mais ce n’est pas pour autant l’intérieur chevelu et fougueux faisait l’unanimité auprès des scouts et des observateurs. Un journaliste du Chicago Tribune est même allé jusqu’à promettre de ravaler ses mots – au sens propre du terme – si jamais Noah venait à avoir un jour un impact dans cette ligue. Autant vous dire qu’il a mangé du papier. Pour de vrai. Promis à une carrière de remplaçant énergique ou de pivot défensif, le Français a dépassé les attentes. Mais sa progression est le fruit d’une évolution constante, par petites touches.
« C’est intéressant car il a franchi de petites étapes. Ça s’est fait progressivement. Parfois, vous ne vous en rendez même pas compte », témoigne son coach, Tom Thibodeau. « Il faut se replonger quatre ans en arrière pour se rendre compte de ce qu’il fait aujourd’hui. »
Il y a quatre ans, Joakim Noah terminait pour la première fois une saison avec un double-double de moyenne. Aujourd’hui, il est le patron de la quatrième meilleure équipe de la Conférence Est (en termes de bilan), une franchise pourtant privée de Derrick Rose, le plus jeune MVP de l’histoire, et Luol Deng, transféré à Cleveland. Noah est un joueur énergique, effectivement. Il défend dur, c’est un fait. Mais il a enrichi son jeu avec un tir fiable à mi-distance (notamment sur le côté gauche à 45 degrés) en dépit d’une gestuelle de tir affreuse. Il est devenu le dépositaire du jeu des Bulls, un « point center » chargé de l’organisation du jeu offensif. Il excelle également sur le pick&roll, en défense comme en attaque. Le All-Star est un joueur bien plus complet que ce que certain aimerait le penser.
[superquote pos="d"]"Noah est le général sur le parquet" Roy Hibbert[/superquote]« Il a beaucoup plus le ballon entre les mains. Il peut terminer avec un triple-double chaque soir », analyse Frank Vogel, le coach des Indiana Pacers. « En l’absence de Derrick, le jeu passe par lui. »   « C’est leur deuxième meneur », ajoute Roy Hibbert. « Il donne le rythme. Il est le général sur le parquet et il implique ses coéquipiers. Vous ne voyez pas souvent ce genre de chose venant d’un pivot. »
Joakim Noah est le meilleur passeur de la NBA parmi les intérieurs (5,2 pds). Mais « Jooks » ne se contente pas de distribuer le jeu, il le fluidifie. Ses décisions sont beaucoup plus rapides saison après saison. Cette caractéristique est sous-estimée – elle n’est pas quantifiable statistiquement parlant – mais elle est essentielle. Noah voit le jeu mieux que la plupart des joueurs présents sur le terrain et il est en mesure de prendre des décisions – la bonne décision – avant que ses adversaires aient le temps d’anticiper.
« Je n’aurais pas été capable de faire tout ça il y a quelques années. Je suis de plus en plus à l’aise dans mon rôle de playmaker maintenant que j’ai beaucoup plus le ballon. »
Le retour de Derrick Rose – la saison prochaine – ne devrait pas affecter les performances de Joakim Noah. Au contraire. En laissant l’organisation du jeu à « Jooks » depuis le poste haut, Chicago a désormais l’occasion de diversifier son jeu offensif. Rose peut faire la différence balle en main et il aura maintenant l’opportunité de jouer sans le ballon, de profiter des écrans, histoire de moins se dépenser et d’obtenir des paniers plus facilement (à condition évidemment que Rose continue de travailler sur son tir. Il avait inscrit 6 paniers à trois-points dans ce registre face à Indiana avant de se blesser à nouveau contre Portland).

Joakim Noah, l’âme des Chicago Bulls

Rose et Noah sont proches et ils sont les deux leaders d’une formation chicagoane rugueuse, bagarreuse et déterminée à décrocher un titre. Les deux sont essentiels au succès des Bulls. Si Derrick est l’emblème de la ville, Joakim est lui le symbole même du groupe de Tom Thibodeau. Comme son coach, le pivot est un passionné et un travailleur acharné. Pendant huit mois (sans doute plus pour Thibodeau), les deux hommes vivent basket, mangent basket, dorment basket.
« Les Bulls, la saison NBA, c’est tout ce qui compte pour moi »
Les deux se sont bien trouvés. La philosophie de jeu de Thibodeau correspond parfaitement à Noah, qui lui-même s’intègre parfaitement dans le système de son entraîneur.
[superquote pos="d"]"Je peux devenir un meilleur joueur" Noah[/superquote]« Je déteste vraiment perdre et j’adore gagner. Je subi un grand huit émotionnel quand je suis sur le terrain. »   « Notre coach est la personne la plus compétitive que j’ai rencontré dans toute ma vie. Point à la ligne. Il veut gagner plus que tout le monde. Il prépare chaque match comme un Game 7. J’ai énormément de respect pour lui, je n’en serai pas là aujourd’hui sans lui. », poursuit Noah.
Joakim Noah doit aussi beaucoup à son père, Yannick, vainqueur de Roland-Garros en 1983, et sa mère, Cécilia Rhode, élue Miss Suède en 1978. Il tire son essence même de la réussite et de la passion de ses parents.
« J’ai été surpris (en regardant la finale remportée par son père) de trouver autant de similitudes dans sa façon de jouer au tennis et dans ma manière de jouer au basket. Il était agressif sur le court, il mettait le feu et il était en communion avec le public. »
Yannick mettait le feu à Roland-Garros, Joakim est le chouchou du United Center. Une histoire de famille mais aussi une histoire d’artistes, de passionnés, prêts à compenser certaines lacunes par le travail et une énergie débordante. Sauf qu’en plus de tout ça, Joakim a aujourd’hui beaucoup de talent à revendre. Et ce n’est pas près de s’arrêter.

Joakim Noah, énérgie & passion

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